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Récit d'aventure : Trekking autour de Sachs Harbour

Île de Banks - Territoire de Nord Ouest - Canada

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Récit de l'aventure par Catherine Coppin, une des participante

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Quelques dates 2003 :

20 juin : arrivée à Sachs Harbour sur l'île de Banks
21 juin : début du trek
05 juillet : fin du trek

Un twin otter permet de rejoindre l’île de Banks en vol régulier deux fois par semaine. Nous avons donc quitté Inuvik pour Sachs Harbour le jeudi à 13 heures, par une température de 5°C. Le temps est ensoleillé. Nous ne sommes que tous les quatre dans cet avion que nous venons de charger de nos sacs à dos, à raison de deux par personne. Nous sommes très excités et avons préparé nos appareils photo… C’est fabuleux, le ciel dégagé permet d’apprécier le paysage du Nord Canada, paysage vierge de toute vie humaine, parsemé de nombreux lacs gelés. Puis, apparaît la banquise. Ces immenses morceaux de glace qui se fragmentent font entre un et trois mètres d’épaisseur. C’est la banquise, assez chaotique, laissant apparaître ses eaux libres, qui s’offre à nous. Soudain, la côte apparaît…c’est l’île de Banks, sauvage, légèrement vallonnée, aux couleurs de terre fauve et de neige. Nous sommes assez secoués à l’atterrissage sur un sol de terre battue. A la descente de l’avion, nous sommes saisis par un froid sec, nous nous hâtons de récupérer nos sacs et le pilote remet au personnel de l’aéroport quelques caisses de victuailles pour les habitants du village (œufs, pain longue conservation…). Nous sommes autorisés à monter dans la salle de contrôle tenue par un jeune Inuvialuk pour remplir nos gourdes d’eau et en profitons pour lui demander des renseignements sur les endroits où nous pourrons observer une faune intéressante… Il est très heureux de nous montrer dans sa lunette un troupeau de bœufs musqués qui se trouve environ à cinq kilomètres, le long d’une rivière. La neige est encore omniprésente, la saison ayant une quinzaine de jours de retard.

Le village est situé environ à deux cents mètres en contrebas, et chargés de nos sacs, nous nous y rendons. Dès les premiers pas, nous nous rendons compte de la nature très spongieuse du terrain et nous enfonçons dans les premiers névés. Les Inuvialiut nous réservent un accueil étonné mais très chaleureux. Nous sommes les premiers européens à vouloir fouler leur terre et ils ne sont pas vraiment au courant des formalités administratives. Nous avons installé notre premier camp près du village car nous avons dû attendre le lendemain pour pouvoir signer l’autorisation d’effectuer notre raid de deux semaines.

De Sachs Harbour, nous avons décidé de longer jusqu’aux premières falaises la côte Ouest qui jouxte la mer de Beaufort, avant d’entrer dans les terres, longer la rivière, la traverser, longer les collines et faire ainsi une boucle d’une quinzaine de jours de marche à la découverte de la faune et de la flore d’une partie représentative de cette île de l’archipel du haut arctique canadien.

La température annuelle moyenne est d’environ –14°C avec une moyenne en juillet de +6°C et en août de +1°C et une moyenne hivernale de –30°C. La plaine côtière est formée de sable, de graviers et de galets. Elle se caractérise par un relief vallonné très peu élevé. Les précipitations annuelles varient autour de 150 millimètres. Les terres sont très humides, les rivières très larges et composées de nombreux bras dans lesquelles se jettent beaucoup d’affluents.

Ce matin, le ciel est bleu ; il n'y a pas de vent et la température est d'environ -5°C. Les papiers sont en règle, nous pouvons partir…Nous quittons alors le village sous le regard curieux des Inuvialiut qui ne comprennent pas ce que nous venons faire ici…(nous leur avons expliqué que nous venons faire un trek de quinze jours pour découvrir l’île, sa faune et sa flore). Nous sommes partis assez tard et avons avancé seulement de 5km, dès que nous avons trouvé un point d'eau ; une bien sympathique petite rivière. Nous plantons la tente et après un bon repas, profitons de ces longues journées où jamais le soleil ne descend derrière l'horizon pour faire une longue promenade digestive. Nous avons déjà pu voir des saxifrages, des pédiculaires laineuses pas encore en fleur. La nature commence seulement à se réveiller… Sur le sol de couleur fauve, nous distinguons un crâne de renard intact. De loin, nous avons aperçu le sol fragmenté de grands polygones de toundra. Ces grands polygones sont formés par les infiltrations d’eau dans la mince couche de terre qui dégèle. Cette eau gèle, soulève des mottes de terre couvertes de toundra qui se fissurent au dégel. Le sol reste gelé en profondeur, ce qui permet d'apercevoir la glace, sous l'eau, dans les fissures des polygones. Le sol qui dégèle en surface, appelé pergélisol, est mou sous les pas.

Le lendemain, nous quittons le campement de bonne heure afin d'avancer jusqu'aux falaises. Le temps au réveil est ensoleillé et froid pour devenir de plus en plus couvert et laisser place le soir à des chutes de neige. Nous sommes très chargés et avançons difficilement sur les polygones de toundra. Les pieds s'enfoncent dans la boue chaque fois que le polygone est démuni de mousse. Nous avons pu observer un couple de gerfauts voler au-dessus de nos têtes en haut de la falaise pour surveiller le nid où nous avons pu compter quatre œufs. Puis, une première difficulté s'offre à nous. Il nous faut enfiler les wader pour passer la rivière à l'endroit où elle se jète dans la mer. Nous en profitons pour faire photos et films. Le camp est installé près des falaises, ce qui nous permet une longue balade sur la plage…. Du haut de ces falaises, on peut apercevoir des colonies de phoques, souvent par cinq, se reposer sur la banquise. Les falaises sont très friables et laissent ainsi peu de chance à la bonne accroche des nids. Nous sommes là, sur le sable, tout près de la banquise. C'est fantastique ! Le sable fin et humide laisse apparaître de nombreuses traces de renards et de loups. Sur la falaise, des couches de bois fossilisés sont facilement visibles. Il s’agit de bois issu d’une forêt sub-tropicale qui remonte à plusieurs millions d’année. Tandis que nous rejoignons notre camp, nous pouvons suivre un passage d'eiders, puis de bernaches du Canada au-dessus de la banquise.

Le jour suivant, nous traversons un vaste plateau de toundra et longeons la falaise. C'est très marécageux près des lacs que nos contournons. Soudain au loin, nous entendons un bruit de moteur. En peu de temps, deux inuvialiut, en quad s'approchent de nous pour nous saluer et nous demander si tout allait bien. Ils sont armés de fusils et se dirigent vers la banquise pour chasser le phoque. La présence d'eiders à tête grise et à duvet nous invite à poser nos sacs à dos pour une longue pose photos. En effet, nous avons également remarqué un vol de gerfaut au-dessus de la falaise et nous y dirigeons ensuite. Sur la toundra il y a présence de nombreuses traces de bœufs musqués et de leurs ossements. Nous plantons la tente ce soir là sur la plage de sable gris à une dizaine de mètres de la banquise où la lumière du soleil à travers les nuages offre un paysage exceptionnel. Une langue de terre d'une quarantaine de mètres s'avance dans la banquise sur plus de cinq kilomètres. Malgré le froid de cette fin de journée, nous partons au milieu de ce désert de glace, coupés par le froid mais combien émerveillés par la beauté de la banquise déchiquetée. A plusieurs reprises nous avons pensé que l'endroit, très riche en phoques, était propice à la présence de l'ours…. Au retour nous nous hâtons de rejoindre la tente pour se faire chauffer une bonne soupe et préparer un bon plat lyophilisé. Aujourd'hui, le plafond était très bas avec de très légères apparitions du soleil dans la brume. Nous avons goûté au grésil et sous la tente, la température était bien négative.

Le réveil suivant s'est fait sous le grésil et le vent. La glace colle à la toile de tente et glisse en plaques. Nous en profitons pour rester sous la tente et c'est seulement vers midi qu'apparaissent les éclaircies. En début d'après midi, nous nous décidons à partir, après quelques dernières photos de la banquise sous une lumière et des couleurs particulières. Maintenant, nous quittons la banquise pour l'intérieur de l'île. Nous entrons dans un véritable désert, une immense étendue morne, sans vie, aux chaudes couleurs fauve. La progression y est difficile et lente, tant les polygones sont imbibés d'eau. Ce désert est semé de nombreux lacs encore gelés en partie avec au loin les falaises partiellement couvertes de neige. Nous avons pu y observer les oies des neiges en vol (très craintives et difficile d'approche), des eiders à duvet, un labbe à longue queue, des cygnes de toundra et deux grues. Nous décidons d'installer le camp au cœur de ce superbe environnement mais sur un terrain plutôt gras, les chaussures couvertes de boue, mais tellement heureux ! Le vent souffle fort et fait chuter la température à environ -10°C dû au refroidissement éolien. Ce soir là, nous ne sommes pas ressortis après le repas pour trouver bien vite la douceur du couchage.

La nuit n'a pas été très réparatrice car nous avons eu froid et le "matelas" était très bosselé et peu confortable… Par contre, la progression ce matin est nettement plus rapide. Le terrain est nettement plus herbeux avec de l'eau stagnante. Cette journée est faste en observation. Les nombreux lacs hébergent une multitude d'oiseaux : hareldes boréales, grues, cygnes de toundra, eiders, oies des neiges, labbes. Nous avons pu photographier un pluvier argenté, son nid abritant trois œufs à même la toundra et un lagopède. Nous avons également vu notre premier renard polaire dont le pelage hivernal était encore bien présent mais il s'est sauvé bien trop rapidement pour être photographié.

Nous sommes surpris de rencontrer quelques chenilles noires très poilues et quelques cocons très opaques ; un autre où par transparence on aperçoit à l'intérieur la chenille en transformation. Nous sommes émerveillés de constater la force de la nature face aux conditions de vie, à la dureté du climat. Le soir venu, après le repas, nous avons effectué comme chaque jour notre balade digestive et avons vécu un grand moment d'émotion… Les bœufs musqués, nos premiers bœufs musqués aperçus à la jumelle ; trop loin, mais nous en avons compté facilement une trentaine.

C'est sous un beau ciel bleu et sans un souffle de vent que nous faisons quelques clichés de carcasses de bœufs musqués, près de nos tentes. Au moment de partir, nous avons la surprise de voir un lemming variable sortir de son trou, juste à l'endroit où nous avions planté notre tente. Nous avons dû l'empêcher de vivre, lui qui à une vie si courte. En effet, le lemming à une durée de vie de 12 mois seulement. Peu farouche, plutôt intrépide, nous avons eu loisir à faire de nombreuses photos, tous les quatre à plat ventre autour de lui, même avec un objectif macro…La progression est toujours difficile ; beaucoup de marécages, de polygones de toundra gorgés d'eau, traversées de névés et d'une rivière. Nous avons eu le loisir de voir courir un renard vêtu de son pelage blanc hivernal. Sur cette île, le renard est chassé par l'homme et est de ce fait peureux. Nous avons pu également observer au cours de cette journée particulièrement belle, sans nuage : des bernaches cravant, des eiders, des chouettes harfang, le bruant lapon, un chevalier et son nid. Une fois repérés, les bœufs musqués près de la rivière, nous avons planté le camp face à un magnifique paysage : rivières, lacs, névés et en arrière plan le lent déplacement des bœufs musqués.

Notre excitation est au maximum ce matin. Nous avons pour objectif la traversée de la rivière. Elle s'étend sur une dizaine de bras coupés de marécages d'après la carte, (cartographiée dans les années 50 par les Canadiens). Nous revêtons nos waders et chaussons les sandales. Après avoir traversé les trois premiers bras, dont un assez profond, nous avons cherché un passage pour franchir le quatrième. Jean-Marc a fait une tentative sans sac, mais le courant est fort et il a rapidement de l'eau à la taille. Nous avons rebroussé chemin, décidé à remonter le long de la rivière jusqu'à trouver un passage plus facile. Après maintes tentatives couronnées d'échecs, nous nous décidons à poser le camp afin de chercher un passage sans portage pour le lendemain. Nous en avons profité pour photographier le saxifrage œil de bouc, et la drave. Nous avons suivi le vol d'oies, de grues et de cygnes. L'Eider, le lagopède et l'Harelde boréale se sont laissés approcher, contrairement à la chouette harfang que nous ne réussissons pas à prendre en photo. Les bœufs musqués se rapprochent et nous avons fait une première photo, encore trop loin malgré tout. Après un camp sur une petite île entre les bras de rivière et un souper copieux, nous partons à la recherche d'un passage.

Ce matin nous décidons de partir pour un passage plus en amont, où la vallée plus large doit nous offrir un débit de rivière moins important. Nous remontons sur près de trois kilomètres, dans des terres marécageuses longeant les bras de rivière. Nous laissons sur le chemin les bois de caribous et cornes de bœufs musqués ramassés les jours précédents afin de les reprendre au retour. Nous tentons une nouvelle fois une traversée. Nous sommes déçus, nous ne traverserons pas et décidons de remonter encore la rivière. Les échecs se succèdent et avec eux s'envole définitivement l'espoir d'approcher les bœufs musqués et peut-être aussi les loups. Le moral est en baisse, mais d'un commun accord nous reconnaissons combien il serait imprudent de risquer un passage avec tout le matériel. Avant de partir, nous avons pris au 600mm, avec doubleur le bœuf musqué qui se trouvait de l'autre côté de la rivière. Nous poursuivrons donc notre boucle, et qui sait peut-être aurons-nous la chance de rencontrer un autre troupeau, plus facile d'approche…Résignés, nous reprenons notre marche vers le haut de la colline, en direction du lac indiqué sur la carte, pour planter les tentes. Le camp, nous le montons en hauteur d'un grand lac encore largement gelé, près d'un cours d'eau et face à une surprenante dune de sable jaune. Le point de vue est une nouvelle fois sublime. Le temps est toujours ensoleillé et l'observation aussi riche, dont un passage d'une trentaine d'oies des neiges.

La décision du jour est chasse photo, dans l'autre vallée, vers les lacs côtiers. Après quelques tentatives d'approches de grues, et d'Eider avec succès sur le lac, nous partons. C'est une étape difficile ; nous avons marché 5 heures pour seulement une douzaine de kilomètres. Nous longeons une rivière à fort débit, entourée d’un immense névé que nous avons dû traverser à gué, revêtu de nos waders, à l’exception de Jean Marc qui a décidé de traverser à pieds nus, y compris le névé…. Il ne s’est pas plaint mais semblait souffrir, quoi qu’il en dise, du froid ! Cet endroit est très beau et nous avons pris quelques photos de paysages. Nous avons traversé une toundra sur le plateau. Le terrain est très marécageux et les polygones de toundra sont plus ou moins boueux ; mais quelle récompense quand nous arrivons en haut de la colline…nous découvrons un grand lac encore a moitié gelé et en face, une immense dune de sable jaune. C’est surprenant, très étonnant mais tellement beau que nous restons assis un moment avant de décider de l’endroit où nous allons poser le camp, ici ou plus près du lac. Nous décidons de descendre et se rapprocher du lac. Nous campons en léger surplomb du lac, un immense désert, face à la dune et non loin d’une rivière où coule, au milieu de la glace, une eau très limpide. Au loin, nous pouvons revoir la banquise, qui semble-t-il a bien fondu depuis notre arrivée. Nous observons deux cygnes de toundra, deux bécasseaux, des eiders et un passage d’oies. Nous entendons couler la rivière ; il fait très beau et nous tardons à nous coucher…

Le camp est à demeure pour trois nuits ; il faut reposer les organismes et il y a possibilité de faire des boucles autour. Ce matin, nous décidons de partir pour la journée sur les hauteurs du plateau qui nous surplombent. Il fait chaud. En haut de la colline, deux lacs presque totalement gelés. L’un des lacs étant plus élevé que l’autre, la traversée entre les deux lacs est très humide du fait de la fonte de glace du lac supérieur vers le lac en aval. Nous faisons notre pose déjeuner au bord d’un lac sur lequel se trouvent trois hareldes qui glissent sur le peu d’eau libre du lac gelé. Nous restons un long moment à les observer et les photographier. Il semble qu’il s’agisse de deux mâles qui se disputent une femelle ; la scène est amusante. Du haut de la colline, nous apercevons à nouveau des « points noirs » - des bœufs musqués – qui semblent, à la jumelle, se trouver avant la partie large et profonde de la rivière. Après concertation, il reste une chance de les approcher et Laurent réussi à décider Jean-Marc de partir très tôt le lendemain matin pour tenter l’approche. A lecture de la carte, il faut faire environ 30 km aller-retour dans des conditions de terrain difficiles, polygones, marécages, rivières… sans la certitude que le niveau des rivières soit franchissable. Nous redescendons donc vers le lac près du camp et après un copieux repas, nous faisons notre promenade digestive en direction de la dune, le long de la rivière. Ici, les saules rampants sont plus hauts du fait d’un ensoleillement plus important et qu’ils soient à l’abri du vent. Le soir, le soleil, descend légèrement, les couleurs sont moins saturées et c’est le moment favori pour faire des photos de paysage ; les couleurs des collines sont plus fauves.

Avant de rejoindre la tente, nous avons eu loisir d’approcher un couple d’eiders à duvet.

Il fait encore très beau, même chaud pour la latitude où nous nous trouvons. Il est sept heures quand nous sommes prêts à partir. C’est la grande excitation…peut-être les bœufs musqués au rendez-vous ! ! Il faut compter quatre heures pour y arriver. Le soleil présent depuis plusieurs jours rend le terrain moins boueux et la progression est moins difficile que prévu. Après avoir traversé une grande zone de polygones, nous arrivons sur une zone herbeuse. Vérification aux jumelles : les bœufs musqués n’ont pas bougé…ils sont toujours au même endroit. Les premiers bœufs rencontrés sont installés sur la neige. Ils ont besoin de froid avec ce soleil ardent qui chauffe leur fourrure. Enfin, à quelques centaines de mètres, la rencontre. Deux bœufs sont couchés en train de ruminer ; deux mâles imposants… L’émotion est à son comble lorsque ces deux masses se lèvent ensemble. Le cœur palpite… Nous approchons avec méfiance. Les premières photos sont dans la « boîte » à une centaine de mètres de distance. Un des bœufs semple plus irrité ; il commence à frotter ses pattes sur ses glandes prêts des yeux, ce qui nous oblige incontestablement à reculer à une distance plus raisonnable. Nous décidons de repartir vers la rivière. Nous nous tenons à une distance correcte d’environ deux cent cinquante mètres du troupeau pour prendre notre repas et les observer. L’approche commence. J’enfile mon wader pour franchir le premier bras de la rivière. Les animaux pour l’instant ne s’en inquiètent pas. Nous enchaînons photos sur photos. Nous décidons de passer le bras suivant mais là, les males semblent inquiets. Je continue à « mitrailler ». Je comprends alors que la présence d’un petit dans le groupe les rend plus excités. Les mâles commencent à se regrouper en demi-cercle, têtes tournées vers nous. La femelle et son petit se dirigent à l’arrière. La scène est forte, extraordinaire. L’émotion est très forte. Nous nous hâtons de terminer nos pellicules et prudemment, rebroussons chemin. Notre joie est intense, même si avec le recul nous pensons avoir « jouer avec le feu ». La barrière à nouveau constituée par la rivière nous a incités à être plus téméraire. Une fois revenus à notre point d’observation initial, les bœufs musqués ne se soucient plus de nous et retrouvent leur quiétude.

Il est l’heure de retrouver le camp. Trois heures et demi de marche nous attendent….  Nous ne cessons de partager nos sentiments et émotions tout au long du chemin. Cette journée a été la plus chaude, pas un nuage. Le soir, nous sommes retournés le long de la rivière. Nous avons vu de nombreuses traces de loups et de renards.

Ce matin nous sommes réveillés par un vent assez fort qui secoue la tente. Après une sortie rapide pour aller chercher l’eau nécessaire au petit déjeuner, nous enchaînons jusqu’au déjeuner avant de pouvoir mettre le nez dehors. Nous sommes alors partis sous un ciel sans nuage pour faire le tour des lacs côtiers. Le but était de faire principalement des photos de fleurs. Nous avons également vu un bœuf musqué fraîchement mort, en état de décomposition. Dans l’eau des lacs, il y a présence de nombreux petits poissons. Nous faisons également quelques photos de reflets de glace dans l’eau du lac. C’est le dernier soir avant le retour pour une nuit près de Sachs Harbour et nous retournons faire des dernières photos de Cassiope tétragone et récupérer les bois de caribou que nous avons repérés.

La nuit a été très mouvementée. A deux heures, nous avons été réveillé par une tempête avec des bourrasques que nous avons estimées à plus de soixante dix kilomètres heure. La tente est secouée dans tous les sens et l'espace vital réduit par l’affaissement de la toile. Le pire s’est produit à sept heures quand j’ai été obligée de sortir pour un besoin pressant…. Lorsque j’ai ouvert la fermeture éclair, le vent et un nuage de sable, (comme nous étions sur une dune), se sont engouffrés dans la tente et là, nous n’étions plus maître…. J’ai dû rester à l’extérieur en tirant à deux mains sur les arceaux… Jean-Marc et Robert sont venus au bout d’un certain temps à notre secours (le bruit du vent les empêchait d’attendre nos appels au secours ! !!). Nous n’étions pas de trop à quatre pour maîtriser la toile. Laurent, pour maintenir la tente et éviter que celle-ci s’envole une fois les arceaux retirés, est resté dans l’intérieur tout le temps du démontage… ce démontage mémorable a valu une légère déchirure et un arceau alu tordu, sans compter le plaisir de Jean-Marc à prendre quelques photos de cette situation périlleuse… Heureusement que ce n’est pas arrivé en début de trek. Tant bien que mal, la tente est pliée et rangée à la hâte dans le sac et c’est sous cette tempête de sable qui ne semble pas décidée à se calmer que nous partons. Le vent nous cingle. Une chance, nous l’avons dans le dos mais sa force fait déporter notre sac à dos et nous avons peine à marcher droit…. Le ciel est tout bleu. Nous n’avons pas déjeuné mais seulement avaler du lait en poudre délayer avec difficulté dans de l’eau froide et des céréales. Pourtant, quinze kilomètres environ nous séparent de Sachs Harbour et nous aimerions y être pour camper ce soir après ce village Inuvialiut, à l’endroit de notre premier camp de départ afin de voir l’évolution de la flore depuis notre arrivée et voir si la neige et la banquise ont fondu. Demain, c’est l’avion vers 14 heures pour le retour. A mi-chemin, la tempête est derrière nous et quand nous nous retournons, nous pouvons voir un paysage complètement obstrué par un nuage de sable. Arrivés à Sachs Harbour, nous faisons une petite pause barres de céréales. Des enfants sont venus nous voir et nous ont posé des questions : comment on s’appelle, d’où on vient…. , les visages rayonnants. Nous avons, comme prévu, poursuivi notre chemin sur quelques kilomètres afin de poser notre camp à l’endroit du jour « 1 ».

Ce matin, c’est un drôle de sentiment qui nous envahi. Nous sommes tellement tristes de devoir partir et quitter cette île si mystérieuse et si sauvage. Nous sommes en admiration devant les habitants qui vivent dans de telles conditions, où la pêche, la chasse ; même s’ils sont maintenant motorisés, restent leur principale activité. La faune très craintive et la flore, de petite taille et aux couleurs très éclatantes sont très fascinantes. Les paysages désertiques à perte de vue sont diversifiés. Nous avons pu bénéficier des avantages de cette période de l’année où le jour est permanent et permet de vivre au gré du temps sans avoir à se soucier du risque d’être pris par la nuit….Comme les hivers où les températures descendent à environ –40 et où la nuit est permanente doivent être difficiles à vivre !

L’heure est venue de mettre nos sacs dans l’avion et d’y prendre place. Nous survolons la banquise qui a diminué de volume depuis notre arrivée et regardons l’île de Banks s’éloigner puis disparaître de nos yeux…..

 

 

 

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