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Récit d'aventure : La descente de la Little Bell, de la Bell et de la Porcupine
À la rencontre des caribous lors de leur migration - Yukon - Canada
Récit de Françoise, une des participantes du séjour 2006
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Résumé |
À la rencontre des caribous lors de leur migration |
L’année dernière je vous ai raconté l’histoire de la WIND et de la PEEL. Et bien cet été, c’est reparti! Un peu plus à l’ouest, sur la LITTLE BELL, la BELL et la PORCUPINE.
Ce voyage est tout aussi beau, et pour cause, il se déroule sur le théâtre de la GRANDE HISTOIRE, celle des hommes.
En effet, en allant à la recherche des caribous et à la rencontre de la population GWICH’IN, nous allons naviguer sur le lieu de passage que la Compagnie de la Baie d’HUDSON utilisait autrefois pour le commerce des fourrures avec les indiens vivants à l’ouest des monts MACKENZIE et des Rocheuses. Et, en plus, à la fin du XIXème siècle des centaines d’aventuriers attirés par l’or du KLONDIKE sont aussi passés par là ! Alors, la voici cette histoire.
Jour 2 |
En route pour l'hydravion |
Après avoir voyagé la veille de Paris à Edmonton, nous nous réveillons pour la seconde partie du voyage à 6H15, petite douche, nous bouclons les sacs et direction l’aéroport.
Nous prenons un petit déjeuner, nous nous promenons un peu dans les couloirs de l’aéroport et rencontrons Colette, la 3ème personne du groupe. Nous faisons connaissance tout en partageant nos diverses expériences de voyages.
Et puis à 9H55 l’avion décolle.
Nous faisons une petite escale à YELLOWKNIFE, tout n’est pas très bien indiqué, mais dans le hall de l’aéroport un ours blanc et deux phoques naturalisés sont magnifiques.
Nous remontons dans l’avion pour notre destination finale INUVIK, dans le delta du MACKENZIE, aux portes de l’océan arctique. Jean-Marc nous attend à l’aéroport, il a l’air en forme. Je suis contente de le revoir.
Pas le temps de traîner, nous allons directement sur la base de départ des hydravions.
Nous transvasons toutes nos affaires dans des sacs étanches, nous embarquons tout et tous dans l’hydravion et en route pour l’aventure. Le survol du delta du MACKENZIE est vraiment magnifique. Heureusement, le ciel est dégagé. Il ne fait que 3 ou 4°C, puis nous survolons les montagnes RICHARDSON avant d’amerrir sur le lac SUMMIT. Auparavant nous avons laissé sur notre droite la RAT RIVER que Jean-Marc avait remontée en canoë en 2002.
Nous débarquons tout le matériel.
Nous n’hésitons pas à nous mettre à l’eau et comme je m’y attendais, j’ai de l’eau jusqu’en haut des cuisses…et elle est très très froide…
Nous nous installons tranquillement, allons marcher un peu. Jean-Marc nous raconte ce qui nous attend. Nous buvons quelque chose de chaud après avoir goûté les cloudberry, ce sont de petites baies orangées ressemblant à des framboises et avec un goût de gelée de coin.
Nous dînons d’un plat lyophilisé sous la nouvelle tente moustiquaire de Jean-Marc, nous parlons un peu. Le ciel est couvert, il y a donc peu de chance de voir ce soir des aurores boréales alors dodo.
Jour 3 |
C'est parti pour le canoë |
Nous nous réveillons tranquillement, nous prenons notre petit déjeuner tout aussi tranquillement. Le plafond du ciel est très bas. Il a fait une averse dans la nuit. Le temps était vraiment trop humide pour voir des aurores boréales.
Le petit déjeuner terminé nous décidons de partir en randonnée autour du lac SUMMIT. Nous sommes juste à la frontière entre les TERRITOIRES DU NORD OUEST et le YUKON. Nous verrons même géodésiques, les bornes qui délimitent les frontières. Aujourd’hui, prendre de la hauteur est inutile, il y a trop de nuages et nous ne verrons rien.
La mise en route est un peu longue, il faut s’habituer au terrain un peu difficile à marcher car constitué d’hummocks embourbés dans l’eau.
La question du moment fut donc: comment se chausser? Chaussure de marche pour tenir la cheville au risque d’être trempé ou botte simplement pour se protéger de l’humidité? J’opte pour les bottes et je ne le regretterai pas.
Nous avançons un peu mais çà glisse, çà marche mal, bref nous ne progressons pas du tout, alors Jean-Marc décide de retourner prendre le canoë et c’est en canoë que nous nous dirigerons jusqu’au bout du lac.
Ces premiers coups de pagaie sont un vrai plaisir.
Nous grimpons un peu et plus nous montons dans la végétation, dans les buissons, plus le paysage devient beau.
Nous faisons face aux montagnes RIDCHARSON sur fond de lacs d’un côté et sur la LITTLE BELL de l’autre. Les couleurs d’automne sont magnifiques, jaune, rouille, parfois rouge et encore verte.
Nous aurons la chance de voir un groupe de 6 caribous à flanc de colline. Jean-Marc, Philippe et Colette en auront vu 4 autres à la jumelle, moi non.
Puis nous redescendons et sur le chemin du retour nous croisons un caribou mort et au fond de la vallée un bel orignal mâle nous regarde. Nous aussi nous l’observons mais à la jumelle.
Tranquillement nous retournons jusqu’à la hauteur du lac où nous avons laissé le canoë. Nous pousserons la marche jusqu’à une boîte aux lettres signalée par un bois de caribou accrocher à un pic où se trouve un carnet «LIVRE D’OR» que nous signerons.
Et voilà notre promenade est terminée, nous retournons au camp, nous prendrons une petite collation chaude, dînerons, parlerons.
Et, oh chance! Juste avant d’aller dormir nous voyons un caribou nager dans le lac SUMMIT. La nuit sera belle.
Réveil sous les nuages, il a encore plu dans la nuit, après déjeuner nous déciderons donc de lever le camp.
Le ciel est trop bas pour pouvoir entreprendre une belle randonnée. Monter pour profiter de la vue devient inutile, avec ce ciel couvert nous ne verrions rien.
C’est vers 13 Heures que nous embarquons dans les canoës.
Nous traversons le lac SUMMIT, et premier portage, sur 150 mètres au milieu des hummocks, il faut tout porter sacs et canoës.
Et là, instant magique, 2 caribous courent sur la berge opposée.
Nous traversons ce second petit lac et à son bout, deuxième portage pour rejoindre la LITTLE BELL. Ce portage est plus court mais il faut descendre une jolie pente raide pour atteindre la berge de la rivière et mettre les canoës à l’eau.
Et nous voilà partis. Nous nous dirigeons plein ouest.
Cette rivière est une splendeur, très étroite, très sinueuse avec des vues permanentes sur les montagnes et jamais identiques.
Chacune des montagnes que nous verrons ont leur propre architecture, tantôt ce sont des remparts comme des châteaux forts, tantôt ce sont des falaises abruptes qui tombent dans l’eau, et la rivière coule avec ses milliers de petits rapides.
Je partage à nouveau le canoë de Jean-Marc, je me régale, la rivière est tellement belle et l’eau est d’une clarté et d’une pureté incroyable.
C’est seulement au dernier rapide que nous mettrons les pieds à l’eau, nous sommes restés scotchés sur un rocher que nous n’avons pas vu. Un peu avant, pour nous frayer un passage, Jean-Marc avait dû scier un tronc d’arbre tombé au milieu de la rivière.
Et c’est quelques kilomètres plus loin que nous atteindrons la BELL.
Pas encore totalement familiarisés avec le maniement de la pagaie, Philippe et Colette tourneront régulièrement sur eux-mêmes.
En cette première journée les 360° n’ont plus de secret pour eux!!!
4 canards de la famille HARLE BIEVRE nous ont accompagné pendant un court moment.
Nous pagaierons encore un peu pour rejoindre notre lieu de bivouac. Ce sont 3 castors qui nous montreront le chemin du «camping» en traversant la rivière et en «faisant les fous», en claquant leur queue sur l’eau, cela faisait «CLAP! CLAP! CLAQUE!!!»
Nous avons parcouru environ 25 km.
La chaleur du feu ainsi que notre bolée de pâtes seront particulièrement reconstituantes
Réveil en douceur ce matin. Plusieurs castors se sont amusés à claquer la queue dans la nuit, il y en a même un qui fera le beau devant moi alors que je pointe la tête hors de la tente.
La rivière a baissé de 15 cm, il semble que ce soit la décrue. Mais qu’est-ce qu’elle est belle cette rivière, l’eau est limpide. Elle s’élargit régulièrement, un très faible courant nous emmène et les paysages sont tous plus beaux les uns que les autres.
Sur la berge il y a plein de «pistes d’atterrissage» de castors et des cabanes de castors aussi. Les montagnes colorées nous entourent et nous verrons encore plein de canards.
Mais à peine partis, c’est un aigle pygargue, un jeune qui nous narguera. Il est perché juste au-dessus de notre tête à chercher le poisson, il s’envolera sous nos yeux. Pas très loin de là un second, un adulte cette fois, à tête blanche, nous survolera pour le plus grand bonheur de Jean-Marc qui n’aura de cesse de le photographier!
La rivière s’écoule tranquillement. Jean-Marc est toujours aussi doué pour trouver le bon courant, celui qui fait avancer sans effort.
Et puis sur notre droite au moment où on s’y attend le moins, une femelle orignal et son petit débouchent sur la berge. Elle est surprise en nous voyant et repart dans les fourrés. Sans doute voulait-elle protéger son petit d’éventuels prédateurs. Cette vision fut fugitive mais bien belle, et c’est avec encore plus de vigueur que nous repartons, tête en l’air, à regarder à droite, à gauche, à l’affût de visions aussi magiques et nous sommes récompensés car devant nous 3 caribous traverseront la rivière. C’était magnifique, quels animaux majestueux avec leurs bois qui dépassaient de l’eau et quelle puissance pour sauter sur la berge et sortir de l’eau.
C’est impressionnant.
Chaque virage nous laisse en admiration devant quelque chose de nouveau. Nous verrons défiler des paysages magnifiques. Une montagne caillouteuse d’un gris argenté avec ses arbres jaunes phosphorescents se reflétant dans l’eau comme dans un miroir sous les rayons du soleil me laisse admirative. Nous restons là quelques minutes sans pagayer. Peu avant c’était une montagne marbrée de couleurs jaune, vert, rouille qui nous a fait nous arrêter. Une petite plage nous tend les bras, nous décidons de faire une pause, pour déjeuner. Le bord est glissant, l’eau passe par-dessus la botte…mais il fait beau et chaud!!!
Après quelques sandwichs au salami nous ferons une petite sieste au soleil, nous ne sommes plus très loin du bivouac. Au premier virage après notre départ ce sont des monts enneigés qui s’offrent à nos yeux. Bien que je n’y sois jamais allée, je me serais crue en Alaska et puis nous trouvons où nous arrêter pour la nuit.
Jean-Marc connaît la rivière et la région par cœur, alors il nous emmène faire une petite randonnée jusqu’au sommet d’une petite colline de 80 mètres de dénivelé et quelle vue! Quel panorama!
Je n’avais jamais rien vu de tel, d’aussi beau. Sur 360° ce n’est que splendeur, d’un côté la BELL et sa végétation colorée de jaune, rouge, vert et de l’autre la montagne avec ses sommets enneigés, quelques lacs et toujours ces couleurs d’automne magnifiques.
Aujourd’hui nous avons avancé d’environ 30 km... 30 km de rêve.
Nous sommes tous devant un bon feu. Philippe fait sécher ses chaussettes pendant que Jean-Marc nous prépare un gâteau au chocolat! Si,si…un gâteau au chocolat!!! Nous nous endormons au son des castors qui batifolent dans l’eau et à celui des écureuils qui crient dans les arbres au-dessus de nos têtes.
D’après les dire de Jean-Marc, notre réveil fut tardif: 9H18 !
Alors qu’il a déjà tout préparé: le feu et le petit déjeuner…
Mais qu’importe, nous sommes en vacances!!! Et puis nous avons le temps, l’étape va être courte. C’est donc tardivement que nous levons le camp.
Encore aujourd’hui les paysages seront très différents. A peine avons-nous donné quelques coups de pagaie que sur notre droite nous découvrons un nid d’aigle mais celui-ci semble ne plus être habité alors qu’un peu plus loin, au premier tiers de la montagne un aigle pygargue est perché en haut d’un arbre.
Certains arbres sont parasités par de grosses boules, ce sont des saprophytes. Il s’agit d’un champignon qui incite l’arbre à fabriquer des branches là où il s’est installé et petit à petit l’arbre meurt, parfois, il arrive qu’il résiste. C’était la petite minute culturelle.
Ces sapins ont l’air si frêle, d’un vert foncé, très haut et très fins avec de toutes petites branches pour mieux résister au froid de l’hiver.
La rivière fait quelques longs méandres et au détours de l’un d’eux, près d’une jolie colline nous accostons pour faire une toute petite randonnée, histoire d’apprécier une nouvelle fois le paysage vu d’en haut avec ces couleurs d’été indien sur la BELL et c’est vraiment magnifique.
C’est toujours le même adjectif qui revient mais c’est vraiment la réalité, c’est magnifique. La montée est facile, sur un tapis de mousse, impossible de se faire mal. Dommage que Colette ne soit pas montée avec nous mais elle n’est pas trop fan de la marche à pied, elle préfère rester tranquille et sans doute méditer, le temps des vacances c’est aussi fait pour çà.
Quel paysage donc! Nous pouvons voir jusqu’où nous sommes montés hier.
Tranquillement nous redescendons et reprenons nos canoës et là, oh joie! Après avoir seulement pagayé quelques minutes, une femelle orignal et son petit sortent des fourrés, toujours sur notre droite, nous entendrons aussi leurs cris, peut-être le petit appelle t’il sa mère, en tout cas, ils resteront un long moment devant nous.
Tout heureux nous reprenons notre chemin, la rivière s’élargit encore un peu, me semble t-il. Et puis nous décidons de nous arrêter sur une plage de sable pour déjeuner.
Il fait beau, le soleil brille, la journée est belle. Nous avons quasiment terminé de manger lorsque nous entendons du bruit dans l’eau, c’est un caribou qui traverse la rivière. Nous l’observons vivre sa vie de caribou, manger la végétation, nous observer, s’ébrouer, marcher un peu, remonter la colline jusqu’à disparaître de notre champ de vision. Il était superbe avec des bois énormes. Nous sommes tous ravis de cette nouvelle rencontre d’autant plus que la plage où nous nous sommes installés avait été particulièrement bien travaillée par les castors. Ils y avaient des troncs d’arbres fraîchement sciés et puis les chemins qu’ils avaient tracés étaient très nets.
Que cette journée fut riche en découvertes.
Par la suite, la rivière s’est transformée en une succession de lignes droites un peu ventées. Les collines ont disparues, il ne reste plus que de verts sapins et les bouleaux jaunis par l’automne.
Nous finissons la journée sur une jolie plage de galets. Nous allons au bois, montons le camp, buvons une boisson chaude. Peut-être aurons-nous nos premières aurores boréales. Pendant notre veillée auprès du feu, un goéland argenté est venu nous rendre visite et alors que nous nous apprêtions à rejoindre nos tentes, un castor s’est jeté à l’eau pour notre plus grand plaisir.
Jour 7 |
Magnifique randonnée |
Je me réveille un peu tardivement, je n’ai pas entendu mes compagnons qui se préparaient.
La journée s’écoulera tranquillement. Le paysage défile devant nous. Nous laisserons sur notre droite une petite rivière qui s’appelle LA CHUTTE. Nous avons perdu les montagnes. La rivière coule un peu plus lentement, les jaunes bouleaux s’y reflètent.
A certains endroits, sur plusieurs mètres de hauteur, la berge est complètement ravagée par la débâcle.
A nouveau sur notre droite s’étire une autre rivière, la WATER RIVER, nous nous approcherons d’une hutte de castors installée sur cette rivière depuis plusieurs années, aujourd’hui, elle était désertée de ces habitants, dommage !
La rivière est sinueuse, incurvée comme de grandes dents.
Une bernache du CANADA viendra nous faire coucou. Heureusement qu’elle est venue nous voir, car ce jour fut un jour sans animaux, pourtant nous avons vu beaucoup de traces et d’excréments.
Nous nous arrêtons sur une petite plage de sable noir, nous faisons un feu, histoire de nous réchauffer un peu bien qu’il ne fasse pas froid. Le soleil a tardé à venir mais ce midi il brille.
Nous avons été très surpris, chaque fois que nous avons abordé une plage de sable, de constater que de la ciboulette sauvage y poussait, parfois en abondance, et qu’elle était particulièrement parfumée. Nous ne nous attendions pas à en trouver par ici!
Au menu: coquillette au saumon, carotte cru, nouille chinoise (sans ciboulette) pour ceux qui ont encore faim, et mousse au chocolat de la fabrication de Jean-Marc (c'est-à-dire lyophilisée), une petite sieste et nous voilà repartis.
Il ne nous reste plus que quelques kilomètres à parcourir alors nous nous arrêtons au pied d’une colline que nous grimperons sur un dénivelé d’environ 180 mètres. Le débarquement est sportif, dans la boue. La montée est abrupte dans la mousse, les taillis, les sapins et quelques rochers. Mais arrivés en haut, quelle vue! Nous surplombons la BELL, les montagnes, quelques petits lacs épars. Nous avons dominé une ancienne vallée glaciaire. C’est vraiment l’été indien, les couleurs sont somptueuses. 13 grues voleront alors en V au-dessus de nos têtes.
Quel dommage de redescendre mais Colette attend en bas, près des canoës. Il ne restera plus que quelques coups de pagaie à donner et nous serons arrivés sur notre campement du soir parmi les sapins. Sur la plage, il y a plein de traces d’animaux (castors, oies…) et l’emplacement marqué d’un orignal qui a dormi au soleil. Pendant que la soupe cuit un écureuil nous raconte sa vie.
A peine sommes nous levés que nous entendons les castors sur la rivière et bien sûr nous nous empressons d’aller les observer. Ils sont bien là.
Nous prenons notre petit déjeuner sous les épinettes. Les écureuils ont «cliqueté» toute la nuit.
Et puis nous partons bien décidés à couvrir nos 30 km sur la rivière. Seulement voilà, à peine sommes nous partis que, sur notre gauche, il y a une cabane de castors et là, juste devant nous, un castor va, vient et revient, claque de la queue dans l’eau, joue à cache-cache avec nous. Est-ce nous qui le dérangeons pour rejoindre la rive et trouver de quoi se nourrir ou joue t’il à la star ? En tout cas nous restons un très très très long moment à l’observer, il nage très vite. Enfin, nous nous décidons à le laisser pour poursuivre notre chemin.
Nous pagayons tranquillement, la rivière est tellement belle. Il y a très peu d’endroits pour s’arrêter, nous en trouverons un, en plein milieu des taillis, l’accostage est périlleux mais nous pourrons y faire un feu. Au menu: riz au thon, chili, gruau, gâteaux.
Mais nous devons rembarquer, la rive est tellement glissante que j’ai bien failli (et tout le monde a bien ri) prendre un bain en montant dans le canoë. Peu de temps après notre départ, nous laisserons sur notre gauche la ROCK RIVER. La BELL s’élargit encore un peu, le paysage se modifie à nouveau. Les montagnes sont définitivement derrière nous.
Les rives sont couvertes de bouleaux dorés. A notre grande surprise, la rivière s’élargira encore lorsque nous aurons passé la rivière EAGLE. La couleur de l’eau a, elle aussi, changé, elle est devenue brune et chargée de terre.
Dès que nous apercevons la première plage, nous nous arrêtons pour y dormir. Nous avons juste le temps de monter les tentes, de gros nuages menacent et nous amènent la pluie. C’est un joli petit crachin, très humide, qui va nous accompagner toute la soirée.
Malgré cette pluie, Philippe s’occupera divinement du feu pendant que nous restons tous à l’abri sous la tente moustiquaire. Il faut dire que Philippe, professionnel de l’agriculture de son état et géographe de formation, depuis le premier jour, a toujours pris un soin tout particulier à nous préparer, chaque soir, un feu digne de ce nom, à tel point que nous l’avons tous surnommé «le maître du feu». Jean-Marc parfois l’appelait «le suédois», je n’ai jamais vraiment compris pourquoi, mais comme, en vacances mes neurones sont, eux aussi, au repos complet, j’ai sans doute manqué un épisode!!!
Mais revenons à notre aventure, pour patienter nous grignotons des cookies, des smarties (mais aucun de nous ne gardera les rouges pour la fin, comme c’était indiqué sur l’emballage!!!).
Et puis nous boirons notre soupe avant d’aller rejoindre nos duvets.
A ma grande surprise, le mien est humide mais je vous rassure, c’est resté supportable. Un campagnol nordique nous chatouillera le dos, à Colette et à moi. Nous avons planté notre tente juste au dessus de son terrier. La pluie s’arrêtera alors très vite de tomber.
A notre réveil le ciel est dégagé. C’est une très belle journée qui nous attend. Nous prenons notre temps pour déjeuner et lever le camp.
La journée en canoë sera courte alors nous remontons la rivière sur quelques mètres pour faire une petite ballade.
Ici, dès que l’on prend un peu d’altitude les paysages sont somptueux. Pardon si je me répète, si ce sont toujours les mêmes adjectifs qui reviennent mais c’est la réalité vraie.
Et là donc, c’est seulement à 20 mètres de hauteur que nous surplombons la rivière et notre dernier campement.
Colette nous attendra en bas. C’est vraiment dommage pour elle qu’elle ne puisse pas monter. Nous réembarquons sous un beau soleil et nous glissons tranquillement sur la BELL. Nous faisons des pauses repas, des pauses céréales, des pauses cacahuètes (il parait que j’étais la gardienne des cacahuètes!!!).
Sans pagayer nous avançons à une vitesse qui varie de 2 à 4 km/h. Depuis que nous avons récupéré l’EAGLE, le niveau de l'eau de la rivière a monté. Nous ne nous arrêterons pas pour déjeuner, nous sommes trop bien sur l’eau. A la jumelle nous verrons passé 2 aigles au-dessus de nos têtes ainsi qu’un vol de 7 grues.
Sur l’eau deux canetons à bec jaune attireront notre attention. Ils ne savaient pas voler et cherchaient leur mère, leur sort risque d’être bien dramatique…
Pendant que Jean-Marc prendra des photos, Philippe et Colette qui ont pu prendre un peu d’avance sur nous auront la chance de voir un caribou traverser la rivière. Pour Jean-Marc et moi, c’est notre troisième jour sans caribou et sans orignal.
Dès que nous les aurons rejoint, avec Jean-Marc nous nous amuserons à faire quelques godilles dans l’eau, histoire de perfectionner un peu ma technique!
A plusieurs reprises, nous aurons l’occasion de vérifier l’action négative du réchauffement de la planète avec l’effondrement entier de pants de rives suite au dégel du permafrost.
Et c’est sans effort que nous arrivons à notre terrain de camping du jour. Encore une fois nous grimperons, pour notre plus grand plaisir nous prendrons encore de la hauteur et la vue est à nouveau somptueuse. Avec Jean-Marc nous monterons encore un peu plus haut.
Je tenais vraiment à faire cette petite randonnée car le paysage que nous voyons, à cet endroit précis, c’est celui de la photo parue page 34 du numéro 4 de CARNETS D’AVENTURES et je rêvais d’être à cet endroit précis (merci Jean-Marc). Cette fois, Philippe ne nous a pas suivi. Dans certains cas, il a le vertige, c’est peut-être pourquoi, cette fois il a préféré redescendre.
Alors qu’à notre tour, nous redescendons, deux hommes en bateau, dont un indien GWICH’IN, aborderont notre campement. Jean-Marc échangera quelques mots avec eux tout en présentant son permis de travail. Ils nous apprendront que les caribous sont sur la rivière PORCUPINE, vers laquelle nous nous dirigeons.
Ce soir le ciel est clair et dégagé. Nous aurons sûrement des aurores boréales. Et nous en avons eu, elles furent de toute beauté. Ce sont les premières de notre séjour alors nous en avons profité.
La première est apparue à 23h18 et nous les avons observées jusqu’à 1 heure du matin. La nuit est fraîche mais qu’importe le spectacle est tellement beau avec ces grands voiles qui dansent dans le ciel.
Pendant que nous patientons à attendre l’arrivée des aurores, Jean-Marc nous donnera une petite leçon de physique et prendra le temps de nous expliquer comment elles se forment.
De façon vraiment très succincte voilà ce dont il s’agit. De très violents vents solaires envoient vers la terre un grand nombre de particules du soleil. A l’approche de la terre ces particules sont déviées par le champ magnétique terrestre jusque vers les pôles. Et c’est le jeu de la collision entre ces particules et les atomes de la très haute atmosphère qui va déclencher ce merveilleux phénomène lumineux.
Jour 10 |
Porcupine, nous voilà ! |
Au petit matin la gelée blanche couvrait nos sacs et les tentes, mais c’est sous un beau soleil que nous avons pagayé toute la journée.
Nous étions dans un couloir de migration des caribous alors nous avons pris notre temps.
Nous nous sommes souvent laissés dériver par le courant espérant en voir quelques uns.
En fin de matinée, nous restons un long moment à regarder voler dans le ciel 2 rapaces dont j’ai oublié le nom; mais j’ai fait répéter tellement de choses à Jean-Marc que, dans ce voyage, il restera ici un point d’interrogation!
Nous verrons aussi, juste devant notre canoë un petit campagnol nordique traverser la rivière à la nage.
Midi arrive très vite, il faut trouver un endroit avec du bois pour se poser. Les rives sont particulièrement boueuses et Jean-Marc s’amusera à me filmer les pieds dans la boue en descendant du canoë.
Nous avons au menu: nouille chinoise, gruau, pomme.
Il fait très beau, nous prenons notre temps. Seuls les aigles nous tiendront compagnie.
Nous repartons et se sont nos derniers coups de pagaie sur le BELL, sur une ligne droite toute aussi belle.
En effet, quelques kilomètres plus loin, nous quitterons la BELL pour rejoindre la PORCUPINE, cette belle rivière à caribous.
Mais notre première rencontre sera celle d’un ours grizzly, sur la rive opposée à la nôtre. Il est beau, énorme, il gratte la terre pour trouver des baies.
Philippe fait un peu de bruit avec sa pagaie, l’ours a entendu, il a dressé la tête. Nous l’avons alors vu s’enfuir au fond de la forêt.
Il était magnifique, grand et fort avec une tête toute ronde et de petites oreilles, un bon gros nounours…
Nous pagayons encore un peu, les paysages sont peut-être un peu moins magiques, les bouleaux jaunes dorés se reflètent toujours dans l’eau, la rivière est devenue très très large, trois fois la largeur de la BELL.
Et c’est après une grande courbe que nous nous arrêterons pour la soirée.
Pendant que nous veillons, un bateau d’indien GWICH’IN partant à la chasse s’arrêtera à notre hauteur, juste pour nous dire bonjour.
L’eau boue pour le repas et ce soir c’est fête: spaghetti sauce basilic, œuf au plat, ananas et gâteau au bleuet.
Cette nuit il y a trop de nuages dans le ciel, il y a donc peu de chance pour que nous ayons à nouveau des aurores boréales mais nous patientons qu’en même, on ne sait jamais et notre patience sera récompensée car c’est un vrai festival que nous avons ce soir.
C’est féerique, les grandes lumières blanches embrasent tout le ciel d’est en ouest, elles se meuvent à une vitesse phénoménale, elles virent au rose.
Il est impossible de détacher son regard du ciel, on se croirait dans un autre monde.
Je n’en ai jamais vu d’aussi belles.
Le spectacle semble se terminer, il est près de 1 heure du matin, nous rejoignons nos duvets.
Seul Philippe, sans doute un peu fatigué avait rejoint le sien plus tôt que nous.
Nous le taquinerons un peu et c’est de la tente, du fond de son «lit» qu’il savourera ce spectacle magique.
Petite journée. Nous commencerons très tard notre randonnée sur l’eau sous un grand soleil. Ce matin le petit déjeuner est royal avec des pan cakes au sirop d’érable.
Pendant toute cette journée nous assisterons à la migration des oies. La rivière est en crue, elle est très très large, toujours de couleur brune, elle est chargée en débris de feuilles, en bois qui flottent et le courant nous emporte, c’est presque inutile de pagayer et nous nous laissons glisser sur l’eau.
Et c’est ainsi, en nous laissant dériver, que nous passerons un canyon, canyon qui n’en porte que le nom car les rives ne sont pas élevées du tout et ce ne sont que de gros rochers noirs.
Avant d’atteindre ce passage appelé canyon nous avions fait une pause sur une très longue plage de cailloux.
En effet, la PORCUPINE est également réputée pour ces nombreux fossiles et nous espérions en découvrir quelques-uns sur cette portion de la rivière.
Le paysage à cet endroit est un peu plus lugubre et sauvage à la fois car la forêt boréale sur toute cette zone et celle que nous avons traversée hier a brûlé il y a deux ans.
Nous continuons donc à nous laisser dériver à la recherche de caribous mais seules les oies ont décidées de migrer. Comme nous sommes en avance sur notre programme, Jean-Marc décide de s’arrêter pour grimper en haut de la rive, juste pour voir si on aperçoit quelques caribous.
Pour jouer, il me laissera pagayer seule jusqu’à cette rive, pour voir si j’ai bien retenu la leçon de godille. J’aime jouer et j’aime pagayer alors je prends plaisir à ce petit jeu. Grâce à ces conseils et à son aide sur la fin, je rejoints la rive mais un peu loin du canoë de Philippe et de Colette, à cause du courant (mais qu’importe, j’ai atteint la rive!!!).
Nous commençons à grimper dans la forêt. Impossible de décrire le «fouillis» de végétation dans lequel nous avançons, nous marchons comme sur une poutre sur de grands arbres tombés, nous participons à la pollinisation des épilobes (asthmatiques s’abstenir!!!) On dirait qu’il neige mais il fait très beau.
Arrivée en haut, une fois de plus, la vue est magnifique, nous prenons quelques photos et entamons notre descente tout aussi sportive que la montée.
Nous n’aurons pas vu de caribous, seulement dans les cieux, un corbeau se faisant attaquer par un aigle.
Nous reprenons nos canoës et cherchons une place pour camper.
Nous la trouverons très vite, et pendant que nous irons au bois,
oh joie! 4 caribous traverseront la rivière devant nous. Nous ne les attendions plus! Nous nous installons, nous nous posons, mangeons un gâteau et buvons une boisson chaude.
Les jumelles en main nous attendons les caribous, nous sommes en plein sur leur zone de passage. C’est en partie grâce à leur flaire que les caribous trouvent et suivent leur chemin de migration, en repérant olfactivement la zone de passage d’un mâle dominant de la harde.
Malheureusement nous n’en reverrons pas. Le ciel est trop nuageux, ce soir nous n’aurons pas non plus d’aurore boréale. Alors que j’étais plongée dans mes rêves, en pleine nuit, Jean-Marc, Philippe et Colette, se réveilleront, se lèveront presque, ils ont entendu un caribou nager dans l’eau mais sans jamais le voir…Ils ont donc préféré me laisser dormir…
Jour 12 |
À la recherche des caribous |
Nous nous réveillons tout doucement. Le petit déjeuner est toujours aussi savoureux avec les pans cakes de Jean-Marc.
Encore aujourd’hui il va faire beau. L’étape sera courte, nous prenons donc une nouvelle fois notre temps pour lever le camp, espérant toujours voir quelques caribous.
Nous sommes à peine partis que déjà nous nous arrêtons pour, une fois encore, prendre de la hauteur et tenter de voir si les caribous sont là.
Où sont les caribous?
Visiblement, ils ne sont pas là mais nous profitons du paysage.
L’eau de la rivière a beaucoup monté, son niveau est d’au moins un mètre de plus que celui des années précédentes.
Jean-Marc ne reconnaît pas ses campements.
Quant aux oies, elles, elles continuent leur migration.
Nous nous laisserons longtemps dériver.
Chaque fois que nous pouvons nous nous arrêtons pour grimper les rives, notre persévérance n’est pas encore récompensée, toujours pas de caribous en vue.
Lorsque nous randonnons, le terrain est toujours aussi peu praticable mais nous nous en amusons, les troncs d’arbres nous servent de poutre. A chaque fois, connaissant mon équilibre légendaire, Jean-Marc me lance de vrais défis d’équilibriste!
Nous ne nous arrêterons pas pour déjeuner ce midi.
Nous mangerons les gâteaux et les barres de céréales dans les canoës, espérant ainsi augmenter nos chances de voir des caribous.
Peu avant l’arrivée à notre bivouac, nous ferons un dernier arrêt pour aller à la découverte d’une cabane. Cette cabane a été occupée par des GWICH’IN lors d’une pause pendant une de leur chasse aux caribous.
Aujourd’hui elle est en ruine, il ne reste à l’intérieur que quelques inscriptions écrites à la main racontant leur périple jusqu’à OLD CROW et leur chasse, et c’est particulièrement émouvant de lire leur histoire.
Cette journée aura été une journée sans caribous mais les lumières du soir au coucher du soleil sont somptueuses.
Nous les avons d’autant plus appréciées que nous avions planté nos tentes juste à côté d’un énorme promontoire rocheux que nous avons tous escaladé.
Les montagnes avaient pris une jolie couleur rose et pour la première fois ce soir nous verrons la lune montée.
Jean-Marc, Philippe et Colette qui se seront couchés bien après moi me raconteront avoir vu un ciel étoilé de toute beauté et une timide aurore boréale.
Le réveil est toujours aussi peu matinal. Le soleil brille même si la nuit a été particulièrement fraîche. Jean-Marc sera le premier levé vers 8H15, nous le suivrons chacun notre tour et au final c’est vers 11H que nous lèverons le camp.
Aujourd’hui, nous devons pagayer un peu plus. Nous ne pourrons pas nous laisser dériver trop longtemps car de grandes lignes droites nous attendent. Heureusement, grâce à Colette, il n’y a pas de vent. Colette déteste le vent et elle l’avait décommandé lors de son inscription sur le séjour !
La rivière est lisse et reflète comme un miroir. De temps en temps, Jean-Marc persévère dans son intention de me voir perfectionner ma technique en matière de godille…
A la première ligne droite, gardant toujours espoir, nous décidons une fois encore de grimper un peu, devinez pour voir quoi? …des caribous… car mis à part nous, il n’y a pas âme qui vive!
La pente à grimper est très courte mais très abrupte, elle est marrante à redescendre. Nous repartons donc pour une nouvelle et longue ligne droite. A tribord la rive a changé, de grosses masses de rochers s’intercalent avec la toundra et les bouleaux.
Les jours se suivent et parfois se ressemblent…car comme la veille au soir, peu avant que nous nous arrêtions, nous irons à la découverte d’un campement GWICH’IN. Comme aux premiers jours nous marchons sur un tapis de hummock et Jean-Marc nous délivre alors une vraie leçon de choses en direct que voici.
Nous marchons dans une forêt qui s’appelle une «DRUNK FOREST» car les arbres sont plantés sur peu de profondeur à cause du permafrost et sur un sol très meuble à cause des mousses, des lichens et des hummocks. Les arbres sont donc plantés au sol de façon très instable et prennent donc un peu toutes les directions, il y en a dans tous les sens, comme une colonie d’arbres ivres, d’où le nom de «DRUNK».
Et puis, il attire notre attention sur les traces de passages des écureuils, sur les petits sentiers qu’ils laissent dans le lichen, sur les petits garde-manger qu’ils se font au pied des arbres, sur leur technique pour faire tomber les pommes de pins sans parler des champignons qu’ils stockent dans les arbres pour qu’ils ne pourrissent pas au sol.
Nous n’aurons pas vu de caribous mais nous aurons appris à lire la nature.
De cette drunk’n forest la vue était à nouveau magnifique.
Arrivée en bas pour reprendre nos canoës, HO! LA! LA! Le sol est particulièrement boueux, jusqu’en haut des chevilles, donc glissant…Jean-Marc s’installe dans le canoë, mauvaise entente…allez savoir pourquoi…j’entends Jean-Marc me dire «on y va»…Il y est allé…moi aussi…mais sans moi …alors HO!LA!LA! Mes bottes se remplissent d’eau et j’évite de peu la chute!!!
Mais nous avons eu une surprise des plus agréables. En effet, sur mon siège des GWICH’INS avait déposé un sac avec quelques victuailles de leur confection: de la confiture maison à base de baies, des fruits, du pain de leur fabrication qu’ils appellent bannock.
En voyant cela nous décidons d’aller à leur rencontre pour les remercier. Nous sommes juste à côté de leur camp et Jean-Marc connaît Peter, l’un d’eux. Nous faisons alors la connaissance de gens charmants, très hospitaliers. Ils nous offrent du thé, nous présentent leurs chiens. Nous passerons un long moment en leur compagnie. L’un deux nous fera observer, à la longue vue, un caribou majestueusement dressé, au loin, en haut d’une colline.
Pour ma part, cet instant passé en compagnie de ces gens et cette image du caribou restera sans aucun doute un des moments très forts de ce voyage.
Nous prendrons quelques photos et les saluerons chaleureusement avant de prendre congé de leur compagnie. Et c’est quasiment à pied que nous atteindrons nous camping au bord de la DRITFWOOD RIVER d’où nous réembarquerons demain.
Avec Jean-Marc nous prendrons le temps de suivre les traces d’un porc-épic en espérant retrouver sa cachette et le découvrir, mais ce fut en vain.
Pendant ce temps, Colette allait se préparer pour son jeu favori du soir, trouver la première, la première étoile dans le ciel. Et à ce jeu, c’est vraiment une pro! Chaque soir, depuis le premier jour, elle scrute le ciel à la recherche des étoiles. La nuit est encore loin d’être noire et elle arrive, avec son regard de lynx à les deviner.
Jean-Marc et Philippe parviennent péniblement à la rattraper dans ce jeu, elle voit tout, du premier coup et la première.
Quant à moi, je n’arrive pas à comprendre comment elle fait, je ne vois rien, il fait encore trop jour pour mes petits yeux, alors là, Colette, CHAPEAU!!!
Nous mangerons un gros plat de pâtes tout en observant la lune montée dans le ciel, elle est énorme. Nous avons beaucoup de chance ce soir, car avec la pleine lune nous entendons hurler une meute de loup, les chiens des GWICH’IN leur répondent et en plus avec les aurores boréales, cette soirée est littéralement magique.
Jour 14 |
Balais des corbeaux |
Nous nous réveillons sous un gros soleil qui ne nous quittera pas de la journée. Il fait vraiment trop chaud pour les caribous, il préfère rester dans le vent, au-dessus des collines, comme celui que nous avons observé hier à la longue vue.
Pour les caribous, avec cette chaleur, l’été n’est pas encore terminé, donc ils ne migrent pas et encore aujourd’hui nous n’en verrons pas.
Sur la rive en face de nous, nous verrons les GWICH’IN que nous avons visités hier relever leurs filets de pêche aux saumons.
Nous en verrons d’autres, au fil de l’eau, installés sur les bords de la rivière à attendre patiemment le caribou.
Nous avançons sur de longues lignes droites, les falaises sont un peu plus abruptes. Nous nous arrêterons pour en grimper une, un peu plus raide que les autres, et plus caillouteuse aussi (sinon où pourrait bien être l’intérêt, plus c’est difficile, plus c’est amusant!)
Mais avec Philippe nous faisons très attention où nous mettons les pieds pour ne pas glisser.
En voyant la pente Colette a préféré rester en bas près des canoës. Pendant quelques instants nous profiterons de la vue.
A la descente Jean-Marc nous prodiguera de précieux conseils, car elle est vraiment pentue et glissante, cette pente là!
De nouveau installés dans nos embarcations nous nous laisserons dériver juste pour profiter du paysage, l’eau est toujours très haute et il y a beaucoup plus de courant.
Dans le ciel des aigles et des corbeaux s’agitent, le spectacle est magnifique. Jean-Marc se régalera à les filmer alors que j’en profiterai pour faire une petite sieste en me laissant bercer par la rivière.
Nous verrons aussi quelques plongeons.
Nous nous arrêterons une seconde fois en passant devant le campement d’une vieille femme GWICH’IN, juste pour découvrir ce qui est son lieu de vie en fin de semaine.
La tradition veut que pendant les week-end les GWICH’INS quittent OLD CROW pour rejoindre leur campement sur les bords de la PORCUPINE, et nous en verrons plusieurs s’en aller ainsi.
Ce soir nous dormons sur une île.
Alors que nous nous affairons tous à ramasser du bois pour notre feu de camp, Jean-Marc, qui décidément voit tout, me fait remarquer, discrètement installée sur une petite branche, une coccinelle.
Il s’agit d’une coccinelle arctique et elle se différencie de ses consoeurs des latitudes plus tempérées par sa couleur légèrement plus brune mais surtout pas ses petits points qui, en fait, sont des petits traits horizontaux.
Et si elle se nourrit de toutes les minuscules mouches noires qui nous agressent continuellement, c’est certains, elle est dans un petit paradis pour coccinelle.
Le ciel est dégagé et nous attendons les aurores boréales pendant que Jean-Marc nous prépare d’autres gâteaux au chocolat.
Cet accompagnateur, il est vraiment omniprésent et quelle culture!
Ce soir j’aurai droit à deux cours particuliers, un sur la lune et un sur le débit de l’eau.
Pourquoi sur la lune, tout simplement parce que je croyais qu’en reprenant la lune en photo ce soir, il reprenait la même photo que celle de la veille.
Il m’a alors prouvé magistralement que c’était faux, juste à cause du jeu des planètes et des 28 jours nécessaires à la lune pour être complètement pleine.
Le second cours fut donc une leçon de physique des fluides sur le débit de l’eau: comment par exemple, calculer un volume d’eau lorsque la rivière à monter, c’était juste pour le plaisir!!!
Nous avons attendu, mais malheureusement les aurores ne sont pas venues.
Par contre avec la (fausse!!!...) pleine lune (puisque c’était à J13 qu’elle était pleine!!!...), nous avons eu en prime, le hululement d’une chouette.
Jour 15 |
Rencontre avec les Gwich'in |
Ce matin la brume s’est déposée sur la rivière, les nuages sont bas, il règne une atmosphère toute particulière au bord de l’eau. Je trouve une saveur inhabituelle à ce petit déjeuner. Je prends le temps de savourer cette ambiance car n’étant pas particulièrement matinale, j’ai très rarement l’occasion d’en ressentir les émotions.
Nous terminons d’empaqueter nos affaires et nous voilà sur l’eau. Aujourd’hui j’ai changé d’équipier, je pagaie avec Philippe. Nous sommes naturellement bordés du même côté, alors juste pour rire nous faisons un essai pour la journée.
Nous sommes partis depuis peu, qu’alors, sur notre droite, enfin, nous voyons un groupe de caribous, il y a sept adultes et un petit. Assis dans nos canoës, nous les observons un long moment, les caribous nous regardent également, ils n’ont pas l’air craintifs, nous nous approchons de plus en plus près, nous descendons des canoës, ils nous regardent toujours, ils longent la rive. Ils sont magnifiques. C’est alors que nous nous apercevons que l’un d’entre eux boite, les loups auront un jour raison de lui, c’est la loi de la nature. Jean-Marc essaie alors de les effrayer pour les faire fuir en jetant des pierres dans leur direction mais rien n’y fera, ils sont si peu craintifs qu’ils continuent de nous regarder sans se rendre compte de ce qui va se passer, sans réaliser le moins du monde le drame qui est entrain de se préparer à leur dépend. Nous avons vu arriver le bateau d’une famille GWICH’IN qui elle aussi a vu les caribous. Nous entendons un tir à la carabine, nous sommes entrain d’assister à une scène de chasse au caribou.
Pour les GWICH’IN la chasse aux caribous est fondamentale pour leur existence, ils en tueront un sur les sept. C’est la vie des gens d’ici à laquelle nous assistons, simple, naturelle et rude.
Chose étrange, les autres caribous ne chercheront pas à fuir, ils regarderont sans comprendre leur congénère. Et les GWICH’IN, peuple discipliné, ne tueront pas d’autres caribous alors que cela aurait été très facile. Dans ces contrées, il n’y a pas de sur chasse.
Le caribou est un animal trop vital à leur survie pour adopter des comportements qui les mettraient en péril.
Il faut savoir que chaque habitant de OLD CROW fait environ 250 repas par an avec du caribou et utilise tout ce qu’il peut de l’animal pour fabriquer des vêtements ou des outils.
Presque rien n’est jeté dans le caribou.
Nous nous approchons de la rive et demandons la permission à cette famille de rester un moment près d’elle et prendre quelques photos. Fort gentiment elle accepte.
Nous verrons le père découper la tête, couper les pieds et enlever la peau. La peau des pattes sert à faire des bottes car elle est très chaude.
Nous partagerons avec ces gens un gâteau au chocolat pour les remercier de leur accueil.
Cette petite famille était donc composée du père, de la mère, d’un jeune garçon d’environ 12 ans et d’une petite fille pleine d’espiègleries cherchant par tous les moyens à jouer avec un couteau de son père pour découper le caribou.
Lorsque nous décidons de les quitter, ne voulant pas les importuner trop longtemps, ils nous offrent deux gros morceaux de viande de caribous, d’environ deux kilogrammes au total, et qu’ils avaient chassé la semaine précédente.
Nous les remercions chaleureusement et reprenons notre route.
La pluie se met alors à tomber et c’est jusqu’à la fin de notre étape que nous pagaierons sous une pluie parfois battante.
Nous camperons un peu en hauteur au bout d’une île.
Nous nous amuserons à sauter dans le sable, un défi de plus que me lancera Jean-Marc comme celui de faire de la poutre sur les troncs d’arbre, en avant, en arrière, ou en faisant du calcul mental.
C’est sous la tente moustiquaire, à cause de la pluie que nous mangerons le caribou cuit divinement par Jean-Marc (il sait vraiment tout faire, même le boucher!!!...) sur la plaque du réchaud, et qu’est-ce que c’est bon le caribou!!!
Le ciel est tellement nuageux et pluvieux qu’il est inutile d’espérer des aurores boréales. La pluie tombera toute la nuit.
Le ciel est toujours nuageux, comme chaque matin chacun se réveille tranquillement et pan cake au petit déjeuner.
Je retrouve le canoë de Jean-Marc. Dès que nous avons chargé tout le matériel nous partons. Mais très vite nous nous arrêtons pour visiter un campement abandonné.
Il est perché très haut sur la berge et pour l’atteindre nous devons faire de véritables acrobaties, à tel point que Colette a renoncé.
Avant de grimper Jean-Marc nous fera remarquer de gros trous creusés dans la terre à même le talus, et le jeu des devinettes recommence, que sont ces trous?
Et bien il nous apprendra que ce sont des nids d’hirondelles des neiges.
Nous prendrons quelques photos de cet ancien campement, c’est toujours aussi émouvant de découvrir un lieu où des hommes ont vécus.
En reprenant notre route Jean-Marc m’expliquera comment lire la rivière et comment trouver où est le courant.
Il suffit d’observer les rives, si elles sont usées ou non, abruptes ou pas, si elles forment une plage ou pas, si elles sont identiques, si le lit de la rivière est large, tous ces détails contribuent à déceler où est le courant et 9 fois sur 10 il a raison!
Nous nous arrêterons un long moment, ferons un feu et mangerons. Ce midi là je mangerai très peu, à vrai dire je tiens une petite forme…le caribou de la veille m’ayant bien callé. Pour être honnête, mon estomac a connu quelques difficultés pour tout assimiler…
A cet instant, un des bateaux qui circule sur la PORCUPINE s’arrête à notre hauteur. Il s’agit de Georgie, un GWICH’IN que connaît très bien Jean-Marc. Ensemble il se remémore quelques souvenirs et il nous invitera à passer à son camp tout proche. Bien sûr nous irons lui rendre visite, nous caresserons ces chiens. L’un deux vit en liberté et n’est jamais attaché, pour quelle raison? Parce qu’ils n’ont jamais pu l’attraper. Malheureusement cet instinct de liberté va lui coûter très cher car Georgie envisage de le tuer. En effet, ce chien ne lui sert à rien, il ne peut pas l’entraîner pour participer à ces courses de chiens de traîneau, et comme il faut le nourrir, il coûte et ne rapporte rien, il est donc malheureusement condamné. Philippe a bien essayé de le sauver mais jamais il ne s’est laissé approcher.
Cet homme et son épouse ont l’air d’être des gens particulièrement attachant. Georgie souhaite acheter le canoë de Jean-Marc, le OLD TOWN rouge, et çà tombe bien, il est à vendre, ils feront affaire. Une jeune femme chinoise accompagne Georgie et son épouse, cette femme est là en touriste, comme nous, elle est ici dans l’espoir d’observer des caribous.
Ces gens sont hospitaliers et généreux, ils nous offriront du caribou. Nous les reverrons le soir, là où nous aurons planté nos tentes, sur une île, à peu de chose près, en face de leur campement. D’ailleurs, nous pourrons entendre japper les chiens chaque fois que, de loin, Georgie s’amusera à les siffler.
La pluie se remet à tomber, c’est dommage car nous n’aurons pas d’aurores boréales mais demain est notre dernière étape en canoë et le baromètre remonte.
Jour 17 |
Des caribous partout ! |
C’est donc, hélas déjà, notre dernière journée sur l’eau et quelle chance nous avons eu.
Nous avons pris notre petit déjeuner sous la tente moustiquaire car la pluie est revenue.
Une fois de plus, nous pouvons prendre notre temps car cette dernière étape est courte, nous ne sommes qu’à une douzaine de kilomètre de OLD CROW. Nous apercevons Georgie qui emmène la dame chinoise dans son bateau pour observer les caribous.
A peine avons nous embarqué que nous faisons demi tour. Jean-Marc a oublié sa paire de chaussettes. Comme c’est un garçon particulièrement soucieux de l’environnement et qui ne veux pas polluer la nature, nous devons récupérer ses chaussettes!
Cet oubli nous porterait-il chance? Un jeune caribou longe la rive et traverse la rivière. Sans faire demi-tour, l’aurions-nous vu? Nous rattrapons Philippe et Colette.
Nous entendons deux coups de fusils. Nous croyons qu’il s’agit d’un chasseur mais nous ne voyons pas d’autre bateau que celui de Georgie??? C’est alors que commence un long défilé de caribous. Nous avons dû rester au moins trois heures à nous laisser porter par la PORCUPINE, à accoster tout en douceur pour observer les caribous, il en venait de partout, par hardes de 7, 15, 27 animaux.
C’était impressionnant.
Nous les entendions marcher dans la forêt avant même de les voir en déboucher. Impossible de décrire l’impression visuelle que laisse leur entrée dans l’eau. Au total, nous avons bien dû voir au moins 200 caribous traversés la rivière. Impossible de se décider à avancer, le spectacle est trop beau, nous sommes encore sous le charme et sous le coup de l’émotion. La dernière harde est sortie de l’eau à 30m de nous. Jean-Marc ne savait plus ni où ni comment filmer. J’entendais à tout moment le déclic de l’appareil photos et de la caméra. Ce sera notre dernière rencontre avec les caribous, et quelle rencontre, c’était magique et beau.
C’est tout joyeux que nous nous remettrons à pagayer, le temps a fraîchi, il faisait froid mais nous étions tellement absorbés par la beauté du spectacle que nous ne nous sommes même pas aperçu que la température de l’air avait sérieusement baissé. Et puis, c’est après quelques courbes sous un ciel bleu clair arctique que nous arrivons à OLD CROW.
Juste avant d’arriver, nous avons vu dans le ciel se dérouler une scène étrange entre un aigle et un corbeau. Le corbeau est attaqué par l’aigle, c’est une sorte de danse macabre qui se joue dans le ciel entre les deux oiseaux. , le corbeau attaqué s’en va alors au loin, et contre toute attente, on ne sait trop pourquoi, il revient vers l’aigle, son agresseur?
Nous planterons nos tentes juste en face de l’église, au bord de la PORCUPINE. Nous irons à la petite superette de la ville d’où nous ramènerons de l’eau et quelques SPRITE.
Nous ferons le tour de cette petite ville où Jean-Marc est connu comme le loup blanc !
Le retour à la civilisation n’est pas trop brutal.
Le ciel est dégagé, nous espérons les aurores boréales. Un peu après 23H nous en verrons une apparaître très timidement, nous la suivrons jusqu’à ce qu’elle disparaisse, aucune autre n’apparaîtra, la couverture nuageuse est trop importante et comme il fait très froid nous prenons tous la direction de nos duvets.
Jour 18 |
Visite de Old Crow |
Aujourd’hui nous nous laissons vivre, rien ne nous pousse, notre parcours en canoë que l’on peut estimer à environ 350 km est maintenant achevé.
OLD CROW est une petite bourgade de 300 habitants. C’est une des communautés les plus isolées du CANADA. Sans route terrestre ou maritime, sans système d’accès par le fleuve, chaque habitant de OLD CROW doit posséder sa propre barque à moteur si il veut pouvoir se déplacer un peu. OLD CROW n’est accessible que par avion.
Après un copieux petit déjeuner nous partons à la découverte de cette petite ville pour en ressentir l’atmosphère. Dans les rues, plutôt dans les chemins de terre, tout le monde circule en quad, tout au moins à cette époque de l’année.
Nous partons en direction de la mairie, des objets de la culture du pays y sont exposés et de la documentation sur la région est à la disposition de tout un chacun.
Jean-Marc restera un long moment à discuter avec les gens qu’il connaît pendant que nous poursuivons la visite de la ville. Les alentours des maisons sont pleins de bric-à-brac. Toutes les maisons sont en bois, l’extérieur semble mal entretenu mais que la vie doit être difficile sous cette latitude.
Nous prenons un peu de temps pour farniente en début d’après-midi puis nous allons faire une longue promenade à pied en suivant une piste qui monte sur les hauteurs de OLD CROW.
Ce sera l’occasion d’observer un halo de soleil. Une dernière fois nous profiterons du paysage mais l’été indien se termine, nous ne voyons presque plus les couleurs dorées des bouleaux.
Pendant notre promenade nous verrons sur le bord de la route plusieurs tétras picorer des cailloux, ces cailloux sont nécessaires à la digestion de leurs aliments.
La température baisse régulièrement. Nous avons marché avec 6°C et sur le terrain qui nous sert de camping, en face de l’église, sous notre tente, nous mangerons avec 1°C de température.
En revenant de notre promenade un inspecteur de l’école originaire de DAWSON viendra nous dire bonjour et parler un peu. Il nous apprendra qu’il y a 43 élèves à l’école âgés de 5 à 15 ans avec 6 professeurs, que les élèves ont du mal à apprendre l’anglais. Ils parlent le GWICH’IN avec leurs parents et grands-parents. C’est le goût des traditions qui revient.
Au cours de notre dîner, c’est un policier qui nous rendra visite.
Et, à la fin du repas, une aurore boréale fait son apparition, nous sortons tous de la tente où nous avions trouvé un peu de chaleur, et, à nouveau, ce sont de très belles lumières que nous verrons. Le festival s’arrêtera vers minuit alors que nous avions tenté de nous éloigner de l’éclairage public. Il fait -4°C lorsque nous entrons dans nos tentes.
C’est aujourd’hui que nous quittons OLD CROW, il fait froid et humide. Il fait 0°C sous la tente, ce qui laisse imaginer la température extérieure.
La PORCUPINE est recouverte de brume, nous sommes dans le brouillard et l’eau a encore beaucoup monté, elle a tellement monté que le canoë rouge vendu à Georgie s’en est allé au fil de l’eau. Heureusement de gentils GWICH’IN nous l’ont ramené.
A 9H45 nous commençons à transporter tout notre matériel à l’aéroport, il nous faut faire plusieurs voyages. Au retour de l’un d’eux, un GWICH’IN s’approche de moi et de Colette et engage la conversation. Nous avons beaucoup de mal à le comprendre. Tout ce que nous pouvons expliquer c’est que nous quittons OLD CROW aujourd’hui, que nous prenons l’avion.
Alors que Colette a rejoint Jean-Marc et Philippe, cet homme continue de me parler, il sourit, je le comprends toujours aussi mal et puis il me tend la main pour me saluer. Je lui serre. Il me souhaite sans doute un bon retour mais j’ai pu lire dans le regard de cet homme toute la bonté de ces gens et elle est réelle, nous avons pu le constater à plusieurs reprises.
Nous voilà donc à l’aéroport à attendre l’avion, il y a tellement de brouillard que l’avion fera plusieurs passages au-dessus de l’aéroport avant de se poser. Et nous décollons, une heure plus tard nous arrivons à INUVIK, la boucle est bouclée.
Il fait très beau à INUVIK, nous nous installons au Bed and Breakfast que je retrouve avec beaucoup de plaisir. Ce sont d’autres souvenirs qui reviennent.
Puis nous allons faire un petit tour dans la ville, Colette et Philippe ne connaissent pas INUVIK. Nous restons un long moment au Bed and Breakfast à nous détendre, à répondre à nouveau, par jeu, aux multiples questions de Jean-Marc sur la lune, l’univers, les sciences, et puis nous allons manger des burger de caribous au fast food le plus proche. Pour leur dernier soir à INUVIK Jean-Marc et Colette ont beaucoup de chance car une belle aurore boréale embrasera tout le ciel.
Nous nous couchons vers 1H du matin.
Jour 20 |
Au revoir Jean-Marc |
Ce sont les dernières heures à séjourner à INUVIK pour Colette et Jean-Marc.
Jean-Marc se lèvera très tôt pour finir de préparer ces sacs.
Colette fera ces dernières petites courses et c’est à 12H30 qu’ils nous quitteront pour l’aéroport.
Je reste seule avec Philippe mais nous ne nous ennuierons pas.
Nous irons à la bibliothèque où Philippe consultera ses mails, nous irons voir la serre communale, nous rendrons visite à l’office des parcs nationaux.
Un monsieur vraiment très très très gentil nous accueillera. Il a tout de suite compris que nous étions avec Jean-Marc.
Ici le mot de passe c’est «Jean-Marc».
Nous repartirons avec des pin’s et des posters.
En fin, nous ferons le tour des derniers magasins pour le choix de nos cadeaux.
Finalement l’après-midi a passé très vite et Philippe a passé son envie de glace pendant que nous nous promenions un peu à l’extérieur de la ville. Nous sommes allés dire au revoir au delta du MACKENZIE.
En rentrant au Bed and Breakfast nous aurons la surprise de rencontrer un autre monsieur qui s’y est installé.
Comme nous, il ira à EDMONTON, nous échangerons quelques mots mais j’avoue avoir très mal compris ces propos. Cet homme doit faire parti d’une chorale car il chantait souvent comme pour se faire la voix. J’ai continué d’écrire mes cartes postales alors que Philippe est allé rejoindre les bras de Morphée.
Le soleil a brillé toute la journée et le vent s’est un peu levé. Normal, Colette était partie!
Jour 21 |
Tour en ville (Inuvik) |
Avec Philippe, nous décidons de nous réveiller à 8h. pour avoir le temps de faire tranquillement tous nos achats dans la matinée avant de prendre l’avion.
L’accueil des gens dans cette ville est vraiment extraordinaire et d’une gentillesse extrême. A la poste, la postière fera visiter les bureaux à Philippe. Devinez pourquoi? Son épouse travaille à la poste, alors si on considère l’esprit de corporation ajouté à la gentillesse de cette femme, dans cette contrée où les gens sont d’une grande amabilité, comment pouvait-il en être autrement!
Et dans les boutiques les gens font l’effort de dire un mot en français à notre encontre.
Nous rentrerons tranquillement au Bed and Breakfast pour boucler nos sacs et attendrons patiemment l’heure de rejoindre l’aéroport.
C’est Dave qui nous conduira, que cet homme est serviable! Il était très enrhumé ce matin.
Et voilà, nous enregistrons nos bagages, l’ours blanc est toujours là, comme celui de YELLOWNIFE où nous ferons une petite escale.
Il est 20H nous nous retrouvons à l’hôtel NISKU PLACE MOTEL chambre 34 pour une dernière nuit au CANADA.
Nous chercherons en vain un endroit où grignoter quelque chose.
Il tombe une pluie glacée, il fait nuit. Nous rejoindrons tranquillement la chambre. J’ai l’estomac et les intestins fatigués (mais qu’est-ce que c’était bon le caribou!!!...) et j’espère une nuit reposante avant de prendre l’avion demain pour PARIS.
Jour 22 |
Au revoir Canada ! |
Il tombe toujours sur EDMONTON une petite pluie froide lorsque nous nous réveillons. Il fait 4°C.
Comme nous l’avions déjà remarqué au début de notre aventure, il y a trois semaines, l’hôtel NISKU est situé sur une zone hôtelière toute proche de l’aéroport.
Il n’y a donc rien à faire aux alentours et nous sommes loin du centre ville. Dès que nous sommes prêts, nous décidons donc, Philippe et moi de rejoindre l’aéroport.
Nous avons beaucoup de temps devant nous pour grignoter quelque chose et faire les quelques boutiques de l’aéroport.
Le passage à la sécurité sera l’occasion d’une jolie rencontre avec une des femmes en service.
Elle engagera la conversation, nous racontera qu’elle a de la famille à PARIS et qu’elle nous envie d’y aller.
Elle est mauricienne et lorsque que je lui dis connaître l’île MAURICE, elle commence à me raconter sa vie, qu’elle aime sa vie au CANADA, qu’elle est appréciée par sa hiérarchie mais que c’est surtout pour les études de ces enfants qu’elle est installée au CANADA, qu’ici tout est plus facile qu’à MAURICE.
En dehors du climat, elle trouve la même chose.
Elle a une maison à QUATRE BORNES. Je lui aurai demandé son adresse je crois qu’elle me l’aurai donnée!!!
Le vol EDMONTON-TORONTO est des plus agréables mais nous décollons avec 30 MN de retard et la correspondance avec le vol pour PARIS risque d’être difficile.
C’est ce que nous pensions mais c’était sans savoir que nous repartirions de TORONTO avec presque 2H30 de retard!!!
Des problèmes de lumières à réparer sur l’avion ont pris énormément de temps. Certains passagers n’auront pas leur correspondance à PARIS et devront dormir à l’hôtel au frais de AIR CANADA!
A défaut des étoiles, de la lune et des aurores boréales, cela nous a permis de voir TORONTO BY NIGHT et BY AIR.
C’était très beau. On voyait parfaitement le quadrillage de la ville comme le sont toutes les grandes villes des amériques.
Pendant ce dernier vol sur PARIS, le monsieur assis près de moi conversera volontiers, il souhaitera connaître ce qui m’a amené au CANADA.
Très intéressé par notre parcours, il me pose plein de questions. Quant à lui, pendant trois semaines, il a sillonné les rocheuses, VANCOUVER, CALGARY, SEATTLE, …
Dans quelques heures nous serons à PARIS. Philippe et moi nous nous quitterons pour reprendre chacun notre propre chemin et ce sera …
…LA FIN DU VOYAGE... |
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