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Expédition 2008 : descente du Mackenzie en solitaire en canoë

Territoires du Nord-Ouest - CANADA
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par Christian Roux

Quelques photos
Inuvik (29 juin)
Tsiigehchic (25 juin)
Fort Good Hope sous la pluie ! (19 juin)
Norman Wells t son New York steak... (14 juin)
Fort Norman (11 juin)
Bien au fond de la combinaison sèche
Des montagnes de glace
Le grand départ
Présentation du projet
La carte du parcours
La mise en place

Présentation du projet

Le fleuve Mackenzie ou Deh Cho en langue des Indiens Slavey, prend sa source dans le Grand lac des Esclaves et coule vers le Nord pour se terminer par un gigantesque delta marécageux qui est sans nul doute une des merveilles naturelles du monde. Ce delta abrite de nombreux oiseaux migrateurs et est un site de mise bas des belugas. La course du fleuve se termine dans la mer de Beaufort. Sa longueur totale dépasse les 1700 km, ce qui en fait le plus long fleuve du Canada. Le fleuve Yukon avec ses 3000 km est certes plus long, mais coule en partie au Canada et en partie en Alaska (USA).
Le fleuve est navigable approximativement cinq mois par an. Il est gelé d'octobre à mai. Durant les mois d'hiver, certaines portions sont utilisées comme routes de glace. Il a été nommé en l'honneur de Sir Alexander Mackenzie, qui a voyagé sur le fleuve alors qu'il tentait d'atteindre... l'océan Pacifique.
L'idée de descendre le fleuve Mackenzie m'est venue au retour de ma descente du Yukon en 2007. Par goût, je préfère les rivières étroites et sinueuses, mais avec le Yukon j'ai découvert la fascination qu'il peut y avoir devant l'immensité de ces routes liquides, chargées d histoire, qui atteignent plusieurs km de large. Il y a quelques villages le long de la route, en grande majorité Indiennes, à l’exception de Norman Wells qui est devenu un centre de recherche et d exploitation de gaz.

J’avais prévu de débuter mon périple à Fort Providence, tout près du grand lac des Esclaves, mais contrairement aux renseignements obtenus par email, à distance, l'accès s'est avère très problématique et pour le moins onéreux. J'ai donc décidé de débuter ma descente à Fort Simpson, situé légèrement en aval et qui dispose d'un accès aérien direct depuis Whitehorse. Je serai sur place vendredi 30 mai et la descente proprement dite débuter le samedi dans la journée ou dimanche matin.

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Christian ROUX

La carte

fleuve Mackenzie

La mise en place

Jeudi 22 mai - Vol d’Europe à Whitehorse. Comme d'habitude la route est très nord, mais malheureusement nous n’avons aucune visibilité lors du survol du Groenland, Baffin et les îles de l'archipel arctique Canadien. La vue se dégage en arrivant sur les terres, on voit très bien tous les lacs gelés et encore de la neige sur certaines zones de terre. Nous survolons ce qui sans nul doute est le Mackenzie, probablement quelque part entre le grand lac de l'ours et Arctic Red River. Sur la moitié de la largeur de la rivière un immense ruban de blocs de glace descend en rangs serrés. J'espère que ce n'est pas pareil en amont de la rivière !

Samedi 24 mai - Je suis allé a Greyhound pour confirmer les renseignements obtenus par mail sur l'accès à Fort Providence. Ils étaient parfaitement faux ! Greyhound ne va même pas à Fort Providence... Il faut aller a Hay river et de là, prendre une autre compagnie pour atteindre Fort Providence. Ils sont incapables de me donner un horaire ou un tarif car cette autre compagnie est basée dans les territoires du nord-ouest. Il va falloir trouver une autre solution.

Lundi 26 mai - Temps occupé à faire des courses un peu partout à Whitehorse pour remplacer le matériel hors d'usage à la fin de l'été passé. Les choses auraient été plus simples, mais les amis de Whitehorse qui devaient m'aider avec leur pick-up ne sont pas disponibles en raison d'un problème qui les appelle a l'extérieur du Yukon. Tentative de monter le kayak qui m'attendait sur place... Il manque le manuel d'assemblage... Malgré plusieurs aides, pas moyen d'y arriver avec toutes ces petites pièces à assembler dans un certain ordre.

Mardi 27 mai - J'ai trouvé le manuel sur Internet. Le montage est fait et est très simple lorsque l'on sait dans quel ordre faire l'assemblage. Demain je vais descendre le Yukon de Whitehorse à la Takhini river pour vérifier que tout est correct. L'accès à Fort Providence est vraiment problématique et  trop coûteux en avion car il faut passer par Yellowknife. J'ai pris mon billet pour vendredi de Whitehorse à Fort Simpson qui se trouve légèrement en aval et dispose en plus d'une grande épicerie qui me permettra d'acheter la nourriture sur place car je suis déjà très largement en excèdent de bagage.

Mercredi 28 mai - La descente de test du kayak s'est parfaitement déroulée. Le temps venteux m'a permis de bien voir son comportement qui est excellent à première vue. Il est très stable et facile à tenir, même sans le safran. Rencontre très inattendue sur ce morceau de rivière proche de la ville, un bel ours noir. Alors que j'avais le nez baissé dans le kayak, imaginant comment organiser le matériel, en me laissant dériver près du bord, je relève le nez et me trouve à quelques mètres d'un beau "black bear", pas du tout effarouché. Comme de, bien entendu, mon appareil photo est au fin fond du kayak, pas moyen de le sortir sans aborder. Il n'est certes pas agressif, mais de là, à aborder... Il s'assoit dans l'herbe et me regarde. Au bout de quelques minutes, je suis le premier à me lasser et reprend ma route.

Vendredi 30 mai - Vol Whitehorse-Fort Simpson par mauvais temps. L’aéroport de Fort Simpson est situé a 20 km du village, mais Duncan le propriétaire du Bed and Breakfast que j'ai réservé par Internet vient me chercher. Il m'organise un "City tour" avec son pick-up. C'est un petit village très paisible et très propre, Demain samedi, je fais les courses de nourriture et le départ devrait être pour dimanche sauf circonstances météo trop pénibles. La rivière ne transporte plus aucun bloc de glace.

2 juin - Le grand départ

Ça y est, c'est le grand jour. Mon principal problème est l'organisation. En effet, l'année dernière, je connaissais les dimensions de mon Nautiraid et c'était contact devenu facile de charger le kayak car je le connaissais dans les moindre recoins. Cette année, c'est différent, j'ai un nouveau kayak. Le chargé est différent. Je vais devoir m'adapter. C'est finalement l'heure du départ. Il y a beaucoup de vent mais il est dans le bon sens. Je file et établi mon premier campement sur une île, perdu au milieu d'un fleuve de près de 3 km de large.

Des montagnes de glace

3 juin - Le vent est très fort. Étant perdu au milieu de cet énorme fleuve, je ne peux m'élancer. Les vagues sont vraiment trop importantes et la première rive est à prés de 1,5 km! Trop dangereux de partir. Je passe donc la journée sur mon île.
4 juin - Il y a toujours un fort vent arrière mais je peux néanmoins partir. La chaîne de montagne que je longe est magnifique. J'établis mon campement en face de l'affluent Nahanni.
5 juin - La rivière se dirige vers le nord et le vent est à présent de face. Le temps est très variable avec alternance de "mer d'huile" et de forts vents thermiques qui descendent des montagnes. Et pour terminer en beauté, en fin de journée, j'ai même droit à quelque gouttes de pluie. Depuis le dépuis, ce qui m'impressionne le plus, ce sont ces amas de glace le long des rives. Ces amas, de près de 2,50 mètres de haut en continue le long de la rivière, sont le fruit de la déblacle. Qu'est ce que cela doit être impressionnant de se trouver la dedanslors de la débâcle...

Bien au fond de la combinaison sèche

8 juin - Les journées se suivent et ne se ressemblent pas du tout. Il m'est même arrivé de ne faire que 20 km dans la journée à cause du ven défavorable. Me voila maintenant à 100 km en aval de Wrigley. Les paysages sont magnifiques mais la faune est quasi inexistante. J'ai du "me faire" une ligne droit de 100 km. Autant vous dire que j'ai mis 2 jours pour la faire. Tout au long de cette ligne droite, les montagnes de glaces sur près de 3 mètres de haut sont présentes. Il est donc très difficile de trouver des endroits libre de glace pour monter le campement.
Le peu de vent vient du nord. Il est donc assez froid. Je suis contraint de rester dans ma combinaison sèche alors que l'année dernière, à pareil époque, je souffrais de la canucule dans les flats du Yukon.

Fort Norman

11 juin - Question météo, les journées se suivent et se ressemblent : temps bizarre avec alternance de chaud et de froid avec de la pluie.
Les lignes droites sont toujours interminable et sont couvertes de glace sur près de 3 mètres.
20 km avant Fort Norman, il y a d'étranges fumées blanchatres qui s'échapent de la colline. Il s'agit d'un phénomène assez courant dans la région. C'est de l'autocombustion d'une sorte de charbon.
Coté faune, c'est toujours le calme plat.

Norman Wells

Samedi 14 juin - Je suis arrivé dans la nuit de jeudi à vendredi à Norman Wells au terme d'une étape de 80 km depuis fort Norman (Tulita). Je m'attendais à une étape plutôt facile malgré un kilométrage conséquent. Le temps en a décidé autrement, le vent s'est levé et le phénomène déjà rencontre a plusieurs reprises dans la partie basse du Yukon l'an passé est ici encore plus marque en raison de la taille du fleuve et de la force du courant. Le vent soufflant à contre-courant produit très vite de grosses vagues anarchiques et moutonnantes. Pas question de prendre le risque de s'y frotter durablement avec un petit kayak. Il faut donc longer la cote, là où il n'y a pas de courant, voire du contre-courant. Il m'a fallu 13 longues heures pour faire les 80 km, dopé par la perspective d'un éventuel New York steak gargantuesque. Je suis arrivé à Norman Wells un peu avant minuit et j'ai campé quelques kilomètres en amont du village, sur un petit morceau de sable accueillant. De new York steak point donc pour ce jour-là... Finalement corned-beef ce n'est pas si mal quand on a la dalle ! La rivière fait ici environ 3,5km de large.
Vendredi matin, je fais les derniers kilomètres jusqu’à cette petite ville (moins de 1000 habitants) qui est essentiellement un centre logistique pour la recherche et l'exploitation minière, gazière et pétrolière. L'ambiance y est assez différente des autres villages, on voit que les gens sont là pour bosser et faire de l'argent mais ils sont vraiment sympas et serviables. Je n'ai jamais attendu plus de 5mn avant que quelqu'un ne s'arrête pour me prendre en stop. Il y a une banque, deux ou trois restos, une boutique Northern store bien fournie (mais pas bon marché).
J'ai rencontré un bateau à moteur, il y a deux jours, qui remontait la rivière et c'était un couple de Norman Wells qui se rendait a Fort Simpson et ils se sont arrêtés pour me demander si tout allait bien et si je ne manquais de rien. Ce soir samedi, je suis invite chez eux pour l'apéro et ensuite un BBQ chez des amis a eux. C'est vraiment sympa après ces jours sans voir personne. Il semblerait que je sois le premier à descendre la rivière en kayak-canoë cette année et il y aura davantage de trafic d'ici une semaine ou deux.
J'ai essayé de savoir si oui ou non les rapides étaient dangereux et tout le monde dit qu'ils sont faciles à condition de prendre la bonne trajectoire. Le truc c'est que certains me disent de passer à droite et d'autres surtout pas, mais de passer à gauche ! Todd et Tania viennent de me proposer de me les faire passer avec leur bateau à moteur et je pense que je vais accepter leur proposition car ces divergences d'opinion sur la voie à suivre sont un peu inquiétantes pour un lonesome kayakiste. Alors tant pis pour le purisme, j'opte pour la sécurité. Je vais ensuite remonter mon kayak (qui est démonté actuellement pour faciliter le transport) et repartir direction Arctic Red River puis Inuvik.

Fort Good Hope sous la pluie

Je viens d'arrivée à Fort Good Hope et comme son nom ne l'indique pas, c'était sous la pluie... A cause de ce temps, la journée a été courte.
20 juin : très belle journée et 80 km avec des températures au dessus de 20°C ! (plus chaud parfois que chez vous en France ;-)
A présent il n'y a plus du tout de glace sur les rives et ce, depuis la fin du canyon. Ce goulet d'étranglement doit être quelque chose à voir lors de la débacle car c'est lui qui retenait toutes ces glaces sur qq centaines de kilomètres. D'ailleurs, les rives ne sont plus du tout abimées par les débacles et sont très jolies.

Tsiigehchic

Je suis arrivé a Tsiigehtchic (Arctic Red River) hier après midi mardi vers 16h (24 juin). J'ai eu une série de jours vraiment superbes, pas un nuage, à peine une légère brise et un temps très très chaud. Je trempe ma casquette dans l'eau à intervalle régulier pour me rafraîchir un peu.
Depui Fort Good Hope, ce tronçon du Mackenzie est très beau mais épuisant "dans la tête" car les courbes et les lignes droites ne finissent jamais. La rivière est la plupart du temps bordée d'une ligne continue de collines (en fait le creusement de la rivière au fil du temps).
Une anecdote : à la sortie d'une courbe, j'ai eu un moment d'une sorte de vertige car je ne comprenais pas ce que je voyais. Devant moi une immense étendue d'eau avec au fond l'impression de voir la mer et un énorme vague bleu écumant de blanc au sommet, style "tsunami"... Bien entendu ce ne pouvait être ça et il a fallu une dizaine de secondes pour que mes yeux et mon cerveau s'adaptent et que je comprenne que ce que je voyais à l'horizon, c'était l'extérieur de la courbe suivante avec paraissant bleues du fait de la distance, la chaîne de collines en bordure de rivière !
Je pense rester me reposer un peu a Tsiigehtchic et repartir vendredi pour le dernier tronçon jusqu’à Inuvik.

Inuvik

Vendredi 27 juin - Comme prévu, je suis parti de Tsiigehtchic vendredi mais un plus tard que prévu car je craignais que ce ne soit venteux hors de l'abri du canyon de Tchigehtchic (appelle little Rampart et qui sans être aussi beau que celui de Fort Good Hope est quand même très spectaculaire). En plus, j'étais invité pour le déjeuner chez une des deux auteurs du petit fascicule sur l'usage des plantes par les Gwitch'in, une occasion à ne pas manquer.
Départ vers 15h donc, et après les quelques kilomètres de la fin du canyon, je retrouve ce fleuve énorme, qui ressemble plus à la mer qu'à une rivière. Je longe (à 1km !) une grande île qui semble être une succession de plages aussi accueillantes les unes que les autres pour installer son camp. Je résiste néanmoins à la tentation, pour atteindre mon objectif qui est d'entamer aujourd'hui le "channel" Est du Mackenzie qui va me mener a Inuvik. Arrêt à 22 heures sur un petit banc de sable, à environ 2 km après le début du bras Est. Je partage ce banc de sable avec une sterne arctique, qui n'apprécie pas vraiment ma présence.. En effet, elle a son nid. Elle vient périodiquement attaquer en piqué, en criant comme une enragée, ce à quoi je réponds en général "ta gueule" ou quelque chose dans ce genre. Je fais néanmoins très attention de ne pas m'approcher pour éviter de la déranger au point où elle abandonnerait sa couvée.
Le lendemain, plus de problème, elle couve sans s'occuper de moi, mais... je m'en vais.

Samedi 28 juin - C'est un vrai bonheur de descendre le petit bras Est ! (Enfin il est quand même comme le Rhône à Lyon), tout y reprend des dimensions "humaines", en quelques coups de pagaie appuyés on change de rive, lesquelles rives ont des dimensions raisonnables, les courbes et les lignes droites... on en voit la fin. Bref un vrai bonheur ! Seul bémol, un courant quasi inexistant. Il faut faire attention à toujours bien rester sur le "channel" "est" et ne pas s'aventurer dans un bras secondaire ou bien une impasse ! Le courant n'aide pas vraiment à la décision. Il ne faut pas prendre un des bras secondaire qui retourne sur le "main channel", auquel cas, c'est l'autoroute direction la mer de beaufort sans sortie possible.
Les rives sont très humides, souvent bordées par des herbes aquatiques que les orignaux fréquentent souvent si j'en crois les traces tout au moins car je n'en vois pas un seul. Je fais une tentative pour établir mon camp en arrière de cette zone herbeuse, sur du sable, entouré de petits  feuillus. Un cauchemar de moustiques ! Je suis descendu innocemment en t-shirt, je ne vous dis pas le nombre de piqûres rien que le temps de battre en retraite vers mon kayak ! À 19h je trouve finalement un grand banc de sable, bien venté, où j'établis mon camp.

Dimanche 29 juin - Toujours aussi peu de courant mais petit à petit les kilomètres défillent et Inuvik se rapproche. Il y a du reste, il y a de plus en plus de cabanes, qui méritent parfois plus le terme de résidence secondaire que de cabane.
A 17h 30 arrivée à Inuvik. Les derniers kilomètres m'ont semblé interminables !
Le kayak est maintenant démonté, le matériel range dans deux grands sacs, un taxi appelle et LA récompense arrive : UNE DOUCHE CHAUDE SANS MOUSTIQUE !

Quelques photos

départ sur le Mackenzie
3 vaches à eau pour boire de l'eau et non de la boue.
(cf. l'année dernière)
départ sur le Mackenzie
les montagnes de la Nahanni
 
départ sur le Mackenzie
Les vagues ne sont dues qu'au vent.
Il est préférable de rester au bord, voire de remettre au lendemain.
départ sur le Mackenzie
Parfois, les campements ne sont pas très spacieux.
 
départ sur le Mackenzie
Ces falaises ne sont autres que des murs de glace couverts de boue !
Impossible de débarquer.
départ sur le Mackenzie
Pour donner une échelle à ces murs de glaces,
voici un arbre de plus de 15 mètres de long !
départ sur le Mackenzie
Le canyon Rampart.
Après.. il n'y a plus de glace.
départ sur le Mackenzie
une courbe sur le Mackenzie !
ATTENTION, c'est un virage à angle droit.... sur qq dizaines de kilomètres !