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Récit d'aventure : La descente de la Wind et de la Peel
Yukon & TNO - CANADA
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Récit de Françoise, une des participantes du séjour 2005
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Voici l’histoire de 6 personnes qui ne se connaissent pas et qui vont vivre ensemble une grande et belle aventure : la descente en canoë de 2 rivières : la WIND et la PEEL, situées dans le territoire du Yukon et les territoires du Nord-Ouest.
JOUR 1
Pressés de se rencontrer, c’est en fin de journée à l’aéroport de Whitehorse qu’ils se retrouvent et peuvent faire connaissance.
Vous allez donc suivre l’histoire de Daniel, Erwan, Gilles, Didier, Jean-Marc et de moi-même.
Le soir de ce premier jour nous dormons au camping de Whitehorse qui porte le nom d’un célèbre poète canadien ROBERT SERVICE.
Dans la soirée un jeune couple de québécois viendra spontanément vers nous échanger quelques mots, nous raconter leur voyage et s’enquérir de ce que sera le nôtre; leur gentillesse et leur spontanéité est un vrai bonheur et nous confortent dans le choix de notre destination
JOUR 2
Très tôt le matin, à 7 heures, nous quittons le camping, et après 5 heures de route et une petite pause à CARMACKS, nous arrivons sur la base de départ des hydravions de la petite communauté de MAYO.
Et, c’est sous un chaud soleil qu’une longue attente commence. C’est l’occasion pour nous de récupérer un peu de notre voyage depuis la France, de faire un peu plus connaissance, de refaire le monde et de rêver à ce que sera notre itinéraire.
Vers 17 heures notre hydravion arrive, il nous déposera trois quart d’heure plus tard sur un petit lac de montagne, le lac McCLUSKY et ce sont sur les rives de ce lac que nous établissons notre premier bivouac. Nous sommes alors seul au monde, à 500 km de toutes traces de civilisation. C’est le bonheur qui commence.
Petite pause culturelle: CARMACK fut l’un des tous premiers chercheurs d’or du YUKON à avoir trouvé un filon en 1896.
JOUR 3
Après avoir pris notre petit déjeuner nous partons en randonnée, histoire de se mettre en jambe. Nous marchons tranquillement, observons nos premières traces d’ours et d’orignal. C’est aussi l’occasion de s’arrêter devant les petites fleurs de l’arctique, si belles et si fragiles.
Nos pas nous conduisent, 220 mètres de dénivelé plus haut, au sommet d’une crête d’où nous avons une vue à couper le souffle sur la WIND et les montagnes qui la bordent.
Nous restons là un long moment à contempler ce beau paysage et à prendre des photos.
Petite pause botanique: on peut sous cette latitude observer entre autres petites fleurs: la cassiope tétragone au petite clochette blanche, - la grassette, une petite plante carnivore mauve - la pétacite - la pédiculaire - la saxifrage - la dryade à 8 pétales - l’épilobe, une petite fleur rose - la linaigrette, qui aime l’humidité – le lupin arctique – le pavot arctique – le saule arctique… et une multitude de baies sauvages - sans compter toutes celles que Jean-Marc saura vous faire découvrir sous son œil d’expert.
Nous consacrons une partie de l’après-midi à lever le camp car nous transportons 450 à 500 kg de matériel que nous devrons répartir dans nos 3 canoës. Un petit portage s’impose alors pour rejoindre le bras de rivière d’où nous partirons. Notre première tâche collective est de monter les canoës, ceux-ci n’étant pas rigides et cela pour faciliter leur transport depuis la France. Constitués d’une armature en aluminium démontable qui se glisse à l’intérieur d’une peau verte.
Sous de telles latitudes le temps change très vite et une belle averse nous oblige à patienter encore un peu avant de prendre le grand départ, et le niveau de l’eau étant très bas, c’est à la cordelle qu’enfin nous descendons le bras de rivière qui nous relie à la WIND.
La WIND enfin atteinte, nous embarquons pour environ 1 heure de pagaie. Après une journée somme toute bien remplie, les premières fatigues apparaissent. Nous décidons donc d’établir le bivouac.
JOUR 4
Nous découvrons véritablement la rivière, elle est d’une limpidité et d’une pureté extraordinaire, ses rives sont caillouteuses, elle coule dans un paysage de montagnes de genre alpin, elle est à faible courant, dite de classe 1 à 2 pour les initiés, elle est très sinueuse, toute en drossages avec de grands arbres échoués en son milieu ou tout simplement violemment penchés au dessus de l’eau. Cette multitude de virages, d’obstacles et parfois aussi le manque d’eau la rendent très technique et comme nous ne sommes pas encore parfaitement rodés dans le maniement de la pagaie, il arriva ce qui sans doute devait arriver….un….et puis …un second….dessalage, l’eau est fraîche, fort heureusement, plus de peur que de mal. Nous avons pu récupérer tous nos sacs, y compris la précieuse valise de Daniel!!!!
Nous prenons le temps de sécher les affaires, nous réchauffer, de grignoter quelques barres de céréales et nous voilà reparti mais les pieds dans l’eau et à la cordelle car le lit de la rivière à cet endroit est vraiment peu profond.
La météo se fait encore très changeante avec en alternance averses et grand soleil.
Impossible de dire le chemin que nous avons parcouru depuis notre départ, sans doute n’avons-nous pas progressé autant que nous aurions voulu mais qu’importe, et comme les premiers signes de fatigue commencent à se manifester, que le paysage sur la vallée qui s’offre à nous est d’une rare beauté, nous décidons de nous arrêter, d’établir notre camp du soir afin de pouvoir profiter à chaque instant des beaux panoramas que nous procurent la nature.
Ce soir là nous avons la chance d’observer un spermophile arctique et d’entendre son petit cri très caractéristique.
Dans la soirée le vent se lèvera et c’est sous la tente à 4 places, dans une atmosphère particulièrement joyeuse que nous commencerons notre repas. Nous le terminerons, un peu moins à l’étroit, autour d’un bon feu de bois après que le vent ait cessé.
Petite pause animalière: le spermophile arctique est un petit animal marron clair, très curieux, qui ressemble énormément à l’écureuil ou au chien de prairie, on l’appelle aussi le SIKSIK à cause de son cri qui fait «sik sik sik sik sik sik….»
JOUR 5
Nous continuons notre périple, ce matin, la brume nous accompagne, les montagnes dans ce brouillard matinal ont un charme tout particulier : celui de l’arctique. Nous croisons un couple de d’australiens contraint à l’arrêt. Eux aussi se sont retournés et doivent faire sécher leurs affaires. Ils ont perdu 3 de leurs sacs. Par chance nous leur avons récupéré un duvet, un objet fort précieux dans ces contrées. Plus loin, nous leur avons retrouvé un second sac !
Aujourd’hui la rivière est calme, elle s’élargit un peu, le paysage change, il devient moins montagneux. Une famille de petits canards croisera notre route. Nous arrivons alors dans ce qui ressemble à une plaine et à l’embranchement de la BEAR RIVER. C’est alors que nous découvrons une vue panoramique somptueuse. Le paysage est tellement beau que nous décidons de déjeuner à cet endroit. Nous parlons peu, prenons des photos, c’est tellement beau que le silence s’impose de lui-même. C’est toute l’étendue de la WIND RIVER qui nous apparaît, ses méandres, sur fonds de vallées glaciaires, l’une d’elles à conserver son verrou et en grimpant un peu on pourrait apercevoir le lac qu’elle cache. Des spermophiles arctiques nous tiennent compagnie pendant tout notre repas.
Et puis il faut bien repartir. Le vent se lève, l’effort doit être un peu plus intense mais le paysage est grandiose. Didier, le cameraman du groupe nous filme du haut d’une petite colline alors que nous poursuivons notre descente en canoë.
Même si nous avons retrouvé un grand soleil et un ciel bleu, le vent devient trop fort et nous décidons de nous arrêter.
Les nuages dans le ciel sont d’un joli blanc cotonneux, leurs formes sont arrondies à la perfection comme dans les dessins animés.
Dans la soirée, les orages nous encerclent et se préparent à éclater, nous aurons le temps de dîner au sec avant de rejoindre nos tentes, mais quelles couleurs ! La montagne, sous les lumières du ciel prend des teintes rouges, ocres, grises et blanches comme de la craie.
C’est sous la pluie battante et le tonnerre que nous nous endormirons.
JOUR 6
Après avoir constaté que les après midi sont toujours plus venteux que les matinées, nous décidons d’être plus matinaux et de mettre le réveil à 6 heures 30.
Nous sommes bien dans le grand nord, pour preuve, ce banc de glace que nous croisons sur notre droite quelques instants après notre départ.
Et puis c’est un grand bonheur qui nous attend, après environ 2 heures de pagaie nous avons la chance d’observer un caribou, un caribou de la harde de la BONNET PLUME. C’est un animal d’une grande majesté, qui se déplace avec beaucoup de grâce, de légèreté et de beauté. A notre approche il s’en est allé, impossible donc de prendre une photo, nous profitons de l’instant présent. Parfois les plus belles photos sont aussi celles que l’on garde en mémoire.
A peu près 1 heure plus tard nous nous arrêtons pour déjeuner et décidons de planter notre bivouac car bientôt nous quitterons la montagne et nous voulons profiter encore une fois et au maximum des paysages qu’elle nous offre.
C’est ainsi qu’après avoir mangé nous partons en randonnée, nous grimpons jusqu’à un joli col situé à 1000 mètres d’altitude. Le ciel est bleu, il souffle un vent léger, seule une petite averse viendra nous rafraîchir pendant notre ascension.
Le contact de la main avec la roche sédimentaire est rugueux, la peau accroche mais là encore, avec seulement 400 mètres de dénivelé, le paysage est grandiose, nous dominons toute la vallée de la WIND RIVER, prenons des photos, nous savourons notre plaisir d’être là. Ce territoire est immense, totalement vierge de toute civilisation, aucun nom n’a été donné aux sites que nous traversons. Aucune des montagnes que nous apercevons n’a été baptisée, alors nous décidons, pour rire, d’appeler notre col le col «GUILLESS » !!!...
Quelle belle journée !
JOUR 7
Nous commençons à pagayer vers 9 heures du matin, nous sommes poursuivis par 2 mouettes protégeant leurs petits nageant sur l’eau. Alors que nous laissons sur notre droite une belle plage de neige ou de glace, nous pouvons observer ce matin là 2 aigles en plein vol. Au bout d’une heure trente environ une petite pause reconstituante s’imposera d’elle-même.
Sous le soleil, la rivière aux couleurs bleues, vert lagon est tortueuse.
Nous repartons et laissons sur notre gauche la ROYALE CREECK
Le paysage a brutalement changé, le lit de la rivière s’est élargi, c’est comme si nous n’étions plus au même endroit, nous avons définitivement quitté les montagnes et nous entrons dans la plaine.
Nous sommes alors tous impressionnés par le rythme auquel nous avons descendu cette rivière. Notre dénivelé négatif progresse rapidement (au grand désarroi de Gilles).
Un feu de forêt et sa vitesse de progression nous prendront alors quelque peu au dépourvu car il brûle dans la zone où nous comptions établir notre bivouac. Nous en profitons pour faire une petite pause, prendre quelques photos, et c’est aussi à cet endroit que nous croiserons à nouveau le jeune couple d’australiens avec qui nous échangeons quelques mots.
Après une petite série de rapides nous laissons en face de nous la LITTLE WIND pour enfin arriver sur notre campement du soir.
Ce jour là nous avons parcouru une distance à vol d’oiseau estimée à 47 km.
JOUR 8
Ce matin nous nous octroyons une petite grâce matinée: réveil à 7heures30.
Ce matin là sera aussi l’occasion de filmer Daniel, portant sa valise, comme si il allait attendre le bus à son arrêt, l’image est tellement insolite que le fou rire est inévitable, alors merci Daniel pour ce joli moment de gaieté.
C’est donc dans la bonne humeur que nous embarquons dans nos canoës et c’est véritablement à nouveau un grand bonheur qui nous attend. La chance est avec nous: après seulement quelques coups de pagaie, nous apercevons sur notre gauche, à environ 50 mètres, 2 ours grizzly, la mère et son petit. La mère attentive à son ourson nous a sentis, nous la voyons se dresser sur ses deux pattes arrière, et puis ils s’enfoncent dans la forêt. Nous sommes tous heureux de cette belle rencontre.
Nous continuons notre route sous une averse, un petit canard arctique de la famille harelde boréale, nous accompagnera quelques instants, nous rejoignons ainsi le MONT DECEPTION. Nous nous arrêtons, nous découvrons quelques nids d’hirondelles dans la falaise et grimpons à son sommet. Le ciel est brumeux, mais tant pis car cette randonnée est sans doute la dernière à pouvoir nous offrir l’occasion d’admirer encore une fois la vallée de la WIND RIVER, et ce mont porte bien mal son nom car la vue, d’en haut, même par temps de pluie est superbe.
Nous poursuivrons notre route sur l’eau entre mille bras, un aigle pygargue posé sur un arbre mort s’envolera sous nos yeux. La rivière est vraiment peu profonde, l’eau manque, nous devons éviter un grand nombre d’arbres en travers de notre route. Trouver son chemin devient difficile, très souvent Jean-Marc est debout dans le canoë pour déceler plus facilement les passages praticables, nous sommes dans un labyrinthe et il pleut. Nous nous arrêtons pour déjeuner et nous réchauffer un peu.
La pluie s’est arrêtée, nous repartons et pagayons jusqu’à une falaise, et là impossible de ne pas s’arrêter de nouveau pour regarder tellement l’érosion de cette falaise est impressionnante, ce sont des pans entiers qui s’effondrent sous nos yeux, nous n’avions jamais vu çà.
A partir de cet instant la rivière perd toute sa clarté, elle est devenue trouble, chargée d’alluvions et le restera jusqu’à notre arrivée.
Nous installerons notre bivouac un peu plus loin, à l’intersection de la WIND RIVER et de la BASIN CREECK, nous sommes à environ 10 km de la PEEL RIVER.
JOUR 9
Le temps est au grand beau, ciel bleu et 28°C au thermomètre !!!
Nous profitons des quelques kilomètres qui nous restent à parcourir sur la WIND RIVER pour en apprécier ses derniers méandres et ses derniers rapides.
Sur les bords de la rivière nous voyons une hutte de castor ainsi que toutes les traces, voir les dégâts, que ce petit animal engendre sur la forêt.
2 kilomètres avant d’arriver au confluent de la WIND et de la PEEL RIVER, nous nous arrêtons pour observer un paysage qui s’impose à nous avec beaucoup de générosité: de superbes falaises rouges se dressent sous notre regard.
Sur le sol des traces d’ours et d’orignaux prouvent que nous ne sommes pas seul sur cette terre.
Malheureusement, dans l’arctique, l’été et le beau temps sont aussi synonymes de moustiques et de moustiques en abondance et bien souvent dans une végétation particulièrement dense où bien sûr il n’existe ni chemin ni sentier. Ce sont les lois de la nature qui nous empêcherons donc ce jour-là de grimper à travers la forêt pour découvrir un site que l’on peut qualifier d’historique: la WIND CITY ainsi que quelques beaux rapides sur le secteur.
Petite pause culturelle: la WIND CITY est un endroit où des chercheurs d’or ont été contraints d’hiverner au cours de l’hiver 1898-1899 avant de rejoindre le Klondike, et il y reste encore aujourd’hui les vestiges de leur passage avec de vieilles cabanes et de vieilles choses.
Nous reprenons donc notre route et arrivons très rapidement au confluent de la WIND et de la PEEL. Ces deux rivières qui se rencontrent sont tellement belles que nous nous arrêtons un long moment pour les regarder, les appareils photos crépitent.
Le paysage a totalement changé, la rivière a retrouvé un peu de sa clarté, elle s’est considérablement élargie. Le courant a changé lui aussi, nous avons perdu les rapides de classe 1 et 2 qui facilitaient notre progression. Et avec le vent nous devons appuyer un peu plus fort sur la pagaie.
Au revoir la WIND RIVER et bonjour la PEEL RIVER.
Nous ferons alors notre première belle rencontre sur cette nouvelle rivière: une dizaine de très beaux canards arctique noir à bec jaune.
Nous monterons nos tentes pour la nuit à l’intersection de la PEEL et de la BONNET PLUME, juste à l’entrée d’un canyon d’où on peut parfois entendre la falaise s’effondrer. Impressionnant !!!
JOUR 10
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas: vent, crachin «breton» (pardon Erwan…), 8°C mais le décor en est que plus sauvage.
Toute la journée nous allons descendre un très long et magnifique canyon, long à vol d’oiseau de 31 km. La rivière serpente très agréablement formant de très grands «S» avec très peu de rapides. Les virages sont tellement immenses que parfois ils nous font revenir sur nos pas.
Les falaises sont d’une rare beauté et les longer procure un sentiment de calme et de complète sérénité. Avec le temps, le travail du gel/dégel a donné à la roche, pour notre plus grand plaisir, des formes arrondies très bizarres.
Un peu déçu, certains d’entre nous penserons que le spectacle de ce canyon aurait pu être encore plus enchanteur si le soleil avait été au rendez-vous. D’autres diront qu’il aurait été agréable de s’y baigner si l’eau n’avait pas été aussi froide!
C’est en bordure de forêt, à l’abri du vent et de la pluie, près d’un bon feu que nous déjeunons.
Il pleut, mais qu’importe, nous reprenons notre route jusqu’ à la sortie du canyon pour atteindre le croisement avec la SNAKE où nous avions décidé de bivouaquer; au sol des traces de glouton et d’orignal.
Nous verrons à nouveau les arbres en bordure de la forêt attaqués par les castors ainsi qu’un pygargue et un nid.
Nous sommes à la latitude du 66ème parallèle, et c’est avec plaisir que nous retrouvons la chaleur du duvet, les journées à venir seront sans doute riches en émotion...
JOUR 11
C’est par un temps brumeux que nous reprenons notre route. La pluie est au rendez-vous et elle donne au paysage une atmosphère toute particulière.
Le compte à rebours a commencé, nous nous rapprochons de plus en plus du cercle polaire arctique. Notre joie est visible, palpable, le plus heureux d’entre nous est sans aucun doute Erwan…
La rivière qui a perdu toute sa clarté coule de plus en plus calmement bien que, parfois, quelques légers rapides nous fassent progresser à une allure approchant les 17km /heure.
Une fois encore nous serons admiratifs devant un aigle pygargue en plein vol.
Nous longeons à nouveau de longues falaises érodées par la rudesse du climat nordique, nous nous sentons toujours aussi petit et humble.
Nous verrons une autre cabane de castor et le résultat de son travail sur les berges de la rivière, pas de doute, nous sommes bien au Canada!
De grands arbres couchés, déracinés, et souvent en plein milieu de la rivière, nous montreront à quel point la violence des eaux peut être terrible et vive à l’époque de la débâcle.
Le vent, la pluie et la fraîcheur de l’air nous inviteront à nous arrêter pour déjeuner devant un bon feu alimenter de grandes bûchettes…
Et c’est seulement à quelques kilomètres du cercle polaire, sous le soleil et le ciel bleu que nous installerons notre campement.
JOUR 12
Le ciel est bleu, le soleil brille, il fait beau, voilà un peu moins de 2 heures que nous pagayons, il n’est pas encore midi, nous sommes entourés de collines verdoyantes, nous avançons en direction d’un joli petit rapide légèrement incurvé, nous le franchissons et voilà, en un éclair, nous sommes propulsés de l’autre côté de la ligne. Nous sommes à la latitude 66°30’ et venons de franchir cette ligne mythique appelée le cercle polaire arctique. Quelque chose de magique vient de se passer, rien d’autre à faire que de savourer…
Il est 13H30 passé lorsque nous décidons de faire la pause déjeuner, au menu: nouille chinoise, sardine, gruaux, et l’observation d’empreintes d’ours et de loup particulièrement bien marquées sur le sable.
Joyeusement nous repartons et décidément c’est une belle journée.
A bâbord, la rive est très haute et abrupte, ce ne sont que de gros cailloux d’un gris noir scintillants sous les lumières du grand nord, et là, au bord de l’eau, surgit un ourson grizzly. Il nous regarde, trottine un long moment sous nos yeux tout le long de la rivière. Tous nous nous demandons où peut bien être la mère, et c’est rempli de bonheur que nous poursuivons notre chemin.
Une grande ligne droite, sous le vent, nous amènera jusqu’à notre bivouac que nous installerons sous le cri d’un plongeon.
JOUR 13
Tranquillement avant de partir nous prenons le soin de réparer et de remonter un canoë qui a quelque peu souffert de toutes les manipulations qui lui sont imposés.
Aujourd’hui, l’eau est calme, le ciel est bleu, il fait même chaud.
Nous longeons la rive droite, à cet endroit de la rivière un léger courant nous aide à glisser agréablement.
Le temps passe trop vite, nous voilà déjà à la pause déjeuner. Nous prenons notre temps pour démarrer le feu, faire cuire le riz. La bonne humeur est permanente.
La rivière a terminé de serpenter, nous ne rencontrons plus qu’une succession de grandes lignes droites et celle qui nous amènera à notre «camping» (sans douche) sera de toute beauté: un champ de prêle au vert tendre avec une petite forêt en arrière plan. Et, en face de nous, dans la lumière du soir, lumière du soir qui éclaire comme de jour, se dresse un front montagneux aux rougeurs d’une tendre chaleur.
Après notre traditionnelle bolée de pâtes, la soirée s’achèvera de belle manière: 3 grues du Canada viendront nous rendre visite.
Et, c’est donc pleinement satisfait, après avoir bu notre tisane, que nous nous glisserons dans nos duvets.
JOUR 14
Nous avons bien progressé sur notre itinéraire.
Nous nous réveillons sous le soleil et cette journée sera plutôt calme.
Notre départ est tardif, vers 10 heures 30 après une petite grâce matinée et un petit déjeuner royal à base de pain perdu.
Nous pagayons 3 km et nous nous arrêtons pour une petite grimpette d’une centaine de mètres de dénivelé afin d’apprécier la vue de la belle ligne droite que nous avons descendue la veille. Nous marchons dans une nature totalement vierge, sauvage et dense, nous sommes assaillis de toute part par les moustiques, mais qu’importe, même si, après, nous sommes plutôt heureux de retrouver la berge et de grignoter quelques barres de céréales.
Nous repartons tranquillement jusqu’à ce que nous trouvions le premier mémorial de la police montée canadienne où nous nous recueillerons quelques instants.
Le vent se lève, l’air se rafraîchit, mais notre journée de pagaie est tellement calme que nous n’éprouvons pas le besoin de faire une pause déjeuner et c’est directement que nous nous dirigeons vers notre bivouac après avoir franchi le 67éme parallèle et être entrés dans le Territoire Du Nord Ouest.
Demain il faudra être un peu plus actif, nous sommes à 45 km de Fort MacPherson, notre destination finale en canoë.
JOUR 15
Ce matin encore nous prenons notre temps pour nous préparer, et quelle bonne idée car ainsi nous pouvons observer à nouveau et à loisir, sur leur territoire, 4 grues du Canada. C’est à la jumelle que nous les voyons becqueter le sable boueux au bord de la rivière et déployer leurs grandes ailes à leur envol.
Nous pagayons à peu près 1H30 et nous arrêtons sur notre droite pour observer le second mémorial dressé en l’honneur de deux autres policiers de la police montée canadienne.
Celui-ci se trouve au bord de la rivière légèrement en hauteur, la rivière est très basse, le sol est marécageux, il nous faut donc marcher un peu pour le rejoindre. Nous restons là un petit moment car c’est une page de l’histoire du Canada qui respire dans ces lieux.
Petite pause d’histoire : ces 2 mémoriaux dressés au bord de la rivière au milieu de nulle part sont le théâtre d’un drame, c’est la triste histoire de la patrouille perdue, «the lost patrol». En 1911, 4 agents de la police montée partent de Fort MacPherson à destination de Dawson. Les mauaises conditions climatiques leur font perdre un temps précieux. Ils remontent le lit de la Peel, puis de la Wind avant de bifurquer sur la Little Wind. Là, ils se perdent. Voyant qu'ils n'atteindront jamais Dawson avec le peut de nourriture qu'il leur reste, il décide de faire demi tour et de rentrer à Fort MacPherson. Affaiblis ,par le manque de nourriture ils s'épuisent dans la poudreuse. A bout de force, ils vont mourrir à quelques miles de la "civilisation". Deux mémoriaux ont été érigés à l'endroit on leurs corps ont été retrouvés.
La nation canadienne a voulu rendre hommage à ses officiers et leur a dressé un mémorial, aujourd’hui, ils sont enterrés dans le petit cimetière de Fort MacPherson.
Environ 2 heures après être repartis nous croisons notre première habitation depuis le jour 3, il s’agit d’une cabane de pêcheurs appartenant à la communauté des indiens GWICH’IN.
Et c’est un peu plus loin, près d’une autre cabane GWICH’IN que nous déjeunons et, à notre grande joie, une barque à moteur avec une famille d’indiens débarque à notre hauteur. Nous parlons un peu ensemble. Un des enfants, particulièrement espiègle, se laisse prendre en photo.
Notre déjeuner terminé nous repartons affronter une grande ligne droite, sans courant pour nous aider et le vent de face. 2 heures plus tard nous décidons d’une petite pause «cookees» et après encore un petit effort, nous nous posons définitivement sur une rive au bord très très très boueux et qui se révèlera être particulièrement appréciée des moustiques.
Les mouettes nous ont certainement entendus éclater de rire en débarquant.
Nous sommes à moins de 30 km de Fort MacPherson.
Nouvelle petite pause culturelle: les GWICH’IN sont une petite communauté d’environ 2500 indiens, et leur existence remonte à il y a environ 500 ans. Ils parlent couramment l’anglais même si ils ont leur propre dialecte. On les rencontre sur toute la partie ouest du YUKON jusqu’à Inuvik.
JOUR 16
Et voilà nous entamons notre dernière étape, quelques 28 km entrecoupés de pauses agréables. Aujourd’hui encore nous voyons des traces d’ours, de loups et, de grands aigles virevoltent dans les airs au dessus de nos têtes. L’eau est toujours aussi calme, sans courant; il faut faire un petit effort sur la pagaie pour progresser, heureusement le vent ne souffle pas et le soleil chauffe très fort.
Nous déjeunons à quelques centaines de mètres du ferry qui relie d’une rive à l’autre la route DEMPSTER, une belle piste que nous emprunterons demain.
Et puis nous voilà arriver à Fort MacPherson, alors que l’eau manque, c’est à pied, en tirant les canoës, que nous faisons les derniers mètres.
Nous découvrons le village, nous nous arrêtons devant la cabane reconstituée de MAD TRAPPER.
Nous faisons quelques courses au supermarché local, c’est l’occasion d’échanger quelques mots avec les gens, d’une grande courtoisie avec nous.
Et puis, nous démontons, nettoyons et emballons les canoës.
Ce soir nous nous endormons aux portes de Fort MacPherson un peu triste d’avoir terminé cette aventure et en même temps très content d’avoir été jusqu’au bout soient: 520 km en canoë et 900 mètres de dénivelé négatif parcourus.
Petite pause d’histoire: MAD TRAPPER était un homme recherché par la police pour avoir tué un officier. Pendant 2 longs mois il a couru les bois et les rivières pour échapper à la justice. Avant de se faire prendre, il a réussi à survivre sans feu de bois et sans arme pour chasser. La cabane que nous pouvons voir à Fort MacPherson est une reconstitution de celle qu’il avait construite.
Jour 17
C’est notre dernière matinée au bord de la PEEL.
Nous prenons notre petit déjeuner tranquillement et terminons d’emballer définitivement tout le matériel.
Un taxi doit venir nous chercher, direction Inuvik à l’entrée du delta du MACKENZIE. Nous l’attendons, il fait très beau. Nous roulerons alors pendant 2 bonnes heures sur la DEMPSTER.
Arrivés à Inuvik nous nous installons dans le Bed and Breakfast qui nous a été réservé et c’est avec plaisir que nous prenons notre première douche depuis….
Et puis nous allons à la découverte de Inuvik, boire, au grand bonheur de Daniel, une bière bien fraîche, découvrir et déguster la viande de caribou et/ou de bœuf musqué sous forme de hamburger. Nous terminons la soirée avec une bonne glace au chocolat accompagnée de banane. Un vrai régal après tous les kilos de pâtes que nous avons mangés.
Malheureusement dans la nuit Didier a un malaise, est ce la nourriture ou autre chose, aucun d’entre nous ne peut le dire. Nous avons eu très peur mais finalement, il a retrouvé ses esprits
Petite pause géographie : la DEMPSTER HIGHWAY est une des routes les plus spectaculaires au monde. Elle fut officiellement ouverte en 1979 alors que ces travaux avaient commencé en 1958, elle porte le nom du caporal WJD DEMPSTER qui avait retrouvé en 1911 les corps gelés des officiers de la patrouille perdue. Elle est longue de 740 km et va de Dawson à Inuvik après avoir coupé le cercle polaire. Elle fut construite en hiver afin d’endommager le moins possible la végétation et c’est donc le sol gelé qui fut directement recouvert de quantité énorme de gravier, la route surplombant ainsi la toundra.
JOUR 18
C’est notre dernière journée à passer au pays où les étoiles se cachent en été. Nous nous reposons et profitons de ces instants pour ressentir ce pays de l’intérieur, observer les gens en essayant de comprendre leur vie sous cette latitude. Chaque maison possède sa grosse voiture, son bateau, voire son motoneige, son canoë et son chien.
Nous faisons quelques achats de dernières minutes, visitons l’office du tourisme et visionnons quelques films sur les parcs nationaux canadiens: une invitation à rester alors que notre avion pour l’Europe nous attend.
Notre dernier hamburger au caribou mangé, nous retrouvons la chaleur de notre Bed and Breakfast où nous échangeons quelques mots avec un couple de canadien de VANCOUVER.
JOUR 19
Dernière matinée et derniers achats à Inuvik que nous quittons définitivement à 13 heures en début d’après-midi pour rejoindre Paris via Edmonton et Toronto et la vie dite civilisée.
Nous laissons derrière nous Jean-Marc qui se prépare pour une nouvelle expédition de ses rêves.
Le vol se déroule calmement, nous passons la fin de l’après-midi et la soirée à Edmonton sans y avoir trouvé un attrait, un charme particulier mais nous sommes presque encore tous ensemble.
JOUR 20
Cette fois nous quittons définitivement le Canada et ses grands espaces. A 9 heures 30 nous quittons notre hôtel d’Edmonton pour rejoindre l’aéroport et notre destination finale: la France et Paris.
Nous laissons à nouveau dernière nous un de nos compagnons de route, Erwan, qui prendra un autre vol un peu plus tard. Nous ne sommes plus que 4 et c’est un peu triste.
L’aventure est belle et bien terminée et impossible de revenir en arrière, à quand la prochaine?
EPILOGUE
Non, cette histoire n’est pas complètement terminée. Même si le goût de l’effort et l’endurance étaient indispensables à sa réussite, oublier tout son côté, toute sa dimension humaine serait lui enlever l’essentiel de ce qui a fait sa valeur et son charme.
Impossible donc de se quitter sans faire un petit portrait vivant de chacun d’entre nous pendant cette belle aventure.
DIDIER : informaticien, banquier
Notre cameraman, pour notre plus grand plaisir, il nous a filmé en pleine action, la pagaie à la main, ainsi que les plus beaux panoramas de notre voyage. Passionné d’aviation et pilote en son temps, à notre départ il était aux avant postes dans l’hydravion, le casque sur les oreilles.
Un petit détail, il fut le seul à porter des bottes et savait parfaitement comment les vider avant de monter dans le canoë, sa technique était parfaite.
Il fut également le seul à tenter de pêcher car nous avions une canne à pêche, mais malheureusement, il n’a récupéré au bout de la ligne qu’une «poupée» mais sa grande patience en est venue à bout!
Et puis il y eu sa clameur pendant l’effort, elle était à la hauteur de son courage car pour une première expérience en canoë, chapeau!
GILLES : professeur de comptabilité gestion
C’est le vrai, le parfait montagnard, un dur au cœur tendre qui s’émeut, qui s’attendrit devant un petit caillou en forme de poupée.
Son signe particulier: de nous tous c’est vraiment lui qui mangeait le plus vite, à une vitesse incroyable, nous avions à peine commencé qu’il avait déjà terminé!
Il aime l’eau vive, très vive et peine dès que le courant s’arrête. En vain, il a cherché le coup de pagaie idéal qui propulse le canoë en avant au lieu de le freiner mais qu’importe!!!
Toujours, toujours il fut le premier à participer à toutes les taches collectives, il n’y a pas eu un jour où il n’a pas apporté son aide pour porter les sacs les plus lourds, aller au bois, faire le feu, préparer le repas, ranger les affaires. Pour tout çà: merci
ERWAN : informaticien
Notre «inspecteur gadget» qui est venu tout spécialement au Canada pour couper du bois en petites bûchettes, c’est un garçon toujours de bonne humeur, avec le sourire.
Et, grâce à son humour, sa joie de vivre, son énergie, ses propos parfois cocasses, car chaque jour il avait un dicton d’une originalité qui lui était très personnelle, nous avons beaucoup ri. Et, il faut bien le dire, pour nous tous, sa compagnie était des plus agréable.
Parfois, de bon matin, il lui arrivait de tenir un petit discours philosophique.
Nous n’oublierons jamais sa joie à passer le cercle polaire arctique, elle revenait régulièrement dans nos conversations comme un joyeux refrain.
Il a également su être le parfait gentleman capable de servir le petit déjeuner au lit, avec classe et distinction, à certaine personne vraiment très privilégiée.
DANIEL: Professeur de français, d’histoire et de géographie
Il est important de savoir qu’avant de partir, il a malheureusement eu à souffrir d’une tendinite au coude, aussi, pour faciliter le transport de ses affaires il aura choisi l’option d’une valise à roulette pour voyager, ce qui explique pourquoi chaque matin en plus de son sac, il devait transporter sa valise, ce qui aussi, nous devons l’avouer, nous a souvent fait beaucoup rire.
Mais tous les matins il était inquiet de savoir si nous avions bien dormi.
Il est le plus grand et le costaud d’entre nous avec Jean-Marc, il a tellement d’énergie que son coup de pagaie réagit comme un turbo sur le canoë (dixit son binôme)
La géologie et les cailloux n’ont pas de secret pour lui, chaque arrêt fut l’occasion d’aller à la recherche des plus beaux, et grâce à lui, nous en avons tous ramener quelques uns en France.
Comme tous les gens du nord c’est un vrai amateur de bière et elle lui a beaucoup, beaucoup manquée.
JEAN MARC: notre accompagnateur
C’est un passionné parmi les plus passionné du monde arctique. Il a une affection toute particulière pour le Canada et donc le YUKON et les TERRITOIRES DU NORD OUEST.
Il connaît cette région «comme sa poche» et aime à nous faire partager sa passion.
Sa connaissance plus que pointue de son histoire, de sa faune, de sa flore, et son expérience de la lecture de la rivière en font le guide idéal pour ce style de voyage.
Il saura sans hésiter vous donner le nom et les caractéristiques de chacune des petites fleurs, de chaque trace au sol ou de chaque excrément que vous pourrez croiser sur votre chemin.
Et sa capacité à comprendre la rivière fait qu’on peut le suivre en toute confiance les yeux fermés, l’accompagner et partager son canoë est un vrai régal. |
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