présentation des régions
  ph

Galerie photos

 

Récit d'aventure : Baie de Disko en kayak  de mer - 180 km en 7 jours
-------------------------------------------------------------

 

Mercredi 10 juillet

disko brume

Réveil vers 7h dans la brume. Pour un départ en kayak, cela s’annonce pas tout à fait dans les meilleures conditions. La brume se lève petit à petit. Après avoir fait nos sacs, chargé le kayak, l’heure du départ approche. 11h, derniers aux revoirs et départ en kayak pour la grande aventure. Nous avons fait à peine 200 mètres que les galères commencent. En effet le safran n’est pas correctement réglé et nous nous retrouvons à faire des arcs de cercles. Nous nous arrêtons le long de la côte et je sors du kayak. L’endroit n’est pas très bien choisi puisque je me retrouve avec de l’eau au niveau de la poitrine. Après quelques réglages, nous repartons.

disko iceberg

Les bras et les épaules souffrent de cet exercice nouveau pour les marcheurs que nous sommes. Tout au long de la journée, le spectacle est là pour nous distraire. Nous voyons quelques phoques et des centaines d’icebergs de tailles différentes depuis celui pour le whisky jusqu’aux immeubles les plus gigantesques.

Il fait beau, la brume s’est dispersée, le soleil est de la partie. Les icebergs craquent et réalisent parfois de véritables explosions ou des pétarades. Quelques uns se renversent consécutivement à l’écroulement d’un pan de glace. Leurs coloris vont du blanc carton pâte jusqu’au bleu acier en passant au bleu turquoise.

Nous terminons dans la baie d’Anoritôq avec des icebergs à profusion. Nous nous arrêtons à coté d’une cabane fermée. C’est notre plus belle journée dans l’isolement le plus complet en symbiose avec la nature.

Le réchaud refuse de fonctionner. Je joue les Mike Gyver en le démontant complètement. Après un bon nettoyage, ce dernier accepte de bien vouloir redémarrer.

 

Jeudi 11 juillet

Nous embarquons sur une mer miroir vers 8h30. Au fur et à mesure que la journée passe, le courant devient contraire à notre progression. Le vent se lève également et provoque une houle qu’il nous faut casser. Nous nous arrêtons fourbus vers 17h30 en ayant parcouru 40 km. Nous avons terriblement peiné sur ces dix derniers kilomètres et profitons du premier endroit "plat" pour raccrocher les pagaies. Au cours de la journée, nous avons rencontré un kayakiste allemand d’une cinquantaine d’années. Son embarcation est très fine et donc très maniable. Nous nous arrêtons de pagayer et en profitons pour discuter un peu avec lui. Il est parti seul, depuis trois semaines. Aujourd’hui, il retournait sur Rodebay pour se ravitailler. Il nous conseille d’aller à Aataa - petite ville abandonnée sur l’île d’en face à environ quinze kilomètres.
Je suis épuisé. J’ai les abdos en état de décomposition et vais faire une petite sieste sous la tente car les moustiques sont trop nombreux. J’ai à peine le temps de me remémorer les magnifiques icebergs que nous avons croisé, les phoques que nous avons rencontré et le paysage dans lesquels nous sommes passé que je suis tombé dans les bras de Morphée. Après cette sieste réparatrice, j’assiste en tant que spectateur, au marathon des icebergs qui avancent inlassablement dans la même direction. Cela nous confirme par la même occasion que nous avons progressé toute la journée à contre courant.

Il fait "très chaud" et les moustiques prolifèrent.

 

Vendredi 12 juillet

baie de quervain

Il fait un temps superbe. Nous démarrons vers 8h, longeons la côte et arrivons dans la baie de Quervains. Il y a deux énormes glaciers qui s’y jettent. Cet endroit est un endroit mythique surtout pour les français car c’est ici que Paul Emile Victor a installé le camp de base des Expéditions Polaires Françaises. Nous pagayons jusqu’au fond de la baie en devant continuellement slalomer entre les icebergs, passons au pied d’une cabane et nous arrêtons peu avant 13h. Nous montons la tente en face du glacier. Patrick a de très forts maux de tête. Cela vient du fait que cela fait trois jours que nous pagayons et qu’il ne met pas de lunettes de soleil ni de chapeau pour protéger le dessus de sa tête. 

Dans un souci de réduire le matériel emporté, il n’a pas pris la trousse à pharmacie. Le voilà donc contraint à se coucher et tenter de dormir. Pendant ce temps là, je me promène. Je vais jusqu’à la cabane de P.E.Victor. Des boites de conserve rouillées traînent en grand nombre dans des failles. La cabane est en très bon état. Plusieurs câbles empaquettent la cabane. J’ose à peine imaginer la rudesse de l’hiver. Il n’y a pas de fenêtre du coté sud! 
Elles donnent toutes sur le nord, du coté de la baie. La cabane est composée de trois pièces. Dans l’une d’elle, il y a un livre d’or. Dans celui-ci j’y apprends que des enfants français et groënlandais sont venus au début des années 80 remettre la cabane en état. Depuis, régulièrement, des personnes y bricolent pour la maintenir en état.
En journée, le silence dans la baie n’existe pas. En effet, la progression du glacier couplée à la chaleur font, qu’en permanence, des quartiers énormes de glace s’écroulent dans la mer et entraînent une onde de choc qui se répercute dans la baie jusqu’à notre rive.

Le soir, j’emmène Patrick, en meilleure forme à la cabane. Après le dîner, le ciel étant toujours aussi bleu et la température pas trop faible, je décide de dormir dehors en haut sur la colline qui surplombe la baie. A 20h, il fait encore 13°C. Peu avant minuit, le soleil disparaît juste derrière la montagne et fait sa réapparition peu après. La température diminue légèrement. Ce n’est que vers 3h que je revois le soleil car je me suis endormi entre temps.

Samedi 13 juillet

Réveil de bonne heure. Je redescend à la tente rejoindre Patrick. Je suis affamé et dévore mes céréales.

Nous partons vers 9h avec de petits sacs à dos et marchons sur la moraine du glacier "Eqip". Peu après, nous pouvons admirer la baie dans sa totalité avec les torrents qui plongent dans la mer. Peu de temps après, nous arrivons sur l’inlandsis. C’est très impressionnant d’avoir devant soi un glacier à perte de vue sur 180°. A cet endroit, il fait beaucoup plus frais et les moustiques sont alors inexistants. Nous rentrons à la tente en début d’après-midi. Nous retournons ensuite à nos lectures. Avant de lire la moindre ligne, je m’équipe en tenue de combat "lecture" : j’enfile chacune de mes jambes dans un sac pour éviter les piqûres de moustiques au niveau des chevilles.

En fin d’après-midi un petit bateau arrive dans la baie. De ce bateau, il en sort 7 touristes danois. Ces derniers font une tentative pour aller jusqu’à la cabane de P.E.Victor. Seuls trois d’entre eux iront jusqu’au bout de cette "aventure" (30 minutes de marche). Les autres y ont renoncé pour cause de moustiques. Ces touristes nous demandent comment nous faisons pour vivre avec tout ces moustiques.

Les deux livres que j’ai lu concernant les expéditions de P.E.Victor faisaient état de traces de chenilles encore apparentes sur les rochers. Hier et aujourd’hui, j’ai cherché en vain ces traces à mon grand désespoir. Demain nous repartirons pour Ilulissat. Dans le livre d’or, nombreux sont les gens qui y font allusion. Ils disent avoir fait le chemin au cours de randonnées d’une dizaine d’heures. Je sais, par ailleurs, que le chemin fait 8 kilomètres. Le fait de penser que je suis venu jusqu’ici pour ne pas les trouver me gêne. Il est 23h, je décide donc de partir à nouveau à la recherche de ces traces en prenant avec moi une gourde et une polaire. A 23h30 je suis à nouveau à la cabane. J’en profite pour laisser quelques mots sur le livre d’or. En remontant au-dessus de la cabane je devine des traces et décide de les suivre. Il s’agit bien de ces fameuses trâces. Je décide de les remonter à pas de course pendant deux heures et faire demi-tour ensuite car je n’ai pas dix heures. Le soleil est à l’horizontale et génère des couleurs formidables dans les tons oranges. Il y a cependant un vent important, ce qui me contraint à enfiler la polaire. A 2h30, j’arrive enfin en bout de piste. Et là, quelle déception ! Tout le matériel à été laissé par terre, il y a un énorme tas de boîtes de conserves rouillées, des poulies, des câbles, des chenilles. Vu l’heure avancée, je me mets sur la route du retour. Peu de temps après, j’ai la visite d’une petite renarde qui s’approche de moi à moins de cinq mètres. A mon grand désespoir, je suis dans le creux d’une vallée, il n’y a pas de soleil et la prendre en photo est une mission difficile car elle bouge en permanence. Elle me suit pendant dix bonnes minutes. Je réintègre la tente vers 4h.

Dimanche 14 juillet

C’est le retour vers Ilulissat avec aujourd’hui une petite journée en perspective : 28 km. L’objectif est de s’arrêter sur l’île d’en face à Ataa dans une maison appartenant au syndicat d’initiative d’Ilulissat.

Le soleil est au milieu d’un ciel bleu, avec à l’horizon quelques nuages qui se battent en duel au-dessus des montagnes. La mer est d’huile, nous avançons facilement puis sortons de la baie. Nous avons ensuite une très légère houle qui nous pousse. Nous arrivons de bonne heure à Ataa, un village abandonné depuis plus de 50 ans. Il ne reste plus qu’une maison. Elle est en très bon état permettant quatre couchages au rez-de-chaussée et six au premier étage. Il y a un poil à essence, un lavabo. Le grand luxe !

Le grand avantage : la tranquillité vis à vis des moustiques, une table et des bancs pour dîner.

Nous profitons de la longue après midi qu’il nous reste pour faire une toilette et une lessive dans un torrent glacé. Pendant que je remplis la vache à eau, je perds le bouchon. Pendant plus d’une demi-heure, nous arpentons le torrent à la recherche de ce dernier. Sans succès.

Le soleil est passé derrière la montagne et l’ombre glacée s’étend sur nous.

 

Lundi 15 juillet

iceberg

Nous nous levons de bonne heure car la journée sera longue. Nous avons prévu d’effectuer 50 km aujourd’hui. Nous progressons dans le chenal entre les icebergs. Nous sommes entourés de montagnes bosselées et nappées de neige. Nous profitons de l’effet cumulé de la houle et du vent pour progresser rapidement. Nous nous arrêtons sur les lieux de notre premier camp. La baie où nous nous trouvons est encombrée d’icebergs. Le temps est superbe.

Nous avons deux briquets qui ont pris l’eau. De plus, leur pierre est morte. Le troisième ne fait que des étincelles. Après avoir réussi à allumer le réchaud, ce dernier s’éteint et refuse de repartir. Nouveau nettoyage. Le dernier briquet ne marche plus. Nous décidons donc de manger ce qui est mangeable froid.

 

Mardi 16 juillet

disko glacier

Nous essayons à nouveau de démarrer le réchaud. Le miracle se produit, le briquet a bien voulu fonctionner. Dernier petit déjeuner chaud. Un délice.
Dernier jour de kayak, nous avançons bon train dans la houle un peu plus prononcée que la veille. Cette dernière nous prend de travers et  coupe notre élan à chaque vague. Je dois en permanence rectifier le cap. Et voilà une surprise émouvante, impressionnante : une baleine vient souffler à trois reprises à une trentaine de mètres de notre embarcation. On voit son dos et sa nageoire dorsale ainsi que le souffle d’air et d’eau qu’elle dégage. On est un peu inquiet, puis elle disparaît.

<

A peine arrivé à Ilulissat, nous nous empressons d’acheter des glaces. Cela fait trois jours que j’ai très faim. J’ai grillé toutes les graisses et suis sec. Nous devenons des spécialistes concernant les glaces Magnum et XL voire XXL.

Nous retrouvons Laëtitia et Guillaume. Je dois intervenir sur leur réchaud. Ils ont réussi à tout boucher le lendemain de notre départ alors qu’il fonctionnait très bien (je leur avais passé le modèle neuf qui n’avait fonctionné que dix jours).

Nous nous installons à côté du glacier.

Mercredi 17 juillet

Patrick et moi effectuons une petite ballade le long du glacier. Nous nous contentons d’une petite balade car le ciel est gris menaçant.

Nous nous rendons sur le site de Sermermiut où nous voyons le reste des festins juste au-dessus de la plage. Nous voyons également la falaise aux suicides. La fameuse falaise aux suicides ! Dans le temps quand une personne devenait une charge pour le village, il était de bon ton d’aller se suicider. Aussi, lorsque le chef de famille décédait, le reste de la famille devait aller se suicider de gré ou de force. Il était rare que cela soit de force car les Inuit avaient un très fort honneur.

Nous effectuons à nouveau une ballade le long du glacier en le longeant sur une quinzaine de kilomètres.

Le soir, le glacier a décidé de se donner en spectacle. C’est la débâcle. Il y a des craquements de partout. Des icebergs petits, moyens et immenses se détachent.

Le spectacle au réveil est merveilleux. Il y a des icebergs partout. La baie de Disko est littéralement envahie d’icebergs sur des kilomètres. Un bateau de pêcheur lutte pour se frayer un chemin au beau milieu de ces derniers. Le port d’Ilulissat a doublé de population. En effet, un grand nombre d’icebergs sont venus se garer au bord des ponts.

Derniers adieux à Silver - notre loueur de kayak...