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le récit

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(récit de Catherine)
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Un
twin otter permet de rejoindre l’île de Banks en vol régulier
deux fois par semaine. Nous avons donc quitté Inuvik pour Sachs
Harbour le jeudi à 13heures, par une température de 5°C. Le
temps est ensoleillé. Nous ne sommes que tous les quatre dans
cet avion que nous venons de charger de nos sacs à dos, à
raison de deux par personne. Nous sommes très excités et
avons préparé nos appareils photo… C’est fabuleux, le ciel
dégagé permet d’apprécier le paysage du Nord Canada,
paysage vierge de toute vie humaine, parsemé de nombreux lacs
gelés. Puis, apparaît la banquise. Ces immenses morceaux de
glace qui se fragmentent font entre un et trois mètres d’épaisseur.
C’est la banquise, assez chaotique, laissant apparaître ses
eaux libres, qui s’offre à nous. Soudain, la côte apparaît…c’est
l’île de Banks, sauvage, légèrement vallonnée, aux
couleurs de terre fauve et de neige. Nous sommes assez secoués
à l’atterrissage sur un sol de terre battue. A la descente de
l’avion, nous sommes saisis par un froid sec, nous nous hâtons
de récupérer nos sacs et le pilote remet au personnel de l’aéroport
quelques caisses de victuailles pour les habitants du village (œufs,
pain longue conservation…). Nous sommes autorisés à monter
dans la salle de contrôle tenue par un jeune Inuvialuk pour
remplir nos gourdes d’eau et en profitons pour lui demander
des renseignements sur les endroits où nous pourrons observer
une faune intéressante… Il est très heureux de nous montrer
dans sa lunette un troupeau de bœufs musqués qui se trouve
environ à cinq kilomètres, le long d’une rivière. La neige
est encore omniprésente, la saison ayant une quinzaine de jours
de retard.
Le
village est situé environ à deux cents mètres en contrebas,
et chargés de nos sacs, nous nous y rendons. Dès les premiers
pas, nous nous rendons compte de la nature très spongieuse du
terrain et nous enfonçons dans les premiers névés. Les
Inuvialiut nous réservent un accueil étonné mais très
chaleureux. Nous sommes les premiers européens à vouloir
fouler leur terre et ils ne sont pas vraiment au courant des
formalités administratives. Nous avons installé notre premier
camp près du village car nous avons dû attendre le lendemain
pour pouvoir signer l’autorisation d’effectuer notre raid de
deux semaines.
De
Sachs Harbour, nous avons décidé de longer jusqu’aux premières
falaises la côte Ouest qui jouxte la mer de Beaufort, avant
d’entrer dans les terres, longer la rivière, la traverser,
longer les collines et faire ainsi une boucle d’une quinzaine
de jours de marche à la découverte de la faune et de la flore
d’une partie représentative de cette île de l’archipel du
haut arctique canadien.
La
température annuelle moyenne est d’environ –14°C avec une
moyenne en juillet de +6°C et en août de +1°C et une moyenne
hivernale de –30°C. La plaine côtière est formée de sable,
de graviers et de galets. Elle se caractérise par un relief
vallonné très peu élevé. Les précipitations annuelles
varient autour de 150 millimètres. Les terres sont très
humides, les rivières très larges et composées de nombreux
bras dans lesquelles se jettent beaucoup d’affluents.
Ce
matin, le ciel est bleu ; il n'y a pas de vent et la température
est d'environ -5°C. Les papiers sont en règle, nous pouvons
partir…Nous quittons alors le village sous le regard curieux
des Inuvialiut qui ne comprennent pas ce que nous venons faire
ici…(nous leur avons expliqué que nous venons faire un trek
de quinze jours pour découvrir l’île, sa faune et sa flore).
Nous sommes partis assez tard et avons avancé seulement de 5km,
dès que nous avons trouvé un point d'eau ; une bien
sympathique petite rivière. Nous plantons la tente et après un
bon repas, profitons de ces longues journées où jamais le
soleil ne descend derrière l'horizon pour faire une longue
promenade digestive. Nous avons déjà pu voir des saxifrages,
des pédiculaires laineuses pas encore en fleur. La nature
commence seulement à se réveiller… Sur le sol de couleur
fauve, nous distinguons un crâne de renard intact. De loin,
nous avons aperçu le sol fragmenté de grands polygones de
toundra. Ces grands polygones sont formés par les infiltrations
d’eau dans la mince couche de terre qui dégèle. Cette eau gèle,
soulève des mottes de terre couvertes de toundra qui se
fissurent au dégel. Le sol reste gelé en profondeur, ce qui
permet d'apercevoir la glace, sous l'eau, dans les fissures des
polygones. Le sol qui dégèle en surface, appelé pergélisol,
est mou sous les pas.
Le
lendemain, nous quittons le campement de bonne heure afin
d'avancer jusqu'aux falaises. Le temps au réveil est ensoleillé
et froid pour devenir de plus en plus couvert et laisser place
le soir à des chutes de neige. Nous sommes très chargés et
avançons difficilement sur les polygones de toundra. Les pieds
s'enfoncent dans la boue chaque fois que le polygone est démuni
de mousse. Nous avons pu observer un couple de gerfauts voler
au-dessus de nos têtes en haut de la falaise pour surveiller le
nid où nous avons pu compter quatre œufs. Puis, une première
difficulté s'offre à nous. Il nous faut enfiler les wader pour
passer la rivière à l'endroit où elle se jète dans la mer.
Nous en profitons pour faire photos et films. Le camp est
installé près des falaises, ce qui nous permet une longue
balade sur la plage…. Du haut de ces falaises, on peut
apercevoir des colonies de phoques, souvent par cinq, se reposer
sur la banquise. Les falaises sont très friables et laissent
ainsi peu de chance à la bonne accroche des nids. Nous sommes là,
sur le sable, tout près de la banquise. C'est fantastique ! Le
sable fin et humide laisse apparaître de nombreuses traces de
renards et de loups. Sur la falaise, des couches de bois
fossilisés sont facilement visibles. Il s’agit de bois issu
d’une forêt sub-tropicale qui remonte à plusieurs millions
d’année. Tandis que nous rejoignons notre camp, nous pouvons
suivre un passage d'eiders, puis de bernaches du Canada
au-dessus de la banquise.
Le
jour suivant, nous traversons un vaste plateau de toundra et
longeons la falaise. C'est très marécageux près des lacs que
nos contournons. Soudain au loin, nous entendons un bruit de
moteur. En peu de temps, deux inuvialiut, en quad s'approchent
de nous pour nous saluer et nous demander si tout allait bien.
Ils sont armés de fusils et se dirigent vers la banquise pour
chasser le phoque. La présence d'eiders à tête grise et à
duvet nous invite à poser nos sacs à dos pour une longue pose
photos. En effet, nous avons également remarqué un vol de
gerfaut au-dessus de la falaise et nous y dirigeons ensuite. Sur
la toundra il y a présence de nombreuses traces de bœufs musqués
et de leurs ossements. Nous plantons la tente ce soir là sur la
plage de sable gris à une dizaine de mètres de la banquise où
la lumière du soleil à travers les nuages offre un paysage
exceptionnel. Une langue de terre d'une quarantaine de mètres
s'avance dans la banquise sur plus de cinq kilomètres. Malgré
le froid de cette fin de journée, nous partons au milieu de ce
désert de glace, coupés par le froid mais combien émerveillés
par la beauté de la banquise déchiquetée. A plusieurs
reprises nous avons pensé que l'endroit, très riche en
phoques, était propice à la présence de l'ours…. Au retour
nous nous hâtons de rejoindre la tente pour se faire chauffer
une bonne soupe et préparer un bon plat lyophilisé.
Aujourd'hui, le plafond était très bas avec de très légères
apparitions du soleil dans la brume. Nous avons goûté au grésil
et sous la tente, la température était bien négative.
Le
réveil suivant s'est fait sous le grésil et le vent. La glace
colle à la toile de tente et glisse en plaques. Nous en
profitons pour rester sous la tente et c'est seulement vers midi
qu'apparaissent les éclaircies. En début d'après midi, nous
nous décidons à partir, après quelques dernières photos de
la banquise sous une lumière et des couleurs particulières.
Maintenant, nous quittons la banquise pour l'intérieur de l'île.
Nous entrons dans un véritable désert, une immense étendue
morne, sans vie, aux chaudes couleurs fauve. La progression y
est difficile et lente, tant les polygones sont imbibés d'eau.
Ce désert est semé de nombreux lacs encore gelés en partie
avec au loin les falaises partiellement couvertes de neige. Nous
avons pu y observer les oies des neiges en vol (très craintives
et difficile d'approche), des eiders à duvet, un labbe à
longue queue, des cygnes de toundra et deux grues. Nous décidons
d'installer le camp au cœur de ce superbe environnement mais
sur un terrain plutôt gras, les chaussures couvertes de boue,
mais tellement heureux ! Le vent souffle fort et fait chuter la
température à environ -10°C dû au refroidissement éolien.
Ce soir là, nous ne sommes pas ressortis après le repas pour
trouver bien vite la douceur du couchage.
La
nuit n'a pas été très réparatrice car nous avons eu froid et
le "matelas" était très bosselé et peu
confortable… Par contre, la progression ce matin est nettement
plus rapide. Le terrain est nettement plus herbeux avec de l'eau
stagnante. Cette journée est faste en observation. Les nombreux
lacs hébergent une multitude d'oiseaux : hareldes boréales,
grues, cygnes de toundra, eiders, oies des neiges, labbes. Nous
avons pu photographier un pluvier argenté, son nid abritant
trois œufs à même la toundra et un lagopède. Nous avons également
vu notre premier renard polaire dont le pelage hivernal était
encore bien présent mais il s'est sauvé bien trop rapidement
pour être photographié.
Nous
sommes surpris de rencontrer quelques chenilles noires très
poilues et quelques cocons très opaques ; un autre où par
transparence on aperçoit à l'intérieur la chenille en
transformation. Nous sommes émerveillés de constater la force
de la nature face aux conditions de vie, à la dureté du
climat. Le soir venu, après le repas, nous avons effectué
comme chaque jour notre balade digestive et avons vécu un grand
moment d'émotion… Les bœufs musqués, nos premiers bœufs
musqués aperçus à la jumelle ; trop loin, mais nous en avons
compté facilement une trentaine.
C'est
sous un beau ciel bleu et sans un souffle de vent que nous
faisons quelques clichés de carcasses de bœufs musqués, près
de nos tentes. Au moment de partir, nous avons la surprise de
voir un lemming variable sortir de son trou, juste à l'endroit
où nous avions planté notre tente. Nous avons dû l'empêcher
de vivre, lui qui à une vie si courte. En effet, le lemming à
une durée de vie de 12 mois seulement. Peu farouche, plutôt
intrépide, nous avons eu loisir à faire de nombreuses photos,
tous les quatre à plat ventre autour de lui, même avec un
objectif macro…La progression est toujours difficile ;
beaucoup de marécages, de polygones de toundra gorgés d'eau,
traversées de névés et d'une rivière. Nous avons eu le
loisir de voir courir un renard vêtu de son pelage blanc
hivernal. Sur cette île, le renard est chassé par l'homme et
est de ce fait peureux. Nous avons pu également observer au
cours de cette journée particulièrement belle, sans nuage :
des bernaches cravant, des eiders, des chouettes harfang, le
bruant lapon, un chevalier et son nid. Une fois repérés, les bœufs
musqués près de la rivière, nous avons planté le camp face
à un magnifique paysage : rivières, lacs, névés et en arrière
plan le lent déplacement des bœufs musqués.
Notre
excitation est au maximum ce matin. Nous avons pour objectif la
traversée de la rivière. Elle s'étend sur une dizaine de bras
coupés de marécages d'après la carte, (cartographiée dans
les années 50 par les Canadiens). Nous revêtons nos waders et
chaussons les sandales. Après avoir traversé les trois
premiers bras, dont un assez profond, nous avons cherché un
passage pour franchir le quatrième. Jean-Marc a fait une
tentative sans sac, mais le courant est fort et il a rapidement
de l'eau à la taille. Nous avons rebroussé chemin, décidé à
remonter le long de la rivière jusqu'à trouver un passage plus
facile. Après maintes tentatives couronnées d'échecs, nous
nous décidons à poser le camp afin de chercher un passage sans
portage pour le lendemain. Nous en avons profité pour
photographier le saxifrage œil de bouc, et la drave. Nous avons
suivi le vol d'oies, de grues et de cygnes. L'Eider, le lagopède
et l'Harelde boréale se sont laissés approcher, contrairement
à la chouette harfang que nous ne réussissons pas à prendre
en photo. Les bœufs musqués se rapprochent et nous avons fait
une première photo, encore trop loin malgré tout. Après un
camp sur une petite île entre les bras de rivière et un souper
copieux, nous partons à la recherche d'un passage.
Ce
matin nous décidons de partir pour un passage plus en amont, où
la vallée plus large doit nous offrir un débit de rivière
moins important. Nous remontons sur près de trois kilomètres,
dans des terres marécageuses longeant les bras de rivière.
Nous laissons sur le chemin les bois de caribous et cornes de bœufs
musqués ramassés les jours précédents afin de les reprendre
au retour. Nous tentons une nouvelle fois une traversée. Nous
sommes déçus, nous ne traverserons pas et décidons de
remonter encore la rivière. Les échecs se succèdent et avec
eux s'envole définitivement l'espoir d'approcher les bœufs
musqués et peut-être aussi les loups. Le moral est en baisse,
mais d'un commun accord nous reconnaissons combien il serait
imprudent de risquer un passage avec tout le matériel. Avant de
partir, nous avons pris au 600mm, avec doubleur le bœuf musqué
qui se trouvait de l'autre côté de la rivière. Nous
poursuivrons donc notre boucle, et qui sait peut-être
aurons-nous la chance de rencontrer un autre troupeau, plus
facile d'approche…Résignés, nous reprenons notre marche vers
le haut de la colline, en direction du lac indiqué sur la
carte, pour planter les tentes. Le camp, nous le montons en
hauteur d'un grand lac encore largement gelé, près d'un cours
d'eau et face à une surprenante dune de sable jaune. Le point
de vue est une nouvelle fois sublime. Le temps est toujours
ensoleillé et l'observation aussi riche, dont un passage d'une
trentaine d'oies des neiges.
La
décision du jour est chasse photo, dans l'autre vallée, vers
les lacs côtiers. Après quelques tentatives d'approches de
grues, et d'Eider avec succès sur le lac, nous partons. C'est
une étape difficile ; nous avons marché 5 heures pour
seulement une douzaine de kilomètres. Nous longeons une rivière
à fort débit, entourée d’un immense névé que nous avons dû
traverser à gué, revêtu de nos waders, à l’exception de
Jean Marc qui a décidé de traverser à pieds nus, y compris le
névé…. Il ne s’est pas plaint mais semblait souffrir, quoi
qu’il en dise, du froid ! Cet endroit est très beau et
nous avons pris quelques photos de paysages. Nous avons traversé
une toundra sur le plateau. Le terrain est très marécageux et
les polygones de toundra sont plus ou moins boueux ; mais
quelle récompense quand nous arrivons en haut de la
colline…nous découvrons un grand lac encore a moitié gelé
et en face, une immense dune de sable jaune. C’est surprenant,
très étonnant mais tellement beau que nous restons assis un
moment avant de décider de l’endroit où nous allons poser le
camp, ici ou plus près du lac. Nous décidons de descendre et
se rapprocher du lac. Nous campons en léger surplomb du lac, un
immense désert, face à la dune et non loin d’une rivière où
coule, au milieu de la glace, une eau très limpide. Au loin,
nous pouvons revoir la banquise, qui semble-t-il a bien fondu
depuis notre arrivée. Nous observons deux cygnes de toundra,
deux bécasseaux, des eiders et un passage d’oies. Nous
entendons couler la rivière ; il fait très beau et nous
tardons à nous coucher…
Le
camp est à demeure pour trois nuits ; il faut reposer les
organismes et il y a possibilité de faire des boucles autour.
Ce matin, nous décidons de partir pour la journée sur les
hauteurs du plateau qui nous surplombent. Il fait chaud. En haut
de la colline, deux lacs presque totalement gelés. L’un des
lacs étant plus élevé que l’autre, la traversée entre les
deux lacs est très humide du fait de la fonte de glace du lac
supérieur vers le lac en aval. Nous faisons notre pose déjeuner
au bord d’un lac sur lequel se trouvent trois hareldes qui
glissent sur le peu d’eau libre du lac gelé. Nous restons un
long moment à les observer et les photographier. Il semble
qu’il s’agisse de deux mâles qui se disputent une femelle ;
la scène est amusante. Du haut de la colline, nous apercevons
à nouveau des « points noirs » - des bœufs musqués
– qui semblent, à la jumelle, se trouver avant la partie
large et profonde de la rivière. Après concertation, il reste
une chance de les approcher et Laurent réussi à décider
Jean-Marc de partir très tôt le lendemain matin pour tenter
l’approche. A lecture de la carte, il faut faire environ 30 km
aller-retour dans des conditions de terrain difficiles,
polygones, marécages, rivières… sans la certitude que le
niveau des rivières soit franchissable. Nous redescendons donc
vers le lac près du camp et après un copieux repas, nous
faisons notre promenade digestive en direction de la dune, le
long de la rivière. Ici, les saules rampants sont plus hauts du
fait d’un ensoleillement plus important et qu’ils soient à
l’abri du vent. Le soir, le soleil, descend légèrement, les
couleurs sont moins saturées et c’est le moment favori pour
faire des photos de paysage ; les couleurs des collines
sont plus fauves.
Avant
de rejoindre la tente, nous avons eu loisir d’approcher un
couple d’eiders à duvet.
Il
fait encore très beau, même chaud pour la latitude où nous
nous trouvons. Il est sept heures quand nous sommes prêts à
partir. C’est la grande excitation…peut-être les bœufs
musqués au rendez-vous ! ! Il faut compter quatre
heures pour y arriver. Le soleil présent depuis plusieurs jours
rend le terrain moins boueux et la progression est moins
difficile que prévu. Après avoir traversé une grande zone de
polygones, nous arrivons sur une zone herbeuse. Vérification
aux jumelles : les bœufs musqués n’ont pas bougé…ils
sont toujours au même endroit. Les premiers bœufs rencontrés
sont installés sur la neige. Ils ont besoin de froid avec ce
soleil ardent qui chauffe leur fourrure. Enfin, à quelques
centaines de mètres, la rencontre. Deux bœufs sont couchés en
train de ruminer ; deux mâles imposants… L’émotion
est à son comble lorsque ces deux masses se lèvent ensemble.
Le cœur palpite… Nous approchons avec méfiance. Les premières
photos sont dans la « boîte » à une centaine de mètres
de distance. Un des bœufs semple plus irrité ; il
commence à frotter ses pattes sur ses glandes prêts des yeux,
ce qui nous oblige incontestablement à reculer à une distance
plus raisonnable. Nous décidons de repartir vers la rivière.
Nous nous tenons à une distance correcte d’environ deux cent
cinquante mètres du troupeau pour prendre notre repas et les
observer. L’approche commence. J’enfile mon wader pour
franchir le premier bras de la rivière. Les animaux pour
l’instant ne s’en inquiètent pas. Nous enchaînons photos
sur photos. Nous décidons de passer le bras suivant mais là,
les males semblent inquiets. Je continue à « mitrailler ».
Je comprends alors que la présence d’un petit dans le groupe
les rend plus excités. Les mâles commencent à se regrouper en
demi-cercle, têtes tournées vers nous. La femelle et son petit
se dirigent à l’arrière. La scène est forte,
extraordinaire. L’émotion est très forte. Nous nous hâtons
de terminer nos pellicules et prudemment, rebroussons chemin.
Notre joie est intense, même si avec le recul nous pensons
avoir « jouer avec le feu ». La barrière à nouveau
constituée par la rivière nous a incités à être plus téméraire.
Une fois revenus à notre point d’observation initial, les bœufs
musqués ne se soucient plus de nous et retrouvent leur quiétude.
Il
est l’heure de retrouver le camp. Trois heures et demi de
marche nous attendent…. Nous ne cessons de partager nos sentiments et émotions tout
au long du chemin. Cette journée a été la plus chaude, pas un
nuage. Le soir, nous sommes retournés le long de la rivière.
Nous avons vu de nombreuses traces de loups et de renards.
Ce
matin nous sommes réveillés par un vent assez fort qui secoue
la tente. Après une sortie rapide pour aller chercher l’eau nécessaire
au petit déjeuner, nous enchaînons jusqu’au déjeuner avant
de pouvoir mettre le nez dehors. Nous sommes alors partis sous
un ciel sans nuage pour faire le tour des lacs côtiers. Le but
était de faire principalement des photos de fleurs. Nous avons
également vu un bœuf musqué fraîchement mort, en état de décomposition.
Dans l’eau des lacs, il y a présence de nombreux petits
poissons. Nous faisons également quelques photos de reflets de
glace dans l’eau du lac. C’est le dernier soir avant le
retour pour une nuit près de Sachs Harbour et nous retournons
faire des dernières photos de Cassiope tétragone et récupérer
les bois de caribou que nous avons repérés.
La
nuit a été très mouvementée. A deux heures, nous avons été
réveillé par une tempête avec des bourrasques que nous avons
estimées à plus de soixante dix kilomètres heure. La tente
est secouée dans tous les sens et l'espace vital réduit par
l’affaissement de la toile. Le pire s’est produit à sept
heures quand j’ai été obligée de sortir pour un besoin
pressant…. Lorsque j’ai ouvert la fermeture éclair, le vent
et un nuage de sable, (comme nous étions sur une dune), se sont
engouffrés dans la tente et là, nous n’étions plus maître….
J’ai dû rester à l’extérieur en tirant à deux mains sur
les arceaux… Jean-Marc et Robert sont venus au bout d’un
certain temps à notre secours (le bruit du vent les empêchait
d’attendre nos appels au secours ! !!). Nous n’étions
pas de trop à quatre pour maîtriser la toile. Laurent, pour
maintenir la tente et éviter que celle-ci s’envole une fois
les arceaux retirés, est resté dans l’intérieur tout le
temps du démontage… ce démontage mémorable a valu une légère
déchirure et un arceau alu tordu, sans compter le plaisir de
Jean-Marc à prendre quelques photos de cette situation périlleuse…
Heureusement que ce n’est pas arrivé en début de trek. Tant
bien que mal, la tente est pliée et rangée à la hâte dans le
sac et c’est sous cette tempête de sable qui ne semble pas décidée
à se calmer que nous partons. Le vent nous cingle. Une chance,
nous l’avons dans le dos mais sa force fait déporter notre
sac à dos et nous avons peine à marcher droit…. Le ciel est
tout bleu. Nous n’avons pas déjeuné mais seulement avaler du
lait en poudre délayer avec difficulté dans de l’eau froide
et des céréales. Pourtant, quinze kilomètres environ nous séparent
de Sachs Harbour et nous aimerions y être pour camper ce soir
après ce village Inuvialiut, à l’endroit de notre premier
camp de départ afin de voir l’évolution de la flore depuis
notre arrivée et voir si la neige et la banquise ont fondu.
Demain, c’est l’avion vers 14 heures pour le retour. A
mi-chemin, la tempête est derrière nous et quand nous nous
retournons, nous pouvons voir un paysage complètement obstrué
par un nuage de sable. Arrivés à Sachs Harbour, nous faisons
une petite pause barres de céréales. Des enfants sont venus
nous voir et nous ont posé des questions : comment on
s’appelle, d’où on vient…. , les visages rayonnants. Nous
avons, comme prévu, poursuivi notre chemin sur quelques kilomètres
afin de poser notre camp à l’endroit du jour « 1 ».
Ce
matin, c’est un drôle de sentiment qui nous envahi. Nous
sommes tellement tristes de devoir partir et quitter cette île
si mystérieuse et si sauvage. Nous sommes en admiration devant
les habitants qui vivent dans de telles conditions, où la pêche,
la chasse ; même s’ils sont maintenant motorisés,
restent leur principale activité. La faune très craintive et
la flore, de petite taille et aux couleurs très éclatantes
sont très fascinantes. Les paysages désertiques à perte de
vue sont diversifiés. Nous avons pu bénéficier des avantages
de cette période de l’année où le jour est permanent et
permet de vivre au gré du temps sans avoir à se soucier du
risque d’être pris par la nuit….Comme les hivers où les
températures descendent à environ –40 et où la nuit est
permanente doivent être difficiles à vivre !
L’heure
est venue de mettre nos sacs dans l’avion et d’y prendre
place. Nous survolons la banquise qui a diminué de volume
depuis notre arrivée et regardons l’île de Banks s’éloigner
puis disparaître de nos yeux…..
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