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Octave Pavy : l'histoire tragique d'un explorateur oublié

En 1881, le docteur français Octave Pavy embarque à bord du Protée, un navire à vapeur équipé pour la navigation parmi les glaces, et intègre l'expédition américaine commandée par le lieutenant Greely. Cette expédition a pour but de réaliser des recherches scientifiques sur le monde arctique, de cartographier la terre d'Ellesmere encore inconnue et de trouver une voie pour conquérir le Pôle Nord géographique. L'expédition établit un camp de base appelé Fort Conger, à 82° de latitude. En 1882, le bateau ravitailleur ne parvient pas à Fort Conger car les glaces lui interdisent le passage.
L'année suivante, en 1883, le second bateau ravitailleur n'arrive toujours pas, et le lieutenant Greely décide d'abandonner le camp pour partir à la rencontre du navire et d'un hypothétique dépôt de nourriture… Cette décision aura pour conséquence d'entraîner 18 des 25 membres de l'expédition dans la mort, dont le docteur Pavy, qui s'était toujours opposé au totalitarisme du Commandant, et dont on ne retrouvera mystérieusement ni le corps, ni les journaux privés…

Octave Pary - Bibliographie

Hydrographe et navigateur, Gustave Lambert revient du Détroit de Béhring où il a tenté de rejoindre ce qu'il imagine être la mer libre du pôle. Pour Octave Pavy qui assistait à l'une de ses conférences, c'est le coup de foudre. Le jeune homme fait un sort à ses aventures mondaines, il abandonne ses études de médecine dans le but, selon ses propres termes, " d'affirmer enfin aux extrémités mêmes du monde la puissance et l'énergie de l'homme ", et de permettre ainsi à la France de damer le pion aux Britanniques et aux Américains dans la course au pôle. Octave, " doué d'une imagination facile à s'enthousiasmer, écrit un de ses amis, rêva de grandes entreprises, de voyages, de découvertes.". Le pôle nord devient son idée fixe. Comme l'aiguille aimantée de la boussole, jusqu'à la mort il lui restera fidèle.
Après la guerre franco-prussienne, Octave Pavy file aux État-Unis où il pense avoir de meilleures chances de financer, au départ de San Francisco, l'" Expédition Pavy au pôle Nord ". L'académie des sciences de la Nouvelle-Orléans le présente comme " un homme de culture littéraire et scientifique distinguée, d'une belle audace et d'une grande valeur personnelle " on le dit " taillé dans le roc, avec une connaissance de la navigation obtenue en haute mer et un zèle que les rigueurs de l'Arctique ne sauraient entamer ". Plusieurs sociétés de géographie le soutiennent. Or, la veille du départ, le dépositaire des fonds se brûle la cervelle.
Pavy est ruiné. Pour gagner sa vie, il donne des leçons de français puis devient pêcheur. Malmené par le sort, il garde un silence obstiné, jusqu'au jour où un pasteur l'aide à reprendre ses études de médecine. " Depuis quelque temps je tiens ma veine, écrit-il à son frère, et, si elle continue, je pourrai réaliser ce projet de dix ans d'incubation que les heures les plus noires (Dieu sait si j'en ai eues !) n'ont su déraciner. "
L'homme est plus que jamais déterminé à inscrire son nom dans le grand livre de l'histoire. Il connaît tout de l'exploration polaire et suit de très près les expéditions en cours. On lui propose d'accompagner une expédition pour le Groenland où il décide de rester. Durant un an Octave Pavy va donc étudier la faune, la flore, et partager la vie quotidienne des esquimaux dont il apprendra la langue.
C'est à Disko qu'il intègrera, en tant que chirurgien, la mission commandée par le lieutenant Greely. L'occasion est pour lui inespérée d'approcher l'océan glacial arctique et de vérifier sa thèse d'une mer libre de glaces. La cabane de Fort Conger qui sera construite à l'extrémité nord de la Terre d'Ellesmere, deviendra le camp de base idéal de ses futures tentatives pour atteindre le pôle. L'Histoire le placerait-il enfin face à son destin ?

Non, son destin ne s'accomplira pas. Octave Pavy périra dans des circonstances absurdes et effroyables, oublié de tous. Témoin gênant d'une histoire dominée par le mensonge, on le prétendra suicidé, son corps sera jeté à la mer et les trois classeurs qui rassemblaient ses notes personnelles seront portés disparus. Seul demeure son rêve, son rêve fou dont nous nous sentons aujourd'hui encore les héritiers. Ce que l'injustice et la mort lui a empêché de réaliser, nous le lui apporterons. Nous ne voulons pas atteindre le pôle, mais réparer une blessure de l'histoire par le résultat de trois mois d'efforts dans des conditions souvent extrêmes, et conjurer l'oubli. Partir de Fort Conger (son camp de base) et atteindre le cap Sabine pour la simple beauté de l'acte. Porter sur 600 kilomètres la plaque que nous déposerons à l'endroit présumé où l'explorateur français a disparu, pour lui rendre le plus sublime des hommages. Et pour réussir là où ils ont échoué, nous repartirons en bateau vers la civilisation.