présentation des régions

Journal de bord : Traversée de la chaîne de Brooks

Alaska - USA
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Samedi 29 juillet

Arrivés à Fairbanks, nous devons rechercher une compagnie aérienne qui desserve Bettles et Anaktuvuk pass et puisons dans le " 1995 Visitors Guide ". Premier coup de téléphone : pas de vol le week-end. Deuxième et dernier coup de téléphone : l’avion est plein, mais si l'on veut, nous pouvons nous inscrire en overbooking. Cela commence bien. L’aéroport des compagnies avions taxi se trouve le long de l’aéroport international mais pour y accéder, il faut faire une boucle d’à peu près 5 kilomètres. La fatigue du voyage et la chaleur extérieure (plus de 25°C) nous orientent vers la solution taxi. Ce dernier nous dépose devant la compagnie " Mark’s Air ". Confirmation de ce qu’ils nous avaient dit au téléphone : " pas de vol régulier le week-end, il faut attendre lundi pour le prochain ", mais comme nous sommes 3, ils nous proposent la solution " avion taxi ". Un des pilotes regarde la carte, prend un fil pour effectuer ses mesures sur la carte et nous dit : 3 heures de vol (dans les heures de vol sont comptés les heures de retour car évidemment le retour se fait à vide). Le gérant nous dit " $600 " pour nous trois (Patrick est déjà pret à y mettre le prix). Nous sortons et décidons d’aller voir les agences voisines. Chez " Frontier Flying Service " (la compagnie qui nous avait proposé l’  " overbooking "), l'hôtesse nous dit qu’il y a aucun problème. Ouf ! Il est 9h30 et nous devons embarquer vers 12h30, il faut nous dépêcher car nous avons encore plein de matériel à acheter : 2 récipients pour le réchaud, les fusées de détresse, une bombe anti-ours, et surtout les cartes de la région. Au magasin de sport " Beaver sports ", nous y trouvons les récipients pour le réchaud et les fusées de détresse. Les vendeurs n’ont plus les cartes qui nous intéressent mais nous conseillent d’aller à l’université " United States Geological Survey ". Nous nous y rendons mais apprenons que le bâtiment est fermé le week-end. Patrick commence à angoisser à l'idée d'arriver à Bettles (petite village de 54 habitants) sans savoir si là-bas nous pourrons avoir des cartes.

Le vol vers Bettles se fait dans un petit avion bimoteurs de 8 places. Nous remontons très longtemps le pipeline et survolons la forêt Boréale. Les méandres des fleuves sont très importants. Nous atterrissons sur une piste en terre, en douceur. Nous voilà enfin parachutés sur notre lieu de trek. Nous voyons une grande maison en bois faisant office d'épicerie. Nous discutons avec la gérante et lui exprimons nos besoins. Nous y trouvons tout ce qu'il nous fallait. Cette boutique fait également poste et vend aussi des cartes topographiques de la région. Nous voilà totalement rassurés. Cependant, les cartes ne sont qu'au 1/250 000, les autres sont au 1/63 000 mais ne sont pas toutes à disposition. Nous prenons donc les premières et nous nous renseignons sur le mont Doonerak. C'est à ce moment là que le gérant débarque dans le magasin et se met au courant de notre projet. Tout de suite, il nous dit : " rallier Anaktuvuk pass en 18 jours, c'est impossible ". Ca commence bien pour le moral. Il nous propose de nous déposer en hydravion sur un des lacs et qu'à ce moment là il nous sera possible de rallier Anaktuvuk pass. Il nous dit que les 50 premiers kilomètres sont des marécages et que c'est une vraie galère que de se lancer dans cette zone, il nous montre aussi les endroits où les paysages sont magnifiques.

Après une bonne discussion entre nous, nous décidons de nous faire déposer sur le " Wild lake" en hydravion. Nous allons sur la Koyukuk river en voiture rejoindre l'hydravion. La première tentative de décollage est ratée, le pilote nous explique que nous sommes trop lourds. La deuxième est réussie car entre temps une très légère brise de vent s'etait levée et notre première tentative nous à fait consommer un peu de carburant nous rendant plus légers. Nous survolons les "soit disant" terribles marécages ainsi que la fin de la forêt Boréale qui s'arrète au pied de la chaîne de Brooks. Ce petit vol nous a permis de voir les méandres de la Wild river, les premiers reliefs de la chaîne qui ne nous quittera plus pendant trois semaines et les différentes sortes de pistes animales. Nous survolons le " Wild Lake " et faisons demi tours pour amérir dans le bon sens. Autour du lac, nous avons repéré six cabanes éparpillées sur les bords. Nous sommes donc déposés sur le " Wild Lake " à coté d’une petite barque. A peine l’hydravion parti, nous sommes attaqués par deux Arctic terns2. Nous nous chaussons, faisons le plein d’eau dans le lac sans oublier les pastilles micropures. Pendant tout ce temps, nous avons la visite d’un homme armé jusqu’aux dents (carabine et revolver). Ce dernier engage la conversation. Lui, il est chercheur d’or et la barque est remplie d'ustensiles pour sa recherche. Cela fait déjà 2 mois qu’ils (lui et ses amis) sont là et envisagent de rester jusqu’aux premières neiges permanentes (septembre ou octobre). Il s’approche de sa barque, en sort une boîte de conserve et la mange. cinq minutes passent et ses deux copains arrivent en poussant un canoë. En fait, ils sont venus sur le lac car ils ne savent plus exactement quel jour nous sommes et pensaient que l’hydravion était pour eux. En effet, ils doivent être ravitaillés le 30/7/95. En tout cas pour nous cela commence déjà mal, nous sommes venus ici pour ne rencontrer personne et en l’espace d’un quart d’heure nous avons déjà vu trois personnes.

Nous nous mettons en route et cherchons un endroit pour traverser la rivière. Patrick s’est déjà mouillé un pied lors de sa première tentative. Nous décidons de remonter la rivière de manière à traverser les pieds au sec. Nous progressons a travers les conifères. Un peu plus loin, Je trouve un endroit pour traverser. J’ôte mes chaussures, les envoie sur l’autre rive, traverse pieds nus avec son sac sur le dos et les bâtons de randonnée pour garder l’équilibre. Enfin, je lance ces derniers pour Dominique et à Patrick. Le séchage des pieds et la remise des chaussures se font sans problème car nous sommes sur une rive avec du sable. Il fait très chaud (environ 25°C) et nous avons une nuée de moustiques autour de nous. Nous mettons donc nos moustiquaires. Dessous, il fait extrêmement chaud et finalement nous décidons de les retirer et de se battre avec les moustiques. Nous remontons à flan de montagne la vallée. Le terrain est constitué de buttes. Nous avons l'impression de monter des escaliers en permanence3. La journée ayant été très longue, nous nous mettons a la recherche d'un endroit relativement " plat " pour poser la tente. Dominique en trouve un. Cet emplacement se situe en plein milieu d’une piste animale. Nous en trouvons un autre qui fera l’affaire. Où que nous allions, le terrain est très humide et est constitué de mottes. A peine arrivé, Dominique descend à la rivière faire le plein de la vache à eau. En remontant, il nous dit avoir vu plusieurs empreintes d’animaux. Après consultation de son guide, nous en déduisons qu’il doit s’agir, soit de caribou soit de moose. Nous sommes assaillis de moustiques et nous nous protégeons en mettant les moustiquaires et du spray sur les mains. Dominique a déjà de belles piqûres sur le front. Un peu plus tard nous décidons de nous lancer dans la confection de notre dîner. La soupe est impeccable. Les pâtes de Patrick ne sont pas cuites, il grimace mais les mange. Celles de Jean-Marc sont encore moins cuites, il en mange le tiers (il a l’impression de manger de la pâte à pain pas cuite), fait goutter aux autres et jette le reste. Le riz de Dominique n’est pas cuit non plus. Il est cependant tout à fait mangeable. Il va falloir qu'au cours des prochains repas, nous nous organisions pour améliorer les temps de cuisson.

Dimanche 30 juillet

La nuit s'est passée sans incident. Patrick se lève le premier, met en place le réchaud et prépare le thé. Nous avons l'impression qu'il n'a jamais fait nuit.

Nous avons commencé par remonter la vallée en marchant en dévers (cela ne plaît pas trop à Dominique ni à Patrick). Patrick passe devant et je lui annonce ma théorie concernant la marche en dévers : "quand on se trouve devant un obstacle et que l'on veut conserver la même altitude, il faut le contourner par l'amont. En effet, en dévers on a toujours tendance à légèrement descendre".

Dominique a du mal à suivre, son coeur monte tout de suite à 150-160 pulsations par minute tandis que celui de Patrick et le mien est aux alentours de 120. Cela vient du fait, nous dit Dominique, qu'il a fait beaucoup de sports, mais ces derniers étaient surtout techniques. Le temps est couvert mais il fait chaud. Nous transpirons beaucoup et par la même occasion, buvons énormément. La marche ne se fait pas dans de trop mauvaises conditions. Cependant, dés que nous devons traverser un petit torrent, cela se complique. La présence de lits de torrents implique forcément la présence d'eau, ce qui explique l'abondance de végétation dans ces endroits. Les arbustes (3 à 4 mètres de haut) y sont nombreux et leurs troncs et branches ne partent pas directement verticalement (sans doute le poids de la neige les fait se coucher). Tout ceci ne facilite pas leur traversée. Les pistes animales sont très rares pour ne pas dire inexistantes. Il est 11h et nous en profitons pour effectuer une pause barre de céréales. Avec Patrick nous décidons de tester les "pemmicans ". Essai pas du tout concluant, ces barres ne sont pas appétissantes et en plus de cela, collent aux dents, ce qui laisse un super goût très longtemps !! Cela promet, nous en avons chacun 24. En revanche, les autres barres " noix de coco ", "patte d'amandes ", "blé, céréales " et "praliné " sont très bonnes.

Nous changeons ensuite de cap. Notre objectif est maintenant de traverser la rivière et de remonter sur le versant opposé. Nous arrivons sur une partie plate, très marécageuse, constituée de buttes, d'une trentainte de centimètres de haut en mousse avec des touffes d'herbes. Ces buttes sont engorgées d'eau à la base et sont peu stables. Notre progression est lente. Arrivés en bordure de rivière, nous faisons le plein d'eau. Je cherche un moyen pour effectuer la traversée les pieds au sec et finit par déplacer un tronc d'arbre pour le mettre en travers. Une fois la traversée effectuée (au sec) nous traversons un autre marécage. Nous décidons de monter directement sur le versant de la montagne de manière à trouver un terrain un peu moins détrempé. Ayant pris un peu de hauteur nous voyons enfin le lac d'où nous venons. Nous décidons de poursuivre à flan de montagne en essayant de monter légèrement dans l'espoir de trouver un terrain plus facile pour progresser. Nous plantons la tente dans un endroit moins incliné d'où nous avons une vue sympathique. La pluie a cessé et le soleil pointe son nez. Nous dominons la vallée et la vue est magnifique. Au dessus de nous, il n'y a plus d'arbre et le terrain est nettement meilleur qu'en bas dans la vallée. Pendant que je monte la tente, Patrick part faire de l'eau (le dernier ruisseau croisé est relativement loin). Nous tendons une corde entre les deux conifères restants et y faisons sécher nos vêtements. Tout au long de la journée nous avons vu aucun signe d'animaux, excepté quelques crottes. Nous ne savons pas à qui les attribuer car dans le livre de Dominique, seuls les empreintes y figurent.

Je viens de comprendre pourquoi ses mesures à la boussole et sur la carte sont fausses. En effet l'écart qu'il y a entre le Nord géographique et le Nord magnétique est compris entre 26 et 28° alors qu'en France cet écart n'est que de 1 à 2°, ce qui est négligeable. En revanche, ici, cela change tout.

Patrick a une infection au niveau du genou gauche. L'origine de l'infection est antérieure au départ d'Orly mais les frottements avec le pantalon et l'humidité permanente due aux marécages font que ce qui était bénin avant le départ, s'infecte encore plus.

Aujourd'hui, au dîner, il est prévu un flan au chocolat. Le torrent étant trop loin, le refroidissement du flan se fait à l'air. Il ne sera certainement pas pris. La soupe aux neufs légumes est toujours très bonne. Les temps de cuisson sont chronométrés et allongés. Le résultat s'en ressent : 8 minutes pour le riz et les pattes : quasiment cuit. Nous essaierons demain d'allonger un peu plus la cuisson. Le flan est comme prévu, pas très pris. A l'unanimité, nous le trouvons excellent. Malheureusement nous en avons emporté seulement quatre pour tout le séjour (Patrick et Dominique regrettent d'avoir fait la fine bouche lors d'une réunion préparatoire et d'avoir décidé de ne pas en prendreplus).

Nous rentrons le linge avant d'aller nous coucher.

Lundi 31 juillet

Patrick compte les jours qui le séparent de l'arrivée. En effet, il n'en voit pas le bout.

Nous commençons par marcher en dévers et continuons par monter au col juste au dessus de nous à 4 000 pieds. Le terrain varie au fur et à mesure que nous montons. Plus nous prenons de l'altitude plus le terrain est sec et plus la taille des buttes diminue. Nous progressons avec un peu plus d'aisance mais du fait de la trajectoire, nous n'avançons pas plus vite, au contraire. Le temps varie très rapidement. Nous sommes plongés dans les nuages par alternance. Le temps se lève au moment où nous arrivons au col. Nous apprécions d'autant mieux le paysage et décidons de marcher sur la crête jusqu'au mont Tobin que nous contournerons. Dominique éprouve toujours des difficultés au niveau cardiaque. Aux alentours de 4 000 pieds, le terrain ressemble à un terrain alpin : plat (sans buttes) avec des petits rochers, des touffes de végétation et des fleurs telles que des anémones, (fleurs roses), des gentianes. Nous rencontrons notre premier animal, il s'agit d'un chien de prairie (sorte de marmotte). Ce dernier effectue de surprenants cris lors de notre approche et disparaît rapidement dans son terrier. Quelques minutes plus tard, le voilà qui fait une tentative de sortie et se met au guet. Notre présence à 15-20 mètres n'a pas l'air de l'effrayer. Un peu plus loin, nous trouvons par terre nos premiers bois de Caribous.

Nous finissons par monter sur le mont Tobin, la vue d'en haut est superbe. La vue est tellement dégagée que nous voyons à plus de 50 km. Il s'en suit une longue descente en dévers. Cette inclinaison nous use les pieds. Dominique est épuisé et a excessivement mal aux pieds. Il nous demande de nous arréter le plus tôt possiblemême si nous ne sommes pas à l’endroit que nous nous étions fixés initialement. Le terrain est en légère pente mais cela lui conviendra. Nous décidons de planter la tente au bout de 8h de marche. La première chose que nous faisons est d'oter ces terribles chaussures. Nous avons tous des débuts d'ampoules. Nous descendons nous tremper les pieds dans le torrent. Une multitudes d'averses éclatent dans la vallée et les montagnes alentours, sans pour autant nous atteindre. Ces averses sont très locales et nous offrent de belles vues avec occasionnellement des arcs en ciel.

Mardi 1 août

Je sort de la tente vers 4h du matin pour finir la nuit à l'extérieure de manière à se retrouver sur un terrain plus horizontal. Je suis suivi de Patrick. La température n'était pas trop basse (3°C) et nos duvets nous ont permis de finir la nuit tranquillement. D'après certaines théories, la place du milieu est la moins bonne. Nous permuterons donc tous les soirs4.

Nous commençons à marcher dans de pénibles pierriers en contournant une montagne. Lassés par la difficulté, nous décidons de monter jusqu'au sommet et de redescendre de l'autre coté. Au sommet, la vue est magnifique, nous voyons tout au loin une montagne en forme de pyramide. Après consultation de la carte, il s'agit du mont Doonerak. Ce dernier se trouve à 45 km de nous et domine toutes les autres montagnes aux alentours. Patrick nous fait une descente infernale dans les buttes, digne d'un Caribou. Il nous attend à la rivière. Nous y faisons une pause et en profitons pour nous laver. Nous montons ensuite dans un terrain difficile sous un soleil " écrasant ". Arrivés sur le plateau, nous voyons trois Caribous relativement éloignés. A mi chemin sur le plateau, j’aperçois au loin un animal à quatre pattes de couleur claire. Je décide donc de m’en rapprocher. C’est à 50 ou 60 mètres que ce dernier se met à bouger. A ses cotés, un petit de couleur sombre. Soudain, la mère se dresse sur ses pattes arrières. C’est à ce moment là que je réalise qu’il s’agit d’une ourse et de son ourson. Je change immédiatement de trajectoire pour rejoindre le plus "tranquillement " possible Patrick et Dominique. L'ourse me suit sur quelques mètres puis s'arrête. Dès que Patrick et Dominique les voient, nous sortons la fameuse bombe anti-ours et nous éloignons. Quelques minutes plus tard, l'ourse et son petit s'en vont en courant. Plus loin, au niveau du col, nous voyons une multitude de Caribous. Leurs bois sont magnifiques. Nous descendons de ce col en longeant la montagne et arrivons sur une crête où nous décidons de poser la tente. Nous sommes à 4 000 pieds.

Le genou de Patrick ne va pas mieux du tout, pire encore, il fait un oedème, du genou jusqu'à la cheville. Chacun utilise des compeed pour les ampoules que nous avons et qui nous gênent. Nous avons la visite d'un Caribou près de la tente. Autre mauvaise nouvelle, les piles de mon appareil photo sont mortes. Plus grave encore, je ne retrouve pas celles de rechange que j’ avais soigneusement prévues. Nous n'aurons plus qu'un appareil jusqu'à la fin du trek.

Nous prenons notre dîner sous un fort vent.

A 15 mètres de la tente, en contrebas de l'arête, passe une piste animale avec des empreintes de Caribous. Nous nous demandons s'il est prudent de rester où nous sommes car nous n'avons marché qu'une heure après notre rencontre avec l'ourse. D'après les livres, si l'on rencontre un ours, les probabilités d'en rencontrer un second le même jour sont quasi nulles5. Fort de ce principe, nous décidons de rester près de cette piste et mettons la bombe anti-ours à portée de main sous la tente. Nous l'avons même décapsulée. Elle se trouve donc prête à l'usage.

Patrick, comme à son habitude, se lève le premier, met en place le réchaud et prépare le thé. Nous commençons la journée par une longue descente. Nous essayons de rester toujours sur des pentes légèrement inclinées de manière à éviter le plus longtemps possible les marécages. Toute la descente se fait entourée de caribous. Ces derniers passent dans les marécages et les arbustes avec une facilité déconcertante. Avant d'arriver en bas de la vallée nous examinons cette dernière pour essayer de trouver l'itinéraire le plus approprié. Il y a deux petits lacs qui alimentent une rivière. Dans un premier temps nous pensons effectuer un détour de manière à passer en amont des deux lacs pour avoir moins de marécages. Pour finir nous avons décidé de passer tout droit car " galère pour galère, il vaut mieux prendre le chemin le plus court ". Une fois remontés sur le versant d'en face, nous ne regrettons pas du tout notre choix. Nous montons la colline sous un petit soleil et la montagne suivante dans le froid. Arrivés au sommet, nous surprenons un petit groupe de Caribous qui s'y étaient installés et se reposaient en attendant que le temps se lève. Nous descendons de l'autre côté dans un terrain recouvert d'arbustes de moins d'un mètre. Arrivés en bas, nous cherchons un endroit pour nous arrêter. Les places sont très chères car soit il y a des arbustes, soit le terrain est trop en pente. Nous nous arrêtons juste après avoir traversé deux rivières sur une toute petite colline (le seul endroit plat du coin) après avoir fait plus d'un kilomètre de recherche. Fin de la journée de marche à 3h10. Le temps est couvert et nous recevons quelques gouttes de pluie. Nous prenons notre thé et 30 minutes plus tard nous avons un grand soleil. Profitant de ces rayons chauds, nous descendons à la rivière pour y faire notre toilette et y laver quelques vêtements. De retour à la tente, à l'aide des bâtons de rando, des sangles et des mousquetons, j’installe les cordes pour faire sécher le linge. Ce dernier est à peine mis, que nous sommes surpris par une averse, qui, en l'espace d'une demi heure trempe complètement l'ensemble du linge. Comme bien souvent, " après la pluie le beau temps ". Le soleil réapparaît et commence à sécher tout. Pendant ce temps là, nous avons fait une leçon de bridge.

La consommation d'essence est globalement plus faible que prévue6. Nous envisageons de nous débarrasser du contenu d'une bouteille au moins.

Jeudi 3 août

Levé à 7h00. Conformément aux réflexions de la veille, nous décidons de nous séparer d'un demi litre d'essence pour alléger le sac de Dominique. Départ à 9h00. La première partie de la marche se fait tranquillement. Nous découvrons à nouveau de la chance, nous avons la présence de caribous. La première partie de la marche consiste en une longue montée vers un petit plateau. De manière à motiver Dominique qui n'a pas de force aujourd'hui, Patrick et moi, lui donnons sa première leçon de bridge en marchant. Il est midi quand nous abordons la deuxième partie. Celle-ci s'annonce un peu plus athlétique. En effet, nous devons monter de 4 000 pieds à 5 600 pieds soit un peu plus de 500 mètres de dénivelé. Nous en profitons pour faire une pause avant la montée. Il est 12h15 quand nous commençons à nous mettre en action. La pente est bien inclinée et les nuages sont bas, ce qui, par moment, nous plonge dans le brouillard le plus complet. Cela n'est pas gênant pour l'orientation car nous savons que nous n'avons qu'un objectif : monter. A 1h20 j’arrive au pied de la crête. Celle-ci est très pointue. J’atteins le sommet, laisse mon sac et retourne accueillir les deux autres au pied de la crête. Sur mon retour, je regarde les endroits les moins exposés pour que cela puisse être bénéfique à Patrick et à Dominique. En effet le premier passage était exposé (désescalade avec le sac, dévers dans un pierrier très pentu et instable). Patrick arrive 15 minutes après et Dominique 35 minutes. Le passage sur la crête (guidé) est nettement moins dangereux, cependant, Dominique n'est pas très à l'aise et progresse à 4 pattes. Les montagnes au Nord sont blanches dans leur partie supérieure. A peine sommes nous arrivés au sommet que cela se gâte. Nous avons juste le temps de nous mettre sur à endroit un peu plus large et plat et d'enfiler nos cape de pluie que nous sommes pris dans une tempête avec pour commencer de la pluie, de la grêle et pour finir de la neige et tout ceci dans le brouillard le plus complet. Le versant Ouest de la montagne où nous nous trouvons commence à blanchir. Les montagnes un peu plus au Nord sont devenues toutes blanches. La tempête s'arrête, nous pensons alors à envisager la descente. Il faut se rendre à l'évidence, l'arête par laquelle nous avions programmé de descendre est impraticable. Patrick propose de descendre dans les éboulis puis de marcher en dévers de manière à retrouver l'arête un peu plus bas pour ensuite continuer par cette dernière. Je pose mon sac et vais faire les premiers pas pour reconnaître le terrain et évaluer les risques. Le terrain est très glissant car les pierres sont mouillées et le pierrier peu stable. En revenant vers Patrick et Dominique, je glisse sur une dalle et tombe sur le tibia (rien de grave). De retour, je suis peu confiant pour cet itinéraire et mon absence de proposition laisse paraître une légère inquiétude. Patrick insiste sur son idée et finit par convaincre l'ensemble de la troupe. Les 50 premiers mètres de dénivelé dans les éboulis semblent très périlleux. Le moindre pas fait glisser une multitude de pierres de taille variable. Patrick, en perdant l'équilibre à l'arrêt, fait tomber une énorme pierre qui se met à dévaler la pente et me touche le mollet 10 mètres plus bas (sans dommage). Après de multiples frayeurs et quelques chutes, nous arrivons sur l'arête. Cette dernière ne peut, elle non plus, être descendue. Il ne nous reste plus qu'à retourner dans le goulet de l'éboulis et descendre jusqu'en bas (dès que l'on aura les pieds sur de la verdure). Je pars en tête et pendant toute la descente n'arrête pas de me dire "Fais attention aux endroits où tu mets les pieds. Ce n'est pas le moment d'avoir des problèmes de genou ". Pendant ce temps là, Patrick a dit à Dominique " Pourvu que Jean-Marc ne nous fasse pas une luxation de la rotule sinon on est mort " (en effet comme Jean-Marc est le seul à savoir s'orienter, Patrick craint le pire). Nous avons mis 1h45 pour monter cette montagne et 3h15 pour en redescendre !!!

BILAN : PLUS JAMAIS CA. Nous avons eu énormément de chance de ne rien s'être fait de grave, hormis un retournement d'ongle et quelques coupures.

La tente est posée au pied du goulet (petit torrent) à l'endroit le plus plan à nos yeux. Malgré cela, le couchage sera bombé. Cela devrait aller pour Patrick (coté amont) ainsi que pour moi (au milieu) mais pour Dominique, cela semble mal engagé car il y a un trou coté aval. Nous sommes à 20 mètres d'une " autoroute " (piste animale à 4 traces). Le premier bois de Moose est enfin trouvé, très impressionnant, il doit faire à peu près 15 kg.

La température au dîner est de 9°C et celui ci se termine par un flan vanille (cette fois ci bien pris car il a été refroidi dans le torrent).

Vendredi 4 août

Réveil à 7h00 et comme prévu, Dominique a très mal dormi, ce qui lui a permis d'entendre des caribous passer à coté de la tente (bruit de bois également).

Nous prenons notre thé et effectuons nos premiers pas à 8h30 (exploit : seulement 1h30 pour lever le camp).

Objectif de la journée : descendre dans la vallée Tinayaguk (vu de loin cela à l'air d'être un immense marécage), trouver une " cabin " indiquée sur la carte comme étant en bordure de la rivière et de la forêt.

La descente en bord de vallée s'eefectue sans problème. Dans la vallée, vue la végétation surabondante (multitude d'arbustes d'au moins 3 mètres) et les nombreux marécages, nous décidons de descendre dans le lit d'un torrent et envisageons par la suite de remonter la rivière " Tinayaguk " sur les " galets ". Cette option nous oblige à faire un bon détour mais la progression y est beaucoup plus aisée. De plus, nous ne sommes pas pressés et le temps est magnifique. Finalement cette option n'était pas payante car le torrent s'est divisé, réduisant par la même occasion la largeur sans végétation. Nous avons donc commencer à longer le torrent pour finalement décider de couper tout droit en direction de la " cabin ". Après quelques marécages, nous arrivons à la rivière. Celle-ci s'étend facilement sur 20 mètres de large. Son débit est important favorisé par une bonne profondeur (estimée à au moins un mètre vue la couleur turquoise de l'eau). La traversée semble difficile dans ces conditions. En remontant le long de cette rivière, nous découvrons un nouveau bois de Moose (cette fois ci, il est magnifique). Tout au long de notre remontée, nous voyons d'énormes traces d'animaux : Caribous, Mooses, Ours et aussi Renards semble t-il. La carte au 1/250 000 ne nous permet pas de savoir précisément où se trouve la " Cabin " et après une heure de recherche en vain, nous décidons d'abandonner. Nous recherchons alors un endroit plus propice pour traverser la rivière. Je propose un endroit où elle se sépare en trois, mais ceci ne convient ni à Patrick ni à Dominique. Ces derniers remontent encore un peu et finalement capitulent et reviennent sur l'endroit proposé.

Technique de traversée : Dominique et moi, nous nous mettons pieds nus dans les tennis. Nous nous équipons de sangles et de mousquetons. Je m'accroche à une des extrémités de la corde, Patrick prend l'autre bout et Dominique se met au milieu. Je m'élance avec mes bâtons de randonnée. L'eau est très froide quand on y laisse les pieds longtemps, le courant est violent mais la faible profondeur (au niveau des genoux) nous permet de passer sans incident.

Nous remontons sur le versant pendant près de 1h30 et plantons la tente à 2 700 pieds vers 3h30. Dominique part à la recherche d'eau. Le maigre filet d'eau existant lui permet néanmoins de remplir la vache à eau. Le vent est très soutenu ce qui fait baisser la température à 5°C. Nous cherchons un endroit plus calme pour dîner.

L'inquiétude de Patrick et de Dominique concernant les chances d'arriver avant le 17/8 à Anaktuvuk pass me conduit à sortir ses cartes et boussoles. Finalement, j’établis un compte à rebours sur des moyennes de 10 km à vol d'oiseau. Bilan : il nous reste à peu près 100 km à vol d'oiseau et ce, en 12 jours, ce qui représente un peu plus de 8 km par jour. Cela semble totalement réalisable si nous ne sommes pas coincé sous la tente. De plus, le parcours que nous envisageons d'effectuer est beaucoup moins accidenté que celui que nous avons déjà réalisé. Au cours de la soirée, le vent a changé d'orientation et vient maintenant du Nord-Ouest. Il est particuliairement frais. Patrick a mis longtemps à se réchauffer. Je reste le plus longtemps possible sous la tente avant d'aller dîner en effet j’ai beaucoup moins de vêtement chaud que les deux autres. La température sous la tente une heure après le couche est de 9°C (chaleur humaine).

Samedi 5 août

Réveil à 7h00. Pendant la nuit, le vent s'est arrêté et la neige est apparue. La température sous la tente est de 7°C, il y a une fine couche de neige sur le sol, la température avoisine le 0°C. Le baromètre a très légèrement grimpé pendant la nuit. En effet, il est monté de 3 mb. La tendance générale reflète une relative amélioration. Les préparatifs sont modifiés : chacun vient faire son sac sous la tente à tour de rôle et pendant ce temps les autres petits déjeunent debouts sous la neige. Le manteau de neige s'épaissit légèrement et la température est passée à -0.5°C. Le moral de Dominique et de Patrick est bien bas tandis que le mien est plutôt bon (je m’'attendais en effet à affronter des moments difficiles, de plus j’ai nettement moins froid qu'hier). Le départ s'effectue à 8h45. Nous nous suivons car la visibilité doit être d'environ 100 mètres et nous voulons nous arrêter le moins possible pour ne pas trop nous refroidir. Il neige maintenant à gros flocons et la visibilité n'est pas meilleure. Il est donc impossible de s'orienter avec les montagnes environnantes. Une fois le col franchit, nous entrons dans une nouvelle vallée, je sors alors la boussole et indique la direction à suivre.

Vers 12h30 le temps se lève et le plafond nuageux passe au dessus de nous. Cela nous permet déjà de voir les 2/3 inférieurs des montagnes. Comme nous sommes dans une nouvelle vallée, il est toujours difficile de faire le point. Nous continuons donc à la boussole. Le temps se lève encore un peu et nous voyons jusqu'à environ 3 700 pieds. Nous en profitons pour monter sur une petite colline d'où je fais définitivement le point. Nous n'avons pas dérivé par rapport au point fixé. Nous devons donc traverser la vallée dans laquelle nous nous trouvons (rivière y compris), remonter le col d'en face à 3 100 pieds et redescendre dans la vallée suivante.

La rivière moins profonde que cette d'hier fait à peut prêt 10 mètres de large. Ayant marché toute la mâtiné dans la neige, nos pieds sont déjà trempés, par conséquent, nous n'hésitons pas à traverser la rivière telle quelle. Nous traversons également un cour d'eau au milieu d'un marécage. Ce dernier est profond d'à peu près un mètre, le courant y est faible. Nous y voyons notre premier poisson (une quinzaine de cm).

Une fois le col suivant monté (3 300 pieds) nous redescendons dans une nouvelle vallée. Trois itinéraires possibles s'offrent à nous :

1. faire un détour par le bas de la vallée. Cette option rallonge le trajet de 5 km, cependant, comme nous nous trouvons en bas de la vallée, cette option nous garantie des températures moins basses et éventuellement moins de neige. En revanche, la pente étant moins importante nous risquons d'arriver dans les marécages et la vue, si elle est dégagée sera moins belle.

2. effectuer le trajet initialement prévu avec un col à 4 400 pieds. Si le temps est mauvais l'orientation sera difficile. Par contre, s'il fait beau, nous pourrons peut être apercevoir le mont Doonerak.

3. passer par deux cols à 4 200 pieds. Ce trajet est plus court en distance horizontale mais il implique l'ascension de deux cols, la vue, en cas de beau temps, sera très belle. Par contre, si le temps est mauvais, l'orientation risque d'être délicate.

Les deux dernières propositions ont en commun les quatre premiers kilomètres. Nous rejetons finalement la première solution et avons jusqu'à demain pour nous décider pour le choix final car avons décider d'effectuer encore 3-4 km avant de arrêter. La journée se termine par une nouvelle traversée de rivière (moins importante) et une ultime montée de 500 pieds pour arriver à 3 200 pieds. Nous avons bien marché puisque nous avons effectué 11 km à vol d'oiseaux ce qui correspond à 14-15 km. Fin de la journée à 4h30.

Nous profitons d'un moment ensoleillé pour monter la tente, prendre notre thé et commencer à faire sécher les chaussures et chaussettes. Une averse de neige vient tout gâcher.

Le dîner se fait dans le froid accompagné d'une légère pluie. En attendant que nos féculants cuisent, avec Patrick, nous courrons pour nous réchauffer les pieds. Le vent est tellement fort qu'il ralenti la cuisson. Malgré les 12 mn, mon riz est plus croquant que d’hbitude. Les pâtes de Dominique sont à moitié trop cuites et à moitié pas assez cuites, 9 mn ne suffisent vraiment pas. Les 9 mn pour les pâtes de Patrick n'ont vraiment pas suffit non plus. Elles sont immangeables (pires que celles du tout premier jour) et, après 2-3 cuillerées, il jette le reste. Heureusement, il y a le bouillon pour lui remplir l'estomac.

Nous avons décidé de retenir la troisième solution (les 2 cols).

Dimanche 6 août

Le baromètre est monté pendant la nuit de 3 mb (cela devient une habitude). On pourrait espérer une légère amélioration du temps. Le départ se fait un peu avant 9h00. Depuis 8h00 le baromètre est à nouveau redescendu. Je cache cette dernière nouvelle pour ne pas leur saper le moral.

La montée vers le premier col se fait en grande partie en dévers à un bon rythme. Les versants Nord des montagnes alentours sont toutes blanches et le plafond nuageux descend rapidement. Nous avons à peine eu le temps de franchir le col que le plafond nuageux descend à notre niveau et que la neige nous tombe dessus. Fort heureusement cela sera de courte durée. La marche d'approche vers le deuxième col se fait dans un premier temps à la boussole et en totalité en dévers (dévers opposé à la montée). Pendant la progression, la pluie fait sont apparition. Nous n'avons plus de visibilité au moment où nous franchissons le col. La descente pour rejoindre la " Fish Creek " se fait sous la pluie. Nous descendons au dessous du plafond nuageux. A mi hauteur nous apercevons un Moose. Ce dernier, malgré notre éloignement, nous a déjà repéré et s'en va dans le bas de la vallée pour disparaître derrière un petit mont. Cela tombe bien car ceci est exactement notre direction. Nous avançons en dévers et montons ce dernier. Au sommet, nous nous retrouvons nez à nez avec le Moose (à 15 mètres environ). Celui-ci, pris de panique, part dans un véritable sprint. Nous le suivons des yeux. En un temps record, il disparaît tout en bas dans la vallée (6 km). C'est sûr, nous ne sommes pas prêt de le revoir de sitôt. Nous continuons notre descente dans la " Fish Creek " et croisons les traces qu'il a laissé dans sa fuite. Il a tout arraché. Nous traversons la " Fish Creek " et un de ses affluents et remontons à la recherche d'un endroit " plat " pour y élire domicile pour la nuit. La remontée se fait à nouveau sous la pluie. Le terrain n'est pas très propice, il y a en effet des arbrisseaux partout de 50 cm à 1,5 m de hauteur.

En remontant encore, nous trouvonsun endroit qui correspond globalement à notre attente. L'installation de la tente se fait également sous l'eau. Nous rencontrons notre premier problème concernant la tente : nous avons perdu l'une des extrémités d'un arceau. Elles sont pourtant serties, mais cela n'a pas suffit. Nos recherches sont vaines. Nous arrivons quand même à monter la tente. Dominique est parti faire de l'eau mais le torrent le plus proche est loin. L'attente sous la tente d'une éventuelle amélioration des conditions climatiques est très longue. Du coups, Patrick n'arrivant pas à s'endormir comme Dominique et Jean-Marc, il prend un somnifère. Tous nos vêtements sont trempés et cela pèse sur notre moral. Vers 7h, la pluie cesse et Dominique fait une tentative de thé. Je réveille Patrick (comateux).

Dominique nous explique que suivant sa théorie, il vaut mieux faire cuire les pâtes avant le riz car ce dernier donne un goût à l'eau et donc aux pâtes. C'est parait-il meilleur.

Nous mettrons en application ce principe. Le dîner se fait également sous une légère pluie.

Lundi 7 août

Réveil pluvieux à 7h00. Une fois n'est pas coutume, c'est encore Patrick qui se lève le premier pour faire le thé. Les vêtements n'ont évidemment pas séché et le moral s'en ressent. Qu'il est désagréable d'enfiler ses chaussures trempées.

Le plafond nuageux nous cache le col. Nous effectuons la montée à la boussole. Nous avons autant de visibilité dans la première partie de la descente. C'est vraiment dommage car nous devrions avoir une superbe vue avec le Mont Doonerak en face de nous et la vue sur deux grandes vallées (la Koyukuk et la Ernie Creek). Lors d'une petite glissade, Patrick semble s'être fait mal au quadriceps droit7. Le temps se dégage et le soleil pointe. Nous en profitons pour faire une pause sur une arête qui domine la vallée Koyukuk. Patrick en profite pour nous raconter ses histoires de jeunesse (concours en tout genre; pieds sales...) et sur certains de ses copains de collège.

Le temps ne voulant toujours pas se dégager, nous décidons de poursuivre notre descente. Patrick traîne la patte. Nous effectuons une dernière montée et arrivons sur le sommet plat d'une butte et décidons de nous y arrêter pour le reste de la journée (il est 3h). En effet, il ne faut pas trop forcer pour la jambe de Patrick (cela va mieux en montée), et je ne souhaite pas redescendre dans la vallée car je cherche à voir le mont Donnerak (obstiné non!!). Nous sommes juste au dessus des portes de l'Arctique8. Le moral est au beau fixe, le soleil est là (par intermittence) et nous en profitons pour tout étaler par terre pour que cela sèche. Patrick et Dominique mettent à profit ce moment de repos pour effectuer des échanges de barres de céréales. Patrick ne mange que 2 barres de grany par jour et a calculé qu'il devrait lui rester environ 35 barres de céréales et une vingtaine de pemmican au retour à Paris.

Rentrée sous la tente à 8h45.

Mardi 8 août

Lever 7h00, dernier massage au nifluryl pour Patrick.

Aujourd'hui est un jour très attendu par Patrick. Nous devrions descendre dans la vallée Ernie Creek et voir ce qu'est une " cabin ". En effet, il rêve d'y dormir, se laver et faire de la lessive dans la rivière et tout sécher à l'intérieur.

Le temps est couvert. Nous ne pouvons rien voir des " hauts " sommets (à mon grand désespoir)9. La descente vers la vallée rappelle à Patrick que son quadriceps est loin d'être en bon état. Nous voyons notre deuxième Moose qui ne tarde pas à s'éloigner. La pluie se met à tomber tandis que nous remontons la vallée. Lors d'une pause ravitaillement et technique (sortie et installation de la cape de pluie), Dominique a perdu une de ses gourdes. Il part en arrière sur 300 mètres pour essayer de la retrouver mais, en vain. Nous avons marché pendant deux heures en suivant une piste animale ce qui a facilité notre progression. Etant donné que la " cabin " se trouve sur l'autre rive à l'intersection de la rivière principale et d'un de ses affluents, nous allons jusqu'à la rivière. A l'emplacement supposé10, nous n'y trouvons rien. Ne voulant pas traverser la rivière (assez profonde avec beaucoup de courant) sans être certain de trouver la "cabin", nous renonçons assez rapidement à la rechercher. Patrick est en pleine déprime, il a très mal à son quadriceps. Du coups, il nous fait une crise de " boulimie " : 6 barres de céréales dont 1 pemmican !! Je lui passe les bâtons de randonnée afin d'effectuer la dernière remontée et de poser la tente. Je lui annonce du beau temps à venir (" nuages de beau temps " dis-je). Cette annonce laisse Dominique septique. Cependant, 30 à 45 minutes plus tard le soleil et le ciel bleu font leur apparition et il commence à faire chaud. Nous nous arrêtons au premier endroit plat.

Patrick a trouvé que les bâtons l'avaient énormément aidés. Au repos, il change de stratégie et passe aux massages au srilane.

Les nuages disparaissent pour laisser la place au beau temps. Les monts Doonerak et Boréal apparaisent enfin. La température à l'ombre est de 20°C.

Ce soir au dîner nous avons même dégusté un flan au chocolat pris exactement comme il fallait.

Patrick s'est fixé la date du 10/8 pour se laver et faire sa lessive après la déception d'aujourd'hui.

Nous avons plus de 2 jours d'avance sur le compte à rebours. Demain sera un grand jour, nous allons changer de carte.

Mercredi 9 août

Lever 6h45, Patrick, le premier (comme d'habitude) prépare le thé dans la bonne humeur. Il fait en effet très beau. Départ à 8h10 (nouveau record).

La marche consiste à remonter la " Ernie Creek" sur la rive droite et à prendre l' " Irish Creek ". Patrick, pour soulager son quadriceps prend les bâtons. A peine deux kilomètres de marche et nous apercevons un loup gris/blanc en face de nous. Ce dernier, loin de s'enfuir, s'éloigne tranquillement, nous contourne. Nous continuons et arrivons à l'endroit où il se tenait initialement. Il s'agit d'un lieu de repas où il reste quelques poils et quelques os de grandes tailles éparpillés sur un rayon d'une dizaine de mètres. Les dimensions de deux supposés omoplates nous font penser à un Moose. Nous n'avons cependant pas vu de bois (les femelles n'en ont pas). L'absence de viande et le peu d'os restant nous indique que le premier repas n'est pas ressent. Nous poursuivons notre chemin et arrivons sur un torrent avec un débit important. Patrick cherche un endroit pour traverser sans se mouiller les pieds. Dominique y va franco les pieds dans l'eau et Jean-Marc met ses tennis pour préserver ses chaussures de rando. En effet depuis 3-4 jours, ses chaussures donnent des signes de fatigue, se décousent et de petits trous le laisse gouter aux joies des pieds mouillés. Nous remontons à nouveau la vallée Ernie en marchant en dévers. Les arbustes nous gênent et nous contraignent à les contourner par l'amont. Arrivés au niveau de l' " Irish Creek ", nous sommes déjà aux 2/3 de la montagne que nous devions longer. Remonter l'Irish en dévers semble être une véritable galère en perspective car le dévers est un immense pierrier. A ce moment, Patrick et moi nous concertons rapidemment. Il nous reste deux solutions. Soit redescendre dans la vallée, traverser l'Irish, longer la montagne suivante (en remontant la Ernie Creek) en dévers et prendre la vallée suivante à l'Ouest, soit continuer de monter la montagne sur laquelle nous sommes et si l'arête le permet, la remonter jusqu'au col. Je choisis la dernière solution et part. Patrick me suit dans la montée tout schuss. Dominique s'étonne de nous voir tout d'un coups monter tout droit mais suit. Arrivé quasiment au sommet, je bascule sur le flan de la montagne pour m'apercevoir qu'il est toujours impossible de passer en dévers et qu'il ne reste qu'à monter au sommet et espérer une arête exploitable. Vu d'où je suis, cela semble compromis. Finalement, l'arête est praticable mais ne donne pas du tout sur le col escompté11. Je propose de remonter l'arête au maximum et d'y planter la tente. A cet endroit là, nous ne serons plus très loin d'un torrent et pourrons faire le plein d'eau.

Nous installons la tente comme prévu sur un terrain plat très dur constitué de petites pierres. Nous sommes en plein milieu d'une piste animale, mais c'est le seul endroit plan.

La grande discussion est de savoir alors, comment allons nous rejoindre le col ?

1. effectuer une longue traversée en dévers dans un immense pierrier : NON

2. redescendre jusqu'à l'Irish river dans un pierrier, la traverser, monter dans un autre pierrier et monter une autre arrête jusqu'au col

3. monter sur le sommet au dessus de nous en suivant une arête, descendre parallèlement au chemin prévu et rejoindre ce dernier un peu plus bas. La première arête effraie Patrick qui n'a pas envi de galérer avec son quadriceps. De plus, on ne connaît pas l'état de la descente. Je propose d'y monter sur le champs sans sac pour juger de la faisabilité de l'itinéraire.

Nous faisons le plein d'eau, le thé et finalement optons pour la deuxième solution. Aussitôt après, une averse vient nous perturber dans le bon déroulement du repos. Un instant après, grand soleil. Cependant le ciel est encore plus menaçant. Je décide m'abandonner sa tentative de reconnaissance. Heureusement, car peu de temps après, nous sommes pris dans un orage très violent avec d'énormes coups de tonnerre. Le ciel se dégage une heure plus tard. Nous apercevons au loin un ours qui pique un sprint : impressionnant (on comprend alors aisément qu'il ne sert à rien de s'enfuir devant un ours). Nous prenons notre dîner sous un ciel dégagé.

Jeudi 10 août

Lever 7h00. Nous avons mal dormi (le sol était trop dur). Aujourd'hui est le jour tant attendu par Patrick. Départ 8h45.

Le pierrier se descend très facilement. Je " skie " sur ces petites pierres. Arrivé quasiment au torrent, Je fais une glissade et le pierrier se dégage sur 30 cm de profondeur. A la surprise de tous, c'est de la neige qui est alors découverte (permafrost...).

La montée dans le pierrier est épuisante mais celle sur arête se fait sans problème. Arrivés au sommet de arrête, nous nous rendons compte que l'autre solution de la veille était pire que celle pour laquelle nous avions opté. La descente du col se fait sans incident jusqu'au moment où Patrick se fait à nouveau mal à son quadriceps (peu de temps au par avant, il pensait que tout était revenu en ordre). Nous décidons de traverser la Kenenga river, de remonter cette dernière et d'y planter la tente. Il n'est que 2h mais cela nous permettra de faire du lavage. La traversée se fait comme d'habitude : Patrick cherche un endroit à sec, Je choisis la méthode " pieds nus dans les tennis " et Dominique se repose quelques instants. J’enlève ses chaussures, en envoie une sur l'autre rive, prend la seconde, l'envoie. C'est là que tout se complique, les lacets se sont emmêlés et la chaussure se retrouve en plein milieu de la rivière et commence à descendre la vallée. Je courre pieds nus sur les cailloux à sa poursuite, traverse à moitié la rivière et finit par la récupérer (beaucoup de chance). Voyant que le passage pouvait s'effeuctuer pieds nus, Je m’y lance pour au moins préserver mes tennis. Le courant est très fort et cela demande une grande attention. Il est parfois nécessaire de poser les mains dans la rivière pour rétablir l'équilibre. Voyant que j’étais pas trop mal passé, Dominique en fait autant. Patrick n'a finalement pas trouvé d'endroit et plonge les pieds dans la rivière pour la traverser.

Nous installons rituellement la tente, prenons notre thé et descendons à la rivière pour y faire une complète toilette. Nous remontons, étendons le linge et rentrons sous la tente pour une leçon de bridge pendant que l'orage éclate avec d'impressionnants éclairs et coups de tonnerre. Une fois ce dernier éloigné, nous sortons essorer notre linge.

Demain est un grand jour, nous allons franchir la ligne de partage des eaux12, en revanche la journée risque d'être physique car nous devons passer par un col à 5 600 pieds ce qui représente 2 300 pieds de montée.

Nous prenons notre dîner tranquillement et rentrons le linge avant de nous coucher.

Vendredi 11 août

Lever 6h45, départ 8h45. Le temps est couvert ce qui nous permet de ne pas avoir trop chaud. En cours de montée avec Patrick nous voyons de loin une quinzaine de Dall Sheep (vraisemblablement) qui s'éloignent très rapidement pour n'être plus que des points quand Dominique arrive. La traversée d'un torrent en dévers, pour ensuite monter au col, nous parait périlleuse. Nous bifurquons et montons tout droit sur le sommet à coté dans l'espoir de redescendre de ce dernier sur le col par l'arête. Arrivés sous le sommet, Dominique et Patrick effectuent une horizontale pour rejoindre le col tandis que je poursuis la montée vers le sommet. J’abandonne à environ 10 mètres car cela devient trop périlleux. D'en haut, je me rends compte que le col sur lequel nous nous situons n'est pas celui visé initialement (Patrick me l’avait dit dans la montée mais j’étais trop concentré dans la montée et n’ai pas percuté13). Tant pis, l'avance que nous avons nous permet de faire ce détour. Demain, nous passerons un autre col qui nous permettra de rejoindre la vallée de notre itinéraire. La descente est un peu plus difficile que celle annoncée la veille et pour cause. Nous descendons donc dans une vallée qui donne sur la vallée d'Anaktuvuk. La soirée est fraîche.

Samedi 12 août

Maintenant que nous avons passé la ligne de partage des eaux, et donc les montagnes les plus hautes d'axe Est-Ouest, nous sentons la différence. En effet, de part la position des montagnes environnantes, ces dernières nous cachent le soleil en début de journée. Tous les préparatifs se font dans l'ombre et la température a du mal à monter.

Nous partons à 9h00 avec un grand ciel bleu sans avoir vu le soleil. La montée au col est pénible et s'effectue dans d'énormes éboulis. Nous nous rendons compte à quel point le changement de côté sur cette ligne de partage des eaux est important. En effet, les flans de la montagne ne présentent que très peu de verdure, les montagnes au Nord sont grises et donnent l'impression de venir d'ailleurs. Ce n'est qu'à l'arrivée au col, à 5 100 pieds, que nous sommes réchauffés par les rayons du soleil. Heureusement que nous avons raté le col de la veille. En effet la première partie de la descente de ce dernier est une corniche et la suite est constituée d'éboulis très pentus. Ces cartes au 1/250 000 sont trompeuses.

La journée s'annonce bien, Patrick n'a plus mal à son quadriceps et m’a rendu les bâtons. La descente de la vallée est une longue marche de faible inclinaison où la végétation est peu abondante. En bas, il faut traverser deux rivières abondantes. J’ai changé de tactique et les traversent pieds nus pour garder tout au sec. Les lits des rivières sont très glissants et la recherche de l'équilibre devient un véritable exploit sportif. La faible température de l'eau me rappelle qu'il ne faut pas trop traîner. Dominique et Patrick ont choisi de traverser un kilomètre en amont et doivent finalement traverser une dizaine de bras de rivière moins profonds mais entrecoupés de marécages. Vu le terrain, ils ne prennent pas le temps de se déchausser. A la fin de d'étape, je suis le seul à avoir les pieds sec. Nous choisissons l'endroit du camping de telle manière que demain, s'il fait beau, nous puissions avoir du soleil pour les préparatifs. Nous posons la tente à dix mètres de la rivière sur un terrain idéal. Nous profitons de l'endroit pour nous y laver.

L'averse journalière intervient comme d'habitude entre le thé et le dîner. A 8h30, une fois le dîner terminé, l'averse repart de plus belle et nous contraint à un repli stratégique définitif sous la tente. Anaktuvuk pass n'est plus très loin, à seulement 33 km par le chemin le plus court (la vallée). Nous envisageons de rejoindre ce village en passant par des cols, un lac et en franchissant à nouveau la ligne de partage des eaux.

Cela fait trois jours que nous avons passé la ligne des arbres "tree line". Cela signifie que nous ne verrons plus de conifères. Il ne reste plus que les arbrisseaux d'une 40 de centimètres. Il y a toujours des baies, leur couleur est très variée : noire, bleue (couleur myrtille), rouge vif ou rouge grenat. Je regrette de ne pouvoir y goutter. L'ecchinoccocose alvéolaire14 représente une telle menace.

Dimanche 13 août

Réveil 7h00. La nuit fût très sombre. Une fois n'est pas coutume, Patrick sort le premier. A l'ouverture de la tente, surprise. Il y a une telle purée de poids que l'on ne voit rien à 50 mètres. Déprime à ce moment là de Patrick : " Dans ces conditions, on ne peut pas marcher ", déprime de Dominique " Je reste sous la tente au chaud dans le sac ". J’essaie de motiver la troupe en expliquant que " la journée sera facile, c'est tout plat en léger dévers. Pour la première partie de la journée, on n'a pas besoin de visibilité il suffit de s'orienter à la boussole, longer cette montagne (en pointant une montagne sur la carte) et continuer jusqu'à la rencontre avec une grosse rivière : l' " Anaktuvuk river " et de descendre le long de cette dernière. Et de toute façon, le temps se lèvera peut être en cours de journée, cela nous permettra de reprendre l'itinéraire prévu ".

Le départ à quand même lieu vers 9h10. Nous traversons une première rivière d'où tout le monde ressort les pieds trempés. Nous traversons ensuite un long marécage. Le temps se lève doucement, le plafond nuageux monte et se trouve aux alentours de 3 500 pieds. Nous en profitons pour monter sur un plateau. Au loin, nous apercevons une quinzaine de tâches banches. Il s'agit vraisemblablement de Dall Sheep. Le plateau sur lequel nous nous trouvons est malheureusement coupé par un torrent dont le lit a creusé la montagne profondément. Ceci nous entraîne dans une descente raide suivie d'une remontée abrupte. Lors de la descente, Je fais une glissade de 4 mètres de dénivelé. Patrick en fait également une due à faiblesse de ses chevilles.

Vers 2h00, Patrick et Dominique réclament la pose du bivouac car le terrain s'y prête, car la journée n'a pas été si plate que ça et car la visibilité restreinte ne les motive pas. Pour ma part, je suis aussi frais qu’en début de journée et suis prêt à marcher encore des heures. Je souhaitais en effet profiter de la visibilité pour descendre dans la vallée suivante et remonter dans le lit d'un torrent. La majorité l'emporte et nous finissons par poser la tente à 3 300 pieds.

Nous prenons un thé à 2h30, à 5h30 et dînons à 7h00 et apprécions le flan à la vanille (très réussi cette fois). Nous avons passé une grande partie de l'après midi sous la tente car la température est relativement faible, le vent souffle et la visibilité ne s'améliore pas. Nous rentrons définitivement sous la tente à 8h00.

Au cours de la journée Patrick et Dominique se sont dits : " Plus jamais ça ". Sur le moment, ils ne sont pas prèts de repartir en Alaska. Ils estiment d'ailleurs qu'aujourd'hui était la journée la pire de toutes celles vécues en Alaska.

Dominique essaie de lutter contre le froid en mangeant des barres de céréales. Il en a mangé 8, cela constitue un record. Patrick en a mangé 5 tandis que je n'en ai pas pris une seule.

L'absence de bruit (pluie, torrent, vent) nous surprend. Patrick a fini de lire " bien jouer en défense " et attaque " bien enchérir en défense ". Dominique a fini sa troisième nouvelle de Conrad.

Lundi 14 août

Réveil 7h00. Le temps est un peu plus couvert qu'hier soir. Nous traînons volontairement les préparatifs dans l'espoir d'une amélioration. Il fait froid (6/7°C) Départ 9h15. J’ai tellement froid aux doigts que je décide à m'alimenter pour mieux lutter. Pendant que nous descendions dans la vallée et remontions la rivière sur 1,5 kilomètre le temps s'est dégradé. Nous avons de moins en moins de visibilité et ne pouvons plus voir le versant d'en face. Cela rend difficile l'orientation. J’ai repéré la jetée d'un torrent dans la rivière et pense que cela doit correspondre à ce qu'il voit sur la carte. Nous traversons la rivière à cet endroit et remontons donc le torrent. La rivière est tellement abondante qu’avec Patrick nous perdons espoir de la traverser les pieds au sec. Nous traversons à un endroit où l'eau arrive au niveau des genoux. Dominique, quant à lui, remonte désespérément la rivière à la recherche d'un endroit pour passer au sec. Finalement, il renonce et se trouve autant trempé des pieds que nous deux. Il s'en suit une séance d'essorage de chaussettes collectif. La remontée du torrent se fait dans un lit caillouteux, dans un épais brouillard et sous un vent qui nous balaie de cristaux de glace. Le terrain au niveau du lit se dégradant, Je décide de remonter à flanc de montagne. Cette option n'est finalement pas meilleure car cela nous expose encore plus au vent qui ne cesse de nous battre avec ces cristaux. Nous finissons par redescendre dans le lit et continuons à le remonter. L'axe du torrent ne me convenant plus , nous remontons le long d'un de ses petits affluents, à la boussole. Sous le coup de 12h30, Je propose de nous arrêter car ne voyant toujours rien dans ces nuages, je ne peux assurer l'orientation. Le terrain semble plat et l'eau n'est pas trop loin. La proposition est acceptée à l'unanimité.

Le montage de la tente se fait sous un fort vent qui nous envoie toujours des cristaux. Avec Dominique nous nous dépêchons de nous installer dans nos sacs de couchage sous la tente et essayons de nous réchauffer les mains et les pieds. Patrick, malgré le froid, prépare courageusement un thé que nous sommes très heureux de boire. Le replis sous la tente est ensuite instantané. Nous mettons un temps infini à nous réchauffer. Il ne fait que 6°C sous la tente malgré la chaleur humaine. A l'heure du repas, je suis tellement motivé pour retrouver le temps glacial que je suis près à ne pas dîner. Patrick, toujours lui, suivi de Dominique sortent et mettent en route le réchaud. Nous prenons tous les trois notre soupe et nos féculants et apprécions ces aliments chauds. La température à l'extérieure est passée en dessous de 0 (-0,5°C à l'abris du vent), la neige tombe toujours et le vent est un peu plus important. Tous ces paramètres nous font penser qu'il doit faire à peu près -10/-15°C. Nous sommes congelés et rentrons très rapidement sous la tente après le dîner. Patrick et moi décidons de manger des barres de céréales supplémentaires pour mieux lutter contre le froid. J’arrive à une consommation de 11 dans la journée et Patrick à 12 (nouveau record certainement imbattable au cours de ce séjour car il ne nous reste plus beaucoup de barres pour jouer à ce jeu là). Le flanc de la tente le plus exposé au vent est recouvert de neige glacée.

Aujourd'hui, c'était la journée la plus courte au niveau de la durée de la marche (3h15) mais sans aucun doute la plus dure aussi bien moralement que physiquement à cause du froid.

Mardi 15 août

Réveil 7h00. Nous avons passé une nuit très fraîche. La condensation a été telle que les duvets sont extérieurement trempés, les vêtements de randonnée n'ont évidemment pas séchés, les chaussettes tiennent toutes seules debout, elles sont congelées. A travers les ouvertures de la tente nous voyons que le sol est recouvert de 3-4 cm de neige. Nous avons, sous la tente, une discussion pour fixer l'objectif de la journée. Nous décidons d'interrompre notre itinéraire car nous devions monter à un col, descendre de l'autre coté et remonter pour arriver au bord d'un lac. Nous optons pour remonter un petit col, descendre de l'autre coté, descendre la vallée et arriver ensuite dans la vallée d'Anaktuvuk, descendre cette dernière. Notre objectif est donc de se rapprocher le plus du village d'Anaktuvuk pass.

L'extrémité la plus exposée au vent est complètement congelée et refuse de s'ouvrir. Il y a en effet un demi centimètre de glace sur toute la fermeture éclaire de la tente. J’en suis réduit à uriner dessus, cela permet ainsi son ouverture.

La glace et la neige ont recouvert le réchaud abandonné par terre la veille. La vache à eau est pleine de glaçons. Patrick annonce qu'il ne petit-déjeune pas (il doit être dans un sacré état car il nous disait que le petit déjeuner était son repas favori), ij’en fais autant. En revanche Dominique prend le sien avec de l'eau proche de 0°C. Avec Patrick nous mettons deux paires de double paires de chaussettes. Nous sommes transit de froid au niveau des pieds. Chacun met tous les vêtements qu'il a à disposition.

Dominique : un pantalon polaire, un sur-pantalon gore tex.
Patrick : un collant polaire, un pantalon polaire, un sur pantalon gore tex.
Jean-Marc : (parti très léger depuis Paris) un collant d'athlétisme, un pantalon léger.

Le pliage de la tente finit par nous congeler les doigts.

A 8h50, nous partons dans le brouillard et la neige glacée. Nous remontons un petit torrent puis plus rien et arrivons au col. Nous descendons dans la vallée suivante. Tous ces efforts nous ont réchauffé les mains. En revanche, rien n'a changé pour les pieds. Au fur et à mesure que nous descendons dans la vallée, nous arrivons en dessous du plafond nuageux. Nous découvrons alors le bas de la vallée, en bas, il n'y a plus de neige. Vers midi, nous arrivons dans la vallée de l'Anaktuvuk river. La température est déjà plus clémente, nos pieds se réchauffent et nous commençons à avoir chaud sous tous nos vêtements. Nous décidons alors de faire une pause pour se dévêtir. Nous en profitons pour prendre un thé. Patrick et moi prennons également notre petit déjeuner. Vers 3h, nous voyons au loin le village d'Anaktuvuk pass et posons notre camp à environs 3 km du village vers 3h30.

Le village est composé de minuscules maisons en tôle et se trouve à coté de la piste d'atterrissage où le trafic est important. Nous apercevons notre premier pont. Ce dernier passe au dessus de la John river et rallie les deux parties du village.

Mercredi 16 août

Levé 9h00 !!

Petit déjeuner très copieux. Notre objectif de la journée est de prendre une douche au village. Départ sans les sacs vers Anaktuvuk pass pour y faire du tourisme à 10h20. Nous chronométrons notre temps de descente pour ne pas rater l'avion du lendemain. Nous avançons en direction du pont. Un énorme avion se pose sur la petite piste au grand malheur de Dominique qui par le même occasion vient de perdre son pari avec moi. Il pensait que vu la taille de l'avion, il lui était impossible de se poser et qu'il ne faisait que passer au dessus d'Anaktuvuk pass.

Les habitants sont très actifs en ces mois d'été. Ils en profitent pour effectuer les travaux publics. Nous sommes d'ailleurs surpris par la quantité et la taille des engins de travaux (énormes caterpillar).

Anaktuvuk pass15 compte 364 habitants mais possède :

une clinique,
une caserne de pompier,
un hangar de maintenance des véhicules de travaux publiques,
une immense école,
un musée.

Nous arrivons prêt d'une maison sur laquelle un panneau d'information " Trekker information " couvert d'affiches. Nous y voyons un plan du village sur lequel sont répertoriés une dizaine de points stratégiques tels que :

la clinique,
la poste,
l'aéroport,
la " washeteria " (douche, WC, machine à laver le linge),
une épicerie
une épicerie, hôtel, cafétéria,
un musée
deux boutiques de souvenirs

Chaque commerce a ses heures d'ouverture propres. Pour la douche, nous devons attendre l'ouverture du bâtiment en début d'après-midi. Nous passons d'abord à la poste en bordure de piste d'atterrissage prendre des timbres. La dame est très accueillante et sympathique. En attendant, nous décidons de localiser le bâtiment de " Frontier flying service " de manière à s'assurer du vol du lendemain. Après un aller-retour le long de la piste d'atterrissage, toujours rien. Deux jeunes, avec sacs à dos, attendent au pied de la poste. Nous allons à leur rencontre et apprenons qu'ils attendent également un avion de Frontier et que le lieu de rendez-vous se trouve sur la piste. Nous décidons de faire de petites courses pour étoffer notre dîner (chili et petits gateaux). Nous montons ensuite sur une colline surplombant Anaktuvuk pass et grignotons nos barres de céréales et un paquets de cookies " ChipsAhoy ! ". Pendant cette pause frugale, nous voyons atterrir un avion de la Frontier et décidons de confirmer notre vol auprès du pilote. Nous y rencontrons également le correspondant de la Frontier "Steve " qui nous dit qu'il se charge de contacter la compagnie. Nous allons ensuite vers le bâtiment des douches. Nous y apprenons que les douches sont gratuites16. Après une bonne bouche, nous nous observons dans la glace. Notre barbe ayant poussée, nous avons de drôles d'impressions. Patrick ne s'attendait pas à en avoir une si blanche. Dominique ne s'attendait pas à en avoir une si fournie et je trouve que la mienne ne me va pas du tout.

Tout au long de la journée, les gens nous ont salués. Presque chaque maison possède une voiture, pourtant le village ne possède qu'une dizaine de routes et aucune d'elles ne sort de ce dernier. Devant chacune des maisons, on ne compte pas les quads, les motos, les véhicules amphibies, les peaux de bêtes et les trophées de Caribous et Mooses.

Ce qui nous a le plus étonné, c'est la circulation d'un bus dans le village. Ce dernier tourne toute la journée et il suffit de lui faire signe pour qu'il s'arrête. Pendant tout le temps où nous sommes restés dans le village, il n'y avait pas plus d'un passager.

Nous remontons à la tente et y prenons un thé avec des cookies.

La présence du soleil nous fait presque croire que nous sommes sur la cote d'azur :

température à l'abris : 21°C

température au soleil : 31°C

température sous nuage : 18°C

La préparation du dîner a été avancée à 6h30 car nous avons prévu de faire du chili en plus, ce qui augmente les temps de cuisson. Le ciel est de plus en plus bleu. Un léger vent du Nord fait du ménage au niveau des nuages.

Le dîner (chili) a été très copieux, nous n'avons plus l'habitude de manger autant. Le soleil nous permet de rester dehors pour lire. Je décide de passer la nuit dehors. En effet depuis quelques jours je cherche le moment opportun pour passer une nuit à la belle étoile même s'il ne fait jamais nuit. Le ciel étant dégagé et le baromètre au beau fixe me décide. Je m’installe à coté de la tente.

Jeudi 17 août

Le réveil a été plus tôt que prévu, 6h00. Il fait un temps superbe, pas un nuage en vue. Il n’a pas fait totalement nuit, mais la luminosité a très fortement baissé. Les 24 heures de lumières sont de l’histoire ancienne. La nuit a été très fraîche (-3°C). Patrick n'a quasiment pas dormi de la nuit à cause du froid, Dominique a eu froid mais pas plus que d'habitude. Mon sac de couchage est recouvert d'une fine pellicule de glace, mais il prétend avoir très bien dormi. Le petit déjeuner est très copieux, nous finissons en effet les céréales, le lait en poudre et le chocolat.

Nous arrivons sur la piste d'atterrissage vers 9h15. Le bus a déjà entamé sa ronde infernale dans Anaktuvuk pass down town. Steve, le correspondant de Frontier flying service, nous annonce que l'avion ne partira pas avant 10h45.

Nous décollons vers 11h pour 1h30 de vol vers Fairbanks. Nous survolons la chaîne de Brooks. Les paysages sont magnifiques. Nous passons ensuite eu dessus de la forêt boréale et voyons également les immenses méandres de la Koyukuk river.

A l’aéroport de Fairbanks, nous voyons une multitude d’hydravions amarrés au bord d’une pièce d’eau. Nous passons également devant le parking d’avions personnels tous "stationnés" en épis.

Vendredi 18 août

La " nuit " dans l'aéroport a été courte et le sommeil très léger (réveil vers 5h00). J’en ai profité pour écrire quelques lettres, Patrick pour lire à nouveau " Bien enchérir en défense " et c'est finalement Dominique qui a le plus dormi.

L'enregistrement auprès de la Delta Air Lines se fait très rapidement. Nous y faisons la dernière pesée des sacs.